‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 4 sur 110 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La formation du recueil des quatre évangiles

canoniques.

Personne n’ignore que Jésus n’a rien laissé décrit. A notre su, 1l n’a, durant sa carrière publique, écrit qu'une fois, et cela dans une poussière promptement dissipée. En retour, il est certainement l’homme au sujet duquel 1l a été le plus écrit. L’historien philosophe F. de Rougemont aimait à faire observer que de tous les personnages de Pantiquité Jésus est le seul dont l’histoire ait été retracée par quatre écrivains contemporains.

Qu'est-ce qui lui a valu cette distinction? Il n'avait pas . commandé des arrnées et remporté de brillantes victoires ; il n'avait pas fait dans le domaine de la science quelqu’une de ces grandes découvertes qui changent la face de la société, Son action s’est exercée dans le domaine moral. Il à aimé, il a servi, montré Dieu au monde; il a sauvé. Selon la belle parole d’Ullmann, «11 a possédé à Pétat de vie personnelle ce qui doit devenir par lui la vie de l’humanité; » par cette action essentiellement spirituelle il a fait monter dans le vieux tronc de la race humaine une

sève nouvelle qui en a ravivé toutes les branches: et l’hu-

manité, grâce à son sens indéfectible du Bien, l’a élevé d’un commun accord au-dessus de tout ce qui s'appelle homme. :

Cependant les quatre narrations, dont nous venons de parler, ne sont pas les seuls récits de la vie et de l’œuvre de Jésus, qui aient circulé dans l'Église. Les Pères mentionnent un grand nombre d’autres écrits, qui traitaient du même sujet et dont plusieurs, portant aussi le nom d’évangiles, existaient déjà dans le deuxième siècle. On a même parlé dérisoirement dans certaines feuilles populaires de centaines d’écrits de ce genre, dont nos quatre évangiles canoniques ne seraient que comme des épaves, accidentellement échappées au grand naufrage d’oubli dans lequel tous les autres ont péri.

Ge qu’on peut dire sans exagération, c’est que nous connaissons encore les titres d’une cinquantaine de pareils ouvrages, ainsi que quelques fragments plus ou moins étendus de plusieurs d’entre eux. Les deux les plus cités sont l'Évangile dit selon les Hébreux (Ebæyyéhov xaf” “Efoaious) qui était parent de notre Matthieu, mais avec une tendance légale prononcée; c’était celui qu’employaient les communautés judéo-chrétiennes de Palestine et de toute la Syrie; puis l'Évangile dit selon les Égyptiens (Ebayyéhov xar’ ’Aiyuriouc), écrit attribuant à Jésus des paroles étranges, conformes aux tendances ascétiques du peuple dont il porte le nom. D’autres cherchaient, soit au moyen de la tradition orale, soit par des inventions arbitraires, à combler les vides laissés dans l’histoire de Jésus par nos évangiles canoniques. Tels étaient Le Protévangile de Jacques, remontant jusqu’à lhistoire de Marie et à celle de ses parents, où l’on racontait en détail sa naissance miraculeuse et son mariage, purement officiel, avec Joseph, tout cela dans le but d'établir sa per-

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