‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 113 sur 127 · On trouvera les textes dans ZAuN, G. K., I, p. 620, n · texte numérisé non relu

On trouvera les textes dans ZAuN, G. K., I, p. 620, n

de.

avant lui, a soutenu que le rapport réel des textes était l'inverse de celui qu'ont indiqué les Pères. Pour lui l’évangile de Marcion a été composé par un paulinien à la fin du 1°’ siècle et l'évangile canonique de Luc en est un remaniement fait au milieu du n° siècle du point de vue d'un paulinisme atténué, mitigé et nettement antimarcionite. Cette thèse, combattue par une partie des disciples de Baur, comme Volkmar et Hilgenfeld, a été retirée par Ritschl lui-même et par Baur. Elle n’a plus actuellement de défenseurs !. Il suffira donc, sans entrer dans une discussion détaillée, d'indiquer sommairement les principales raisons qui obligent à l’écarter ?.

1. Signalons cependant que H. UsEnNEeR (Weihnachtsfest 2, p. 84s.) a soutenu que Luc et Marcion dépendaient l’un et l’autre d'un document plus ancien qui aurait, d'ailleurs, été reproduit plus exactement par Marcion que par Luc. L’arsumentation de Usener tend à montrer qu'il y a dans le récit de Marcion plus de cohérence que dans celui de Luc. Mais elle porte exclusivement sur le début de l'évangile et cette cohérence peut provenir de l'élimination par Marcion, pour des raisons tout autres que des raisons critiques, d'éléments secondaires de la tradition. Tout récemment H. Rascake (Marcion und sein Evangelium, Theol. Tidschr., 1923, p. 28-44) a soutenu qne l’évangile de Marcion n'était pas un remaniement de celui de Luc mais qu'il était identique à l’évangile de Marc qui serait ainsi de beaucoup postérieur à la date qui lui est généralement assignée. Cette thèse est contredite par ce que nous avons vu des rapports du second évangile avec ceux de Matthieu et de Luc.

2. Sur la question de l’évangile de Marcion, voir Zauw, G. K.. 1, p. 585 s. partic. p. 631. v. Harnack, Marcion, Das Evangelium

L'ÉVANGILÉ DE LUC 441

On ne peut séparer la question de l’évangile de Marcion de celle de son Nouveau Testament dans son ensemble. Les procédés employés par lui doivent, en effet, avoir été partout les mêmes.Oril est certain que Marcion a fait subir aux épîtres de Paul tout un travail de remaniement. Ilen a réduit le nombre à 10, il a transformé l’épître aux Éphésiens en une épitre aux Laodicéens et surtout il ‘a, d’une manière très systématique, éliminé tout ce qui y établissait un lien entre l'Évangile et l'Ancien Testament. Il a ainsi, de bonne foi sans doute, mais non moins gravement pour cela, altéré la physionomie du paulinisme et substitué ‘une abstraction à ce qui a été dans le développement du christianisme primitif une réalité vivante. Il faut ajouter que l'absence dans son canon du livre des Actes, de toutes les épitres catholiques et de l'A pécalypse, paraît aussi provenir d'un remaniement du canon de l'Église, car on ne connaît pas, vers le milieu du n° siècle, d'autre exemple d’un Nouveau Testament aussi réduit. Il n’est pas téméraire de penser que Marcion n’a pas traité l’évangile autrement que les épîtres.

vom fremden Gott, Leipzig, 1921, p. 36 s. 157* s. On trouvera des reconstitutions de l'évangile de Marcion dans Zann, G. K., Il, p- 455 s. et dans Harwacx, p. 165*-220*. Nous renvoyons une fois pour toutes ici à Zahn et à Harnack.

Marcion soutenait.que les judaïsants avaient de bonne heure falsifié l’évangile. [1 a eu le sentiment que le travail auquel il se livrait était un travail de restauration. [[n'en reste pas moins que son texte présente, par rapport à celui de l’'évangile canonique, un caractère secondaire. D'ailleurs, si Marcion avait cru, ou voulu faire croire qu'il avait non pas restauré mais retrouvé le texte primitif, il n'aurait pas manqué de raconter dans quelles conditions il avait fait cette découverte, et ses affirmations sur ce point auraient certainement été discutées par les Pères, qui, comme Tertullien, l'ont si âprement combattu.

Mais on n'en est pas réduit, dans la discussion du problème de l’évangile de Marcion, à ne faire valoir que des considérations générales. Les citations que les adversaires de Marcion ont faites de son évangile ont assez de précision pour que son texte ait pu être rétabli avec une exactitude suffisante. C’estainsi que nous savons, par exemple, que l'évangile de Marcion ne contenait ni l’évangile de l'enfance, ni les récits du baptême, de la tentation, et de la première prédieation de Jésus à Nazareth. Comme l’a justement fait remarquer Zahn(G. K., /, p. 683), il ne faut pas, dans la comparaison des textes, faire intervenir des considérations qui reposent sur le plus ou moins de cohérence des récits parce qu'il est difficile d'en juger d’une

manière objective et surtout parce qu'un récit composé à l'aide de sources diverses, comme . l’évangile de Luc, ne peut pas présenter une homogénéité et une cohérence parfaites ; un rédacteur ou un interpolateur postérieur peut parfaitement s'être, lui, préoccupé de cette homogénéité et avoir substitué à l'œuvre primitive un récit plus harmonieux.

Mais la comparaison des textes montre que les omissions ou les modifications que l'évangile de Marcion présente par rapport au texte canonique sont en relation directe avec les idées propres de son système. Ce qui est éliminé, c'est ce qui apparaissait comme contradictoire, comme gênant ou seulement comme inutile au point de vue dela doctrine marcionite. Ces éléments n'auraient cependant pas, au point de vue de la doctrine de l'Église, une importance assez grande pour en expliquer l'addition. Il y a, en outre, une considération développée par Plummer (Lc., p. Lxix s.) qui, à elle seule, suffirait pour écarter l'hypothèse d'additions faites dans Luc, c’est l’homogénéité de langue que l’on peut constater entre le corps de l'évangile et les parties qu’il faudrait regarder comme secondaires. Harnack (1, p. 138-152), on le sait, a montré que les deux premiers chapitres de Luc présentent exactement les mêmes caractères de langue et de style que le reste de l’évangile.

Quelle habileté ne faudrait-il pas prêter à l'interpolateur pour expliquer qu'il ait pu réaliser un pastiche aussi réussi ?

On peut ajouter à ce qui précède deux remarques faites par Zahn (G. X., J,p. 681 s.) et reprises, après lui, par d'autres auteurs. Elles reposent sur la critique du texte. La première c’est que, dans plusieurs cas, Marcion a des leçons qui coïncident avec celles du texte occidental et qui présentent un caractère harmonistique très marqué (ef. Harvack, Marcion, p. 224*s.). Ce fait s'explique facilement si Marcion a travaillé sur le texte de Luc lui-même. Si au contraire il avait utilisé un * proto-Luc, on ne comprendrait pas comment les leçons considérées pourraient ne pas se trouver dans tous les exemplaires du texte actuel. La même remarque peut être faite à propos d’autres leçons encore qui n’ont pas un caractère harmonistique et dont l’origine prémarcionite est établie par le fait qu’elles se rencontrent simultanément chez Marcion et dans quelques textes catholiques.

La thèse d'un remaniement de l'évangile de Lue a élé présentée indépendamment de toute relation avec le problème de l'évangile de Marcion par Alfred Loisy (Les écrits de saint Lue à propos d'un livre récent, R. H. L. R., 1913, p. 367 s.) comme développement de sa théorie sur la composition

des Actes. Partant du fait que l’œuvre de Luc a été, dans les Actes, remaniée et surchargée, il se demande si elle n’a pas subi dans l’évangile un traitement semblable et il indique une série de morceaux, qui, à son avis, pourraient bien n'avoir pas appartenu au fond primitif du troisième évangile. C’est Le transfert au début du ministère de la scène de Nazareth et l'insertion dans cet épisode de discours qu'ignorent Marc et Matthieu (Le., 4, 17-19. 21-27). C'est la mission des 70 disciples, collège fictif dont on n'imagine guère que Luc ait pu parler (10, 1). Ce sont encore certaines des paraboles propres au troisième évangile. C’est enfin, dans l’évangile de l'enfance, l'insertion des cantiques et la notice de 1, 34-35 sur la conception

-virginale, à moins toutefois que ce soient les deux

premiers chapitres dans leur ensemble quidoivent être mis au compte d’un rédacteur postérieur. Il est difficile de discuter ces vues, qui ne sont

. jusqu’à présent données par Loisy que comme

« un aperçu plus ou moins hypothétique » et qui ne sont accompagnées encore d'aucune justification. On peut cependant formuler deux remarques générales qui doivent, au moins, inspirer une grande réserve.

C’est d’abord que la théorie proposée ne semble pas justifiée par les observations relatives au style et au vocabulaire qu’appellent les morceaux sus-

pectés par Loisy. Il faut ensuite remarquer — nous indiquons seulement ce point sur lequel nous reviendrons — que la plupart de ces morceaux ont, dans le plan de l’évangile de Luc, une place organique qui empêche de les considérer comme des éléments introduits après coup.

ITI. — LE PLAN DE L'ÉVANGILE DE Luc.

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