‹ Introduction au Noveau Testament (volume 3)Chapitre 75 sur 192 · LA TRADITION SUR L'APÔTRE JEAN · texte numérisé non relu

LA TRADITION SUR L'APÔTRE JEAN

en Asie, une objection si grave qu’ils en ont con- ! clu au caractère tout idéal et fictif du personnage invoqué par Papias et ses successeurs.

Cette interprétation ne va pas sans soulever de graves difficultés. Si un témoin idéal avait été introduit dans le cercle des auditeurs immédiats de Jésus, on n’aurait pas fait de lui un disciple indirect, on ne l’aurait pas nommé après l’obscur Aristion. Il ne faut d’ailleurs pas exagérer la portée du silence d’Ignace. S’il est décisif contre la présence de l’apôtre Jean à la tête de l'Eglise d’Ephèse à la fin du premier ou dans les premières années du second siècle, il ne l’est pas contre la présence en Asie, à la même époque, d’un personnage qui pouvait être regardé comme un porteur de la tradition palestinienne. Ignace qui, dans ses épîtres, ne se préoccupe pas de la tradition évangélique, n’avait pas de raison de faire mention de lui. D'ailleurs, l’autorité du presbytre Jean a dû beaucoup croître avec le temps. On peut facilement concevoir qu’elle se soit affirmée de plus en plus à mesure que les représentants de la tradition devenaient plus rares et qu’elle soit devenue prépondérante si Jean à fini par être le dernier représentant du groupe des presbytres, c’est-à-dire des disciples palestiniens. Il ne semble donc pas légitime de contester l’existence en Asie, dans la première

os -être pas entièrement Rond TRS ME

‘seconde moitié du second siècle, le presbytre: a été élevé, si on peut s’exprimer ainsi, à la dignité d’apôtre (Lrpsius, Apok. Apgesch., I, p. 851 ; HerTMÜLLER, Z..N.T. W., XV, 1914, P- 208).

Diverses causes ont déterminé cette évolution qu’il faut se représenter comme ayant été toute spontanée et à laquelle rien n’autorise à attri- buer le caractère d’une fraude même pieuse:

interprétation du texte de Papias et le dévelop-

teur le plus efficace de l’évolution fut sans doute 1. HARNACK, Dogmengeschichte, I, p. 151n. 2, cf. Chron.,

I, p. 678 s. ; C. ScamipTr, Gespräche Jesu, p. 609 ; BOUSSET, Offenb., p.48, art. Johannesevangelium, R. G. G., III, col. 612. * 2. On y doit ajouter, peut-être, la tendance de l'Eglise d’Ephèse à se créer un passé apostolique. ERBES (Der Apostel

parallèle au transfert de l’apôtre Jean à Ephèse, l'affirmation des Ephésiens qu’Apollon et Artémis étaient nés près de leur ville, ét non à Délos, et que le tombeau d’Icare était à Ephèse.

On comprend aisément comment, pendant

Parmi ces causes, on peut signaler une fausse

pement de la notion d’apostolat?, Mais le fac-

“Johannes und der Jünger welcher an der Brust des Herrn lag, Z. f. Kirchengesch., 1912, p. 159 s.), cite, comme phénomène :

AT

ER a are qu ’mvoque s son récit.

“Aucun témoignage du second sièele One

à admettre lexistence, en Asie, de deux personnages du nom de Jean. Le premier texte. que l’on puisse invoquer en faveur de deux Jeans est. s celui de Denys d’Alexandrie (f 264), dans un fragment qui nous a été conservé par Eusèbe (HE. VII, 25. 16). Denys s’occupe de l’Apocalypse, et c’est pour diminuer son autorité qu’il émet l’hypothèse qu’elle pourrait être l’œuvre d’un autre Jean que l'épôtre. A l’appui de a hypothèse, il cite le fait qu’ «il y aurait, dit-on, à Ephèse, deux tombeaux que l’on dit être de '. Jean ». Eusèbe (III, 39,6), sans se prononcer for-. | mellement, paraît sympathique à cette idée. "08

Si on fait abstraction de ce qui n’est qu'hypo- n thèse de sa part, le témoignage de Denys se . ramène à ceci : « On dit ‘ qu’il y a à Ephèse deux ve A tombeaux de Jean. » Même s’il fallait concéder à A 0 Lipsius (Apokr. Apostelgesch., I, p. 352) que le 2 mot uvuarz ne peut se rapporter qu’à deux tombeaux et non, comme le voudrait Zahn

: (A. J., D: MALE à deux Pr quelconques

A DATLV. Denys Fe prend même Fes cette affirmation ? à. son compte. :

& | auxquels je souvenir nes Jean aura it existence hypothétique de deux tombes au

He deux personnages un siècle ou un siècle et demi plus tôt. La théorie des deux Jeans reste . donc une hypothèse du 1rre.siècle rajeunie au nee VII. — LE TÉMOIGNAGE D'ÉPHREM SUR LA COMPOSITION DE L'ÉVANGILE | A ANTIOCHE

La quasi-unanimité avec laquelle, à partir de la fin du second siècle, se répand la tradition relative À l’origine éphésienne du quatrième

tence, au cours du Iv® siècle, d’une tradition divergente. Elle est attestée par Ephrem de Syrie (+ 373). Dans les deux manuscrits qui nous

1. On peut ajouter que, vers 250, Pionius de Smyrne invo- . que l'autorité de l’apôtre Paul d’une manière qui se concilierait malavec l'hypothèse de l’activité de Jean en Asie, cf. CORSSEN, Die Vita Polycarpi, Z. N. T. W., V, 1904, p. 801. D'autre part, les Acta Timothei ne connaissent qu’un seul Jean à Ephèse. Le témoignage des Constitutions Apostoliques (VII, 46), d’après lequel l’apôtre Jean aurait institué le presbytre æ du même nom comme évêque d'Ephèse, est de date trop ne récente pour pouvoir être retenu.

évangile, rend très digne de remarque l’exis-

ont conservé la traduction arménienne de son

rm siècle est un indice bien fragile de l'existence +

ds MINS

conçue : « Jean l’écrivit en grec, à Antioche, il demeura, en effet, sur la terre jusqu’ au temps d

cile de penser que la notice d’Ephrem ait pu se

Elle pourrait donc ne PS être dépourvue de :

témoignages divers qui se rapportent soit à ga J’apôtre Jean, soit à l’évangile qui porte son

notice relative au Hi ete est ainsi

Trajan :.

Etant Tres les conditions dans lesquelles se répandit la tradition éphésienne, il est diffi-

former postérieurement à la fin du second siècle. ; Il est probable qu’elle doit remonter plus haut.

valeur. ; in

Page 1