I. — LE PREMIER VOYAGE
Le récit que les Actes (13,1-14,28) donnent du premier voyage missionnaire entrepris par Paul et Barnabas? avec la collaboration de Jean Marc® se présente sous la forme d’un itinéraire coupé, çà et là, de tableaux plus développés qui sont, en général, de valeur assez contestable. Il provient d’une source qui a été à la fois abrégée et mutilée (en ce qui concerne, par exemple, le rôle de Jean-Marc) et surchargée (par exemple du discours de Paul dans la synagogue d’Antioche de Pisidie).
La première étape du voyage, commencé
1. Pour la critique du récit des Actes, voir Intr., III, p. 229- 239;
2. Barnabas étant dans la première partie du récit nommé avant Paul paraît avoir été le chef de l’expédition (Jo. Weiss, Urchr., p. 152). Le rôle joué par Paul ne tarda pas à hi donner la première place.
3. Le rôle de Marc paraît avoir été subordonné. Le terme de dnnpétns (18,5) ne doit cependant pas être entendu dans le sens de serviteur, comme le fait von Doscuürz, Die urchristlichen Gemeinden, Leïpzig, 1902, p. 269. Il est probable que le rédacteur des Actes a fortement abrégé sa source pour tout ce qui concerne Marc.
264 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
sans doute au printemps de 44, fut Chypre* que les missionnaires traversèrent de Salamis à Paphos en y préchant l'Évangile dans des conditions et avec un succès sur lesquels nous ne sommes pas renseignés. La rencontre avec le proconsul Sergius Paulus à Paphos (13,6-12), peut contenir un noyau historique bien que l'épisode, suspect à cause des analogies frappantes qu'il offre avec le conflit de Pierre et de Simon le Magicien (8,18-24), ait été développé par le narrateur qui en a fait un symbole de la victoire des prédicateurs de l'Évangile sur les magiciens.
De Chypre les voyageurs passent à Perge?
où Jean-Marc se sépare d’eux pour retourner à Jérusalem (13,13). Les motifs de son départ ne sont pas indiqués. On peut supposer qu'il n’approuvait pas la méthode missionnaire de Paul et la manière, trop hardie à son gré, dont il offrait l'Évangile aux païens (Jon. Weiss, Urchr., p. 159; Mever, Urspr. u Anf., III, p. 174), ou bien seulement, comme l’a supposé
1. Sur Chypre voir Jon. Weiss, art. Kleinasien, R. E., X, p. 562-563.
2. TURNER, St. Paul in Asia Minor, dans Studies in early Church history, Oxford, 1912, p. 164-188. Sur les régions évangélisées par Paul dans la seconde partie du premier voyage et dans la première du second, voir Jon. Weiss, art. Xleinasien, R. E., X., p. 554-561.
Ramsay (P. i. d. Apgsch., p. 76), qu'il était opposé à l'extension du voyage à d’autres régions que Chypre.
On ne peut, d’après le récit des Actes, démêler
si Paul et Barnabas s’arrêtèrent à Perge ou .
s’ils gagnèrent tout de suite Antioche de Pisidie où la présence d’une colonie juive importante offrait à leur activité un champ favorable. A Antioche, les missionnaires s’adressèrent à la fois aux Juifs et aux Grecs. Nous ne savons rien de précis sur le succès de leur prédication car la formule qu'emploient les Actes, « la Parole de Dieu se répandit dans toute la contrée »
(13,49), pourrait bien n'être qu’un élément
rédactionnel. Il semble cependant que cette prédication n'ait pas été sans fruits. On ne comprendrait pas, sans cela, la jalousie et l’hostilité des Juifs: qui, utilisant l'influence qu'ils
1. Ramsay (P. i. d. Apgsch., p. 118 s.), s'appuyant sur une ;
donnée du Talmud de Babylone (Sabbat, 147 b) citée par NEUBAUER (Géogr. d. Talmud, p. 315), d’après laquelle les Juifs de Phrygie auraient désappris la langue hébraïque et se seraient laissé fortement influencer par le milieu ambiant, pense que les Actes (et après eux tous les historiens) ont exagéré l’hostilité des Juifs de l’intérieur de l’Asie-Mineure contre Paul. Mais le témoignage tardif du Talmud ne saurait contrebalancer celui des Actes. Il faut ajouter que l'interprétation donnée par Neubauer du passage considéré est inexacte. Cf. Isipore Lévi, Notes d'histoire et d’épigraphie, VI, Les Juifs d'Asie Mineure et la prédication de Saint Paul, Revue des Études Juives, XLI, 1900, p. 183-188.
266 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
avaient sur quelques femmes de haut rang, obtinrent l’expulsion de Barnabas et de Paul.
Nous sommes moins renseignés encore sur le séjour des missionnaires à Iconium (14,1). Ce qui est dit (14,2-6) des conditions dans lesquelles ils quittèrent cette ville est suspect (Intr., III, p. 236) et dénote visiblement l’influence du récit relatif à Antioche. On peut en dire autant de ce qui concerne Lystres et Derbe (14,6). La seule partie du texte qui puisse être regardée comme primitive atteste seulement le passage et l’activité des missionnaires dans la région de ces deux villes. L’épisode de la guérison d’un impotent à Lystres (14,8-18), bien qu'introduit par un retour en arrière peu naturel, repose, en partie au moins, sur une tradition ancienne puisqu'on trouve, au verset 14, à propos de Barnabas, un emploi du terme d’apôtre qui est archaïque et qui n’est conforme ni aux habitudes, ni aux idées du rédacteur des Actes. Lystres paraît avoir été le point extrême atteint par les missionnaires. Après y avoir prêché l'Évangile, Paul et Barnabas revinrent sur leurs pas jusqu’à Perge, d’où ils gagnèrent le port d’Attalie et, par mer, revinrent à Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis (14,21-26):.
1, Nous discuterons à propos de l’épître aux Galates la
On le voit, si on écarte du récit les éléments qui semblent secondaires, il ne reste que l’indication sommaire d’un itinéraire. Nous ne croyons pas qu’il convienne, pour cela, comme l'ont pensé quelques critiques, de rejeter l’historicité de ce premier voyaget.
Il n’y a, dans tout le récit qui nous est donné de la première entreprise missionnaire de Paul que racontent les Actes, rien qui permette de déterminer, même approximativement, la durée qu'elle a pu avoir.