Ainsi que le pense, par exemple, ALLEN, Mé., p
2. Le flottement du texte de Mé., 1, 16 établit clairement que la généalogie supposait primitivement que Joseph était réellement le père de Jésus. Le texte original devait être proche de celui que suppose la version syriaque du Sinaï et que von Soden donne dans son édition: ’Iwocñp, Iwonp 0 & éuvnorevôn maplévoc Maprau Eyévvroey…La vetus itala (a. g. k. q.) dit de même Joseph cui desponsala virgo.(q. om. virgo) Maria genuit Jesum. D’autres manuscrits de l’ancienne version latine ont des modifications importantes : ainsi d substitue à genuit qui signifie engendrer, peperit qui veut dire enfanter, b c lisent : Joseph cui desponsata erat (c om. erat) virgo Maria. Virgo autem Maria (c Maria aulem) genuit Jesum. En grec on trouve encore un écho du texte primitif dans la lecon de ©. 346. 543. 826. 828 ’lusnp © pynoreubeïox maobévos Maprxu éyévvnaz (346 aj. rdv) ’Incoüv. L'adaptation à la croyance à la naissance surnaturelle est achevée dans le texte courant : ’lwonp rov &vèpa Maplas &t fc éyewvñôn ’Inooùc. Cf: Merx. Das Evangelium Matthaeus nach dem syrischen im Sinaikloster gefundenen Palimpsesthandschrift, Berlin, 1902, p. 5-19; ConyBearE, Notes on Matthew I v. 16, Z. N. T. W., XIII, 1912,
puis:
ne représente par rapport à l'ensemble de la tradition évangélique un élément secondaire. Marc (voir p. 184 s.), Paul et Jean l’ignorent complètement. Non seulement Jésus n’a jamais fait aucune allusion à son entrée surnaturelle dans le monde mais encore l'incrédulité de sa mère à son égard ne. s’expliquerait pas si la naissance de son fils avait été accompagnée d'événements aussi extraordinaires que ceux que raconte Matthieu, événements qui auraient bien dû l’amener à attendre de grandes choses d’un être miraculeux (H.-J. Hocrzmann, CS, dep ST
Hermann Usener a été plus loin et, du caractère secondaire de l’évangile de l’enfance, a cru pouvoir déduire le caractère littérairement secondaire des deux premiers chapitres de Matthieu t (Weinachtsfest?, p. 52. 131). C'est là une conclusion qui ne nous paraît pas légitime, car rien n’autorise à attribuer à l’évangéliste un sens critique assez développé pour qu'il ait dû apercevoir la contradiction qui existe entre la christologie que suppose le corps de son récit et celle qui est impliquée dans la croyance à la naissance surnaturelle. La juxtaposition de la généalogie et du récit de la naissance virginale est significative à cet égard. De plus, on relève dans le récit même de la naissance surnaturelle la préoccupation de montrer dans l'histoire évangélique l’accomplisse-
ment de la prophétie, préoccupation qui est un des caractères particuliers de Matthieu.
Y a-t-il derrière le récit de Matthieu des sources au sens précis du mot ou simplement des traditions auxquelles Matthieu aurait donné leur première forme écrite? La première hypothèse a été soutenue par Conrady (p. 8-34), qui s'appuie sur certaines obscurités et certaines incohérences de la narration ; mais les faits qu’il a relevés peuvent s'expliquer par le caractère de la tradition orale et par le fait que Matthieu s’attache à mettre en lumière les points saillants de son récit sans se préoccuper des autres. Telle est, par exemple, l'opinion d’'Usener et de Loisy !.
Quant à l’origine même de la tradition recueillie par Matthieuet adaptée par lui à ses idées, interprétée théologiquement par l'Ancien Testament, on peut hasarder quelques conjectures. Lobstein ? a montré que, dans l’ensemble, le développement de la tradition répond au besoin que l’on éprouvait de donner de l’origine d’une personnalité extraordinaire une explication extraordinaire.
4. Usener, Z. N. T. W., IV, 1903, p. 3 ; Lorsy, 1, p. 331; cf: WERNLE, S. F., p. 189 s.
2. Loesrein, Le dogme de la naissance miraculeuse du Christ, Paris, 1890. Cf. BerGNEr, Quelques trails de la vie de Jésus au point de vue psychologique et psychanalytique, Genève, Paris, 1920, p. 4-40. BerGner commet la faute de ne pas distinguer
L'influence de l'Ancien Testament est possible. Il ne faut pas songer au passage Ésaie, 7, 14 où les LXX traduisent par zaphévss un mot qui signifie en hébreu «jeune femme ». Rien dans le contexte ne suggérant une interprétation messianique, le passage n'a pu être rapporté à la tradition qu'une fois celle-ci constituée, il n’a pas pu lui donner naissance (Usener, Z. N. T. W., 1, 1903, p. 18 s.). Mais certains textes, comme par exemple la déclaration divine adressée au Messie dans le Psaume 2 (o. 7): « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t'ai engendré» (cf. 11 Sam., 7, 14) peuvent avoir suggéré l'idée d’une paternité directe de Dieu par rapport au Messie (Hozrzmanx, H. C., 1, 1, p. 37). Il se peut qu'il y ait lieu d'admettre l'action de certaines idées ascétiques qui étaient répandues dans quelques milieux juifs, notamment chez les Esséniens (Hozrzuann, H. C., 1, 1, p. 37), Wernle! admet, d'autre part, que la formation de la tradition a pu être, en partie, déterminée par le désir de répondre à quelques calomnies juives qui attribuaient à Jésus une naissance illégitime. Mais l'existence de ces légendes n'est attestée que sensiblement plus
avec assez de netteté la pensée de Jésus lui-même et celle de ses disciples ou des évangélistes.
4 Werner, S. F., p. 489. Cf. Azcex, Mé., p. 1; Box, Z. N.T. W., VI, 1905, p. 86.
tard et il semble probable qu'elles sont nées sous l'influence des récits de la naissance surnaturelle t.
La tradition paraît s'être formée sur le terrain du pagano-christianisme non seulement à cause de l'influence qu'ont exercée sur elle les mythes helléniques similaires (naissance virginale et étoile) ?, mais encore parce que l'esprit étant en hébreu ou en araméen, un terme féminin, l'idée d'une fécondation de Marie par l'Esprit, ne pouvait pas naître sur le terrain juif 3.
Accessoirement on peut encore reconnaitre dans l'épisode des Mages une préoccupation universaliste (Wernce, S. F., p. 189), orientée peut-
1..On trouvera l'indication de la littérature relative à cette question, ainsi que la traduction des textes accompagnée d'un commentaire de Arx. Meyer dans HENNECKE, Handb., p. 485.
2. Usener, Weihnachtsfest ?, p. 71 s. ; GuNKkEL, Zum religionsgeschichtlichem Verständnis des Neuen Testaments, Goettingen, 1903, p. 69 ; Samryves. Les Vierges Mères et les naissances miraculeuses ; En. Meyer, Ursprung, I, p 54s.; et, pour l'étoile, DrerRICH, die Weisen aus dem Morgenlande, Z. N.T. W., III, 1902, p. 5 s. Contre cette opinion : Box, Z..N. T. W., VI, 1905, p. 80 s.
3. HozTzmann, H. C., I, 1, p. 38. E. KLosTERManx (M4, p. 158) a cependant relevé, en faveur de l’idée d'un original hébreu ou araméen, le passage /, 21 « Tu le nommeras Jésus car c’est lui qui sauvera. » Ce n'est en effet qu'en hébreu ou en araméen que le mot Jésus a le sens indiqué. Un Grec aurait écrit : « Jésus, ce qui signifie salut. » Peut-être ÿ aurait-il lieu d'admettre que la tradition née sur le terrain grec a recueilli et absorbé certains éléments d’origine juive.
être dans le sens de l’idée que les représentants des mystères orientaux, spécialement des mystères mithriaques !, viennent se prosterner devant Jésus enfant *.
En résumé, il ne semble pas que derrière l’évangile de l'enfance de Matthieu il y ait une source écrite homogène que l’évangeliste se serait borné à reproduire. Il semble plutôt que le récit a été rédigé par lui à l’aide d'éléments fournis par la ‘tradition mais auxquels il a donné leur première forme littéraire.