SwerTe, p. XLVIIL
taines expressions doubles ou de deux termés. presque synonymes en des passages où les récits
parallèles de Matthieu et de Luc se contentent d’un
terme simple. Le fait est d'autant plus frappant
que l’abondance et même la redondance qui en résultent contrastent plus nettementavec la sobriété et la brièveté qu'a, en général, le récit de Marc. Dans le même ordre d'idées, il faut signaler que, chez Marc, le sens d’un verbe est souvent renforcé par l'emploi d’un complément de même racine.
En ce qui concerne l’ordre des mots, on constate qu'en général le verbe précède le sujet, sauf quand celui-ci est cbdeis ou +45, ou qu’il change, ou que la proposition est précédée du mot iàc5. Le plus souvent le sujet suit directement le verbe. Le pronom complément n’en est pas séparé, ce qui rappelle l'emploi du suffixe sémitique. Dans Les propositions interrogatives, Marc met en tête le mot qui exprime l'idée sur laquelle porte la question (WeLLHausen, Einl., p. 10).
L'emploi du verbe appelle quelques remarques particulières. On a souvent signalé Ja fréquence du présent historique! ; il faut noter aussi l'emploi de la conjugaison avec auxiliaire dont il faut rapprocher des constructions comme #A0ev xnoüoowv et eîrey Aéywv, dans
1. Hawxins (p. 114) a donné une liste de 151 présents historiques de Marc que Matthieu et Luc n'ont pas reproduits.
lesquelles le premier verbe joue, en somme, le
rôle d’un auxiliaire. Le verbe exprimant l’action .
est souvent mis à l’infinitif et précédé de #oËao. De même Marc place souvent au commencement de la phrase un xai ëyévero. La prédilection pour le participe dont témoigne l'emploi de la conjugaison périphrastique se reconnaît encore dans l’accumulation des participeset dans l'emploi fréquent au début de la phrase d'un participe, comme y, .0wv, etc., qui n’ajoute rien au sens. À propos du verbe, il convient encore de noter l'emploi de l'infinitif précédé de l'article et la rareté du passif accompagné de ür5, ce qui, d'après Wellhausen, correspond au fait que le passif en sémitique n'est usuel que quand lesujetagissant n’est pas nommé.
4° La lanque originale 1.
Il n'est pas douteux que les particularités de style et de grammaire que présente le second évangile doivent être expliquées par l'influence de l’'araméen; mais la détermination exacte de la mesure dans laquelle cette explication peut être admise pose un problème très délicat.
La tradition évangélique a d’abord eu une:
forme araméenne. Pour les paroles, la chose est incontestable, puisque l’araméen était la langue
de Jésus! ; elle est infiniment vraisemblable aussi pour les faits. [l parait cependant téméraire de penser avec Bacon ({s Mark a roman gospel ? p. 49) que la prédication de Pierre à Rome ait été faite en araméen et que la communauté romaine ait conservé des récils rédigés en araméen d’après son enseignement ; mais c'est peut-être aller trop loin que de dire avec Dalman (Die Worte Jesu, I, p. 56 s.) que la tradition évangélique a dû passer d'araméen en grec déjà dans la communauté de Jérusalem, parce que les Hébraïstes étaient en état de comprendre un enseignement donné en grec, tandis qu’un enseignement donné en araméen serait resté inaccessible aux Hellénistes. L'antithèse entre les opinions de Bacon et de Dalman illustre bien ce fait que nous ne savons rien de positif sur les conditions dans lesquelles s’est fait le passage de l’araméen au grec. Il est donc inutile .de vouloir faire intervenir les hypothèses que l'on pourrait faire à ce sujet dans la solution du problème de la langue originale de l'évangile de Marc. Deux théories sont en présence : l’une, soutenue par Blass, par Allen, par Torrey, et, dans une certaine mesure aussi, par Wellhausen ?, voit dans
4. ArNoco Meyer, Jesu Mullersprache. G. DaLuan (Die Worte Jesu, 1, p. 51), n'admet avec certitude la forme araméenne que pour les paroles; WELLHAUSEN (Einl., p. 9) l'admet à la fois pour les discours et les récits.
2, BLass, Philology of the Gospels, London, 1898, p. 196, 210
l’évangile de Marc la traduction d’un original ara- : méen. L'autre, que soutiennent parexempleSwete et Lagrange !, estime que Marc a écrit en grec et que les aramaïsmes que présente son texte s’ex- -pliquent à la fois par l’origine de l’auteur et par la langue dans laquelle avait été rédigée une partie des sources utilisées par lui. Accessoirement les hébraismes, moins nombreux d’ailleurs que chez Malthieu et Luc, s’expliqueraient par l'influence directe et indirecte des LXX?. Il faut laisser aux sémitisants le soin de déterminer exactement la portée des aramaïsmes invoqués
W.-C. ALLEN, The aramaic background of the Gospels, Studies, p.293 s. Cf. déjà The original language of the Gospel according to St Mark, Expositor, 1900, I, p. 436 s., Exposilory Times, 1908, p. 328-332; C.-C. Torre, The translations made from the original aramaic Gospels dans Studies in the history of religions presented to CrAwroRD HoweLz Toy, New-York, 1912, p. 269-317; WELLHAUSEN, Einl., p. 1s. Wellhausen parle de l'origine araméenne de l'évangile, mais n'affirme pas formellement que l’évan : gile de Marc, sous sa forme actuelle, soit la traduction d’un original araméen. Parmiles autres partisans d'un original sémitique on peut nommer CHaAsJEs, Markusstudien, Berlin, 1899 ; HaLÉvy Notes pour l’évangile de Marc, Revue Sémitique, 1900, p. 115- 149 ; ZimMERMANN, Evangelium des Lukas, Kap. 1 u. 2, SE. u. Kr., 1903, p. 287-290.
1. Swets, p. XL s.; LAGRANGE, Me., p. LXXX s. cf. AenoLo Meyer, Jesu Muttersprache, p. 64 n. 1, 69 et P.-W. Scamieper, art. Gospels, E. B. II, col. 1870.