MODERNE
L'étude la plus importante pour l’homme, c’est l’homme lui-même et, immédiatement après lui, la nature. Manifestations universelles de Dieu tous deux, nature et homme, leur analogie les a fait appeler: la première, macrocosme; la seconde, microcosme. L’homme présente nécessairement un champ d’investigation plus proche et plus restreint que l’autre (la nature) ; cependant cette dernière, bien qu’étant le monde le plus grand et le plus éloigné, a été le sujet d’études delà grande majorité des hommes; et, comme le dit saint Augustin : ils accourent admirer les montagnes, la mer, les fleuves, l’immensité de l’Océan, le mouvement des astres, mais ils s’ignorent eux-mêmes.
On ne peut arriver à la solution de l’énigme naturelle, parce qu’on la subordonne à celle de l’énigme humaine. Ce reproche ne saurait être adressé aux modernes spiritualistes, qui étudient l’homme avant tout. Cette dénomination de « modernes spiritualistes » s’applique aux spirites, aux théosophes, aux étudiants libres de Swedenborg, à tous ceux enfin qui suivent les doctrines occultes, doctrines qui, malgré les plaisanteries des journalistes, les persécutions des prêtres et l’ostracisme des savants orthodoxes, annoncent une nouvelle ère.
Ainsi, avant tout, il faut observer l’homme, puis ce qui l’entoure. Il est impossible d’expliquer autrement l’énigme naturelle, tellement elle est liée à l’énigme humaine.
L’homme est donc une manifestation divine. Ce n’est pas là la définition absolument précise de l’homme; nous voulons seulement préparer la voie à la définition plus complète qu’en donne la psychologie expérimentale. Cette psychologie a une base beaucoup plus positive et plus solide que la psychologie physiologique ; la preuve en est donnée par l’étude analytique et syn-
thétique du moi pris en lui-même, à l’aide des principaux phénomènes qui s’y rapportent/
Pour acquérir une connaissance approfondie de l’homme, il faut l’observer non seulement dans les phénomènes physiologiques ou similaires, mais aussi dans les phénomènes du somnambulisme, de la médiumnité et du spiritisme.
Ces sortes de faits prouvent surabondamment que l’homme, quoique un dans son essence, peut vivre dans des états, des modes, et des plans divers, grâce aux alternances de sa personne sensible et de sa personne suprasensible (veille, sommeil), ou à sa présence simultanée dans un monde et dans l'autre dans certains cas (dédoublement, lucidité, extase).
Une comparaison pour me faire mieux comprendre.
La personne sensible de l’homme est le masque charnel; la personne suprasensible est le masque fluidique du moi ; elle est à l’autre ce que le sang est au corps.
On peut remarquer que le monde physique et le monde hyperphysique sont une seule et môme chose, mais cependant toujours dissemblables dans leurs rapports avec l’homme. L’au-delà ne diffère de ce monde que dans ses rapports avec la conscience; et, comme la conscience s’alimente seulement des impressions, qui sont assez intenses pour devenir sensibles, on peut dire que l’audelà est la môme chose que le monde physique dans les limites du sensorium.
En outre, l’au delà n’est pas un autre lieu où nous serons transportés après la mort, d’une façon inconcevable, pour y vivre dans des conditions nouvelles. 11 n’est pas séparé de ce monde : c’est simplement ce monde vu sous un autre aspect.
Le passage de la forme terrestre de perfection à celle d’outre-tombe équivaut, il est vrai, pour nous au passage dans un autrelieu, caril n’existe pas de ressemblance entre les impressions reçues d’un même monde par les êtres de l’au-delà et ceux du monde physique. Mais le mode d’action et l’existence intégrale des habitants des deux mondes doit être entièrement différent, et l’on s’en rendra compte si on réfléchit que dans l’au-delà on se trouve en rapport beaucoup plus complet avec la nature que dans le monde physique.
De plus, comme l’homme vit quelquefois simultanément d’un côté et de l’autre, ainsi que le prouvent certains faits de somnambulisme, on peut comprendre comment ces facultés, par lesquelles nous sommes déjà esprits sans le savoir, peuvent parexception rentrer dans les limites du sensorium et devenir pour nous un sujet d’expérience; on en a des exemples dans la vision et dans l’action médianimique à distance.
Les phénomènes humains prouvent que l’homme peut vivre dans des états et des plans divers; en effet, pendant la veille, l’esprit ou le moi pris en luimême est entièrement dans le plan physique. Pendant la vie intra-utérine, le développement et l’assoupissement successifs des sens se font pour partie dans
le plan physique, pour partie dans le plan hyperphysique; enfin, après la mort, le moi est entièrement dans le plan métaphysique.
On peut faire une grossière comparaison entre l’esprit dans ses différents états, et le prisonnier expiant sa peine dans la prison et dans les fers : puis, entre l’esprit et le prisonnier qui de temps en temps sort de sa prison, mais y reste attaché par des chaînes plus ou moins longues, et enfin le prisonnier qui en est tout à fait délivré.
Les matérialistes modernes, évolutionnistes monistes ou autres, pour résoudre le problème de l’âme, terme équivalent pour eux à celui d’esprit(1), ont pris comme point de départ ce qu’ils connaissaient de l’homme, par exemple les faits physiologiques. Mais ces faits, qui ne forment qu’une minime partie des phénomènes humains, les amenèrent à croire que l’homme était seulement un produit physiologique sans but, et à conclure que le problème de l’âme était purement physico-chimique et ne relevait que de causes aveugles et mécaniques.
Il est certain, cependant, qu’ils ne seraient pas arrivés à une conclusion de ce genre, scientifiquement honteuse, s’ils avait étendu leurs recherches aux phénomènes de la médiumnité et du spiritisme. Ils auraient dû étudier ce qu’il y avait de connu dans ces phénomènes pour découvrir l’inconnu de l’âme.
Quelques-uns d’entre eux, cependant, prétendent l’avoir fait, mais l’histoire contemporaine du magnétisme et du spiritisme prouve qu’ils n’ont pas observé ou compris les faits les plus décisifs pour la solution du problème, et que leurs études sur le magnétisme et l’hypnotisme ont été aussi insuffisantes que leurs recherches sur le spiritisme sont nulles.
Les modernes spiritualistes, au contraire, ayant tenu compte, pour la solution du même problème, des faits sus-mentionnés, et ces faits ayant été reconnus suffisants, furent portés à croire que l’homme est un être spirituel, physique et métaphysique, qui cherche le vrai, le beau, le bien, et à conclure que le problème de l’âme, — qui n’est pas le même que celui de l’esprit, — est un problème dont la solution peut être donnée parla métaphysique expérimentale.
L’expérience prouve que le moi, dans le plan physique, est moins conscient que dans le plan hyperphysique. Elle prouve également qu’entre ces deux plans il y en a un autre qui tient lemilieu et qui participe des deux, de sorte que, dans ce plan, l’esprit sait moins que dans l’état hyperphysique, mais bien plus que dans le plan physique. Aux divers états du moi correspondent divers degrés de conscience ou de connaissance, supérieurs les uns aux autres.
Différentes espèces de faits, étrangers à l’observateur, mais naturels, confirment ce que nous venons de dire; ce sont les faits physiologiques, somnambuliques, médianimiques et spirites. La découverte de l’àme mène à celle de l’esprit, d’ailleurs accessible aux recherches dans chacun des plans où il existe; c’est dans ce sens qu’il faut se diriger.
Mais, étant donné que dans l’état de veille notre conscience est si insuffisante, à cause du rétrécissement de son champ normal, le plan métaphysique, peut-on développer les recherches d’une manière suffisante et arriver à des résultats positifs ?
Oui, car le champ de la conscience s’élargit indirectement pendant l’observation des faits : on sait que les bons somnambules (*) et les bons médiums sont doués de la clairvoyance, ou double vue.
La science dite orthodoxe préféra toujours l’étude des phénomènes de la première espèce, c’est-à-dire physiologique. Depuis quelques années seulement, elle se livre à l’expérimentation des faits de la seconde, mais en se contentant d’étudier les formes élémentaires du magnétisme et de l’hynoptisme, c’est-àdire en s’efforçant de rester sur le terrain de la physiologie pure (2). Elle obtient ainsi des résultats extrêmement limités, qui, dans les académies respectives, sont l’objet de rapports réputés originaux, et, cependant, ces résultats étaient, il y a cent ans, connus même des débutants. Quant aux autres faits, elle ne s’en occupe pas.
Ce n’est pas sage : on ne doit rien négliger pour la connaissance de l’homme. C’est déjà un scandale scientifique que l’homme, placé au point culminant de la création terrestre, n’ait pas d’idée exacte sur lui-même, se dise supérieur aux animaux et se vante d’avoir de plus qu’eux la conscience, qui est justement pour lui un profond mystère. La catalepsie d’un serpent ou les coups frappés par un guéridon sont tout aussi dignes d’étude que le langage de l’homme, car derrière tous ces faits se cache leur cause : l’àme.
La science officielle dédaigne les faits qu’elle trouve obscurs et énigmatiques et refuse de s’en occuper; cependant, ce sont les plus importants non seulement pour l’avancement de la science elle-même, mais aussi pour la plus complète explication des mystères de l’homme et de la nature.
La conscience est une propriété de l’esprit, elle n’en est pas l’essence ; dire que la conscience est l’essence de l’esprit, c’est affirmer par exemple que l’élasticité est le corps élastique.
La conscience est une faculté ou la résultante des facultés du moi , mais non une fonction organique; autant dire que l’activité est secrétée par celui qui marche ou qui agit.
Si la conscience était une fonction physiologique, ou si elle se manifestait d’une façon plus large dans l’état de veille, on ne pourrait pas évoquer l’esprit d’une personne endormie et constater qu’il agit loin du corps physique et sans lui.
Les anciens spiritualistes croyaient découvrir l’esprit en analysant seulement la conscience extérieure, qu’ils prenaient absolument comme base d’observations. Ils se trompaient, comme se trompent les matérialistes, qui le cherchent dans les fonctions organiques.
La conscience que l’homme a dans l’état de veille, lorsque les sens ne sont pas émoussés par la concentration de la pensée ou par une autre cause, est
(*) L'auteur dit plus loin que le somnambulisme n’est pas un état de sommeil, mais de veille. (Note du traducteur.)
très restreinte ; dans cet état, lorsqu’elle se réveille, elle saisit tout d’abord le moi, puis seulement le corps matériel, enfin les objets du monde extérieur, les plus éloignés du moi.
Malgré le développement complet du corps et l’activité normale des sens, la conscience est très restreinte non seulement en ce qui concerne le monde extérieur et le moi, mais aussi en ce qui concerne le corps ; elle ne nous fait connaître aucune fonction organique, ni la circulation du sang, ni la digestion, etc.
S’il était vrai que la veille est l’état normal, parce que la conscience s’y manifeste, celle-ci devrait avoir un champ beaucoup plus étendu, eu égard à sa destination. La cause du peu d’extension de la conscience à l’état de veille complète est que les facultés de l’âme involuée et revêtue de chair sont obscurcies et que l’esprit a oublié toute l’évolution parcourue.
L’incarnation cause l’oubli ; on ne doit pas s’en étonner, car on trouve quelque chose d’analogue dans le réveil sans souvenir, après qu’on a dormi du sommeil naturel ou provoqué. Mais, de même qu’il arrive, dans le sommeil normal ou artificiel, que l’on se souvienne au réveil, de même il peut se faire que l’incarné se souvienne de son existence précédente (4).
Ce n’est pas dans la veille que la conscience a son plus grand développement, puisqu’on peut évoquer l’esprit d’une personne endormie et savoir ainsi des choses qu’on ne pouvait connaître autrement, dont on ne soupçonnait pas l’existence, ou qui dépassaient les limites des connaissances de l’évoqué ou de l’évocateur (5). De plus, c’est dans la phase classique de la lucidité qu’on peut obtenir d’un bon somnambule la connaissance la plus précise et la plus étendue de son âme, de son corps physique et du monde extérieur.
C’est dans cet état, également, qu’il a conscience des fonctions organiques qui lui sont inconnues à l’état de veille, qu’il fait des auto-diagnostics ou des auto-pronostics, et enfin que les fonctions organiques elles-mêmes sont partiellement soumises à la volonté, puisque les suggestions peuvent modifier la vitalité viscérale et psychique du sujet, et par exemple faciliter l’accouchement, la parole, le jeûne, et rendre le sujet meilleur, plus travailleur, etc.
C’est là une forme de la conscience qui dépasse de beaucoup la conscience sensorielle, parce qu’elle dépend d’un état plus libre de l’âme et d’un fonctionnement plus limité du corps.
Plus l’éme d’un magnétisé se dégage, plus l’activité du corps diminue, et plus la conscience s’élargit. Pendant que son corps n’a aucune sensation, son âme en reçoit, perçoit des couleurs, des sons, des parfums, dont les sens n’ont aucune connaissance, mais que les instruments enregistrent. Ainsi la conscience extérieure a ses limites, diminue et disparaît au moment où la conscience intérieure a tout son développement. Et, parce qu’elle est limitée, la conscience extérieure ne nous laisse naturellement apercevoir dans la veille que le côté extérieur des choses : par conséquent, les définitions de la science orthodoxe sont imparfaites.
Les somnambules, au contraire, sont impressionnés par l 'intérieur même des choses, pour ainsi dire; ils reçoivent, par exemple, des maladies d’autrui
des impressions dont ils n’ont pas conscience dans la veille ; on sait qn’on peut aussi leur transférer des maladies (6). Les inlluences magnétiques, les antipathies ou les sympathies qui nous guident dans nos relations avec nos semblables, sont beaucoup plus prononcées chez les somnambules, parce qu’ils sont impressionnés par le caractère réel de l’homme et par son moral. C’est chez eux qu’on rencontre plus ou moins parfaite la faculté de lire la pensée, faculté qui, après la mort, constitue le langage de l’esprit (7).
Les faits observés dans Ualternance des états de veille et de sommeil prouvent que l’esprit ne réside pas en entier dans le sensorium, mais aussi dans le supra-sensorium. Ils prouvent, en outre, que tous les états du corps ne sont pas les mêmes que ceux de Lame, et réciproquement.
Il existe divers états passifs qui n’appartiennent pas au corps, qui nous font attribuer à l’âme quelque chose de particulier et nous confirment dans la croyance qu’elle est bien distincte du corps.
Les deux états caractéristiques de l’esprit incarné, que nous avons indiqués, peuvent se distinguer par des critériums suffisants.
L’état de veille en général comprend : la veille complète, l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil et l’assoupissement; le sommeil en général comprend le sommeil normal, le sommeil morbide et le sommeil somnambulique naturel et provoqué. Dans la veille, nous avons la conscience sensorielle extérieure, supraliminaire y comme l’appelle Myers; dans la demi-veille, la conscience oscille entre les deux mondes, comme une lampe phosphorescente qui éclaire plus ou moins, selon les milieux où on la place alternativement; et, dans l’assoupissement, il se passe pour la conscience quelque chose d’analogue et de distinct, puisqu’il peut être somnambulique (demi-somnambulisme), médianimique, génial ou morbide.
Dans le sommeil, en général, la conscience sensorielle disparaît, et la conscience suprasensorielle, interne, transcendantale, subliminaire , comme dit aussi Myers, se développe.
Naturellement la veille n’est pas nettement séparée du sommeil. En passant d’un état à l’autre, la conscience sensorielle s’éteint, et la conscience suprasensorielle parait, mais dans les deux cas, par degrés, comme on peut le constater dans la demi-veille et dans le demi-sommeil ordinaire.
Avant son incarnation, l’esprit vit de la vie intra-utérine et, après son incarnation, delà vie d’outre-tombe. Dans la vie intra-utérine, la conscience en général s’obscurcit jusqua l’enchaînement de l’âme à la cellule spermatique, et diminue au fur à mesure de la croissance du fœtus. A ce moment, on ne peut évoquer l’âme, parce qu’elle est occupée à se bâtir sa prison de chair comme le ver à soie file son cocon.
Au moment de la naissance, lorsque le cocon est clos, pour ainsi dire, le champ delà conscience est si restreint qu’il comprend seulement la connaissance du moi, mais les sens apparaissent, et il s’élargit jusqu’à leur complet
INTRODUCTION AU SPIRITUALISME EXPÉRIMENTAL MODERNE t)
développement. Puis, lorsque l’âge ou la maladie les ont affaiblis, la conscience acquiert une clarté inusitée, parce qu’elle se dégage du lien des sens, qu’elle se débarrasse un peu du vêtement de chair qui l’accable et qu’elle est plus voisine de l’au delà, où, comme un papillon angélique, elle s’envolera après la mort.
Cette clarté de la conscience a une certaine analogie avec ce qu’on ressent dans le sommeil. Dans cet état, on a des rapports intellectuels avec l’esprit de ceux qui dorment en môme temps, et ces rapports peuvent être la causa de certains songes où la conscience possède une clarté admirable.
Après la mort, le champ de la conscience s’élargit de façon que l’esprit no saurait oublier le passé comme dans la vie (8). L’âme, délivrée des liens charnels, peut être évoquée beaucoup plus facilement, et on peut obtenir une preuve absolue d’identité, entre l’esprit qui s’est communiqué pendant la vie et celui qui se manifeste après la mort. Cette preuve triomphe de toutes les objections, y compris celles de E. Hartmann, qui, selon lui, devaient réduire à néant à tout jamais les théories du spiritisme.
Nous avons dit que certains faits prouvent la possibilité pour l’homme de vivre dans des états divers, notamment dans le plan physique, dans l’ultraphysique et dans un plan moyen, servant de lien entre les deux, entre l’oubli du passé et le souvenir du présent. Rien de plus certain.
Dans chaque état, l’homme est composé de trois principes qu’il ne faut pas confondre, bien qu’ils forment, pour ainsi dire, une harmonie unitaire, la tri-unité. Ce sont: la matière, la force, l’esprit.
Dans l’esprit se trouventla conscience intime, l'intelligence et la puissance, correspondant à la sensation, à la pensée et à la volonté.
Par l’esprit, si nous n’avons pas une connaissance parfaite de la force, nous pouvons au moins la distinguer de la matière.
Dans le corps physique, c’est la matière qui prédomine ; dans le corps animique, cest la force : matière, force et esprit évolués à travers les différents règnes de la nature pour l’élévation de l’esprit lui-mcme.
Aux états classiques dans lesquels peut vivre l’homme correspondent, comme nous l’avons dit, trois formes de la conscience qui ont pour base également trois espèces de sens : le sens externe, le sens interne et le sens intime.
Le sens externe, soit seul, soit à l’aide de la science, nous met en relation avec le monde physique ou inférieur; mais ce rapport est peu de chose, puisque, selon Swedenborg, le contact de l’un et de l’autre se fait pour ainsi dire dos à dos.
Les connaissances acquises de cette façon sont limitées non pas à la matière proprement dite, mais aux corps qui sont composés de matière et de force; de sorte que les définitions des sciences orthodoxes sont tout au plus vraies d’une façon très relative. Ainsi, par exemple, que sont les lois de
la lumière et du son pour celui qui ne perçoit pas ces modes de vibration de l’éther? Qu’importent les lois de la chaleur et de la pesanteur, à celui qui vit dans le plan ultra-physique ?
Le sens externe, qui fonctionne plus particulièrement dans l’état de veille, comprend les cinq sens; avec le cerveau, leur réceptacle commun, il sert de projection phénoméniquc au sens interne.
Le sens interne, au contraire, fonctionne pendant le sommeil en général et fonctionne inconsciemment, d’ordinaire, puisqu’on perd le souvenir au réveil, à moins que ne survienne la suggestion, ou autre chose. A l’aide de ce sens, l’homme se connaît donc lui-même et connaît ses semblables spirituellement.
Le sens intime, enfin, unit l’homme incarné au monde ultra-physique ou supérieur, demeure des êtres désincarnés; il sert à ces derniers de moyen de communication entre eux.
* Le sens externe, le sens interne et le sens intime trouvent place réciproquement dans le corps, dans lame et dans l’esprit; ils sont aptes à fonctionner dans le monde qui leur est propre et sont subordonnés l’un à l’autre : le sens interne est supérieur au sens externe et le guide; le sens intime leur est supérieur à tous deux.
Ces théories, dit liouxel, ne sont pas des assertions à priori, des hypothèses gratuites des imaginations mystiques; elles sont fondées sur l’expérience et l’analogie (9). Le sens externe est trop connu pour en parler ici.
Le sens interne ne l’est pas autant, car la psychologie expérimentale est dans l’enfance ; on connaît son existence et son caractère par les phénomènes du somnambulisme naturel ou primitif, et par ceux du somnambulisme magnétique et hypnotique. On sait aussi que dans ces états le sens externe est suspendu, ne fonctionne pas. Ainsi, par exemple, le sujet pour voir, pour entendre, pour toucher, n’emploie aucun des organes de son corps physique: sans faire usage du sens externe, il peut être en relation avec nous, quoique éloigné; le temps et l’espace deviennent pour lui incomparablement différents de ce qu’ils sont pour nous. Un sens est nécessaire en lui pour accomplir ces fonctions: c'est le sens interne.
La preuve de la supériorité du sens interne sur le sens externe est donnée d’une façon absolue par ce fait que le sujet somnambulique se souvient de ses pensées, de ses paroles et de ses actes à l’état de veille, tandis que, rendu à l’état normal, il ne garde aucun souvenir de ce qu’il a fait, dit ou pensé pendant le somnambulisme.
11 est utile de dire que le somnambulisme n’est pas, comme le pensent les matérialistes, un état de sommeil, mais un état de veille. Le mot sommeil, en général, s’emploie en parlant du corps, non de l’âme ; quand le corps repose, l’âme agit. La preuve en est donnée par la conscience que l’on a des vrais rêves, ou plus positivement par celle des bons somnambules, dont la manifestation a plus d’étendue et de puissance.
Il est tout à fait ridicule d’entendre demander à un sujet s’il dort,commeut il dort et d’entendre celui-ci répondre oui ou non, bien ou mal (*). Tous les
(*) J.e sujet répond fréquemment qu’il ne dort pas.
sommeils, quels qu’ils soient, ont un point commun : le dégagement de l’âme, plus ou moins grand selon les cas.
Le sommeil magnétique diffère en ce qu’on y constate ordinairement un mode spécial de transmission de la pensée du magnétiseur ou magnétisé. En d’autres termes, dans le somnambulisme magnétique, le sujet est en rapport avec le magnétiseur psychiquement et au moyen du sens interne; on en trouve la preuve dans ce fait que le sujet perçoit les sensations, les pensées, la volonté du magnétiseur sans l’intervention de signes, de gestes ou de mouvements.
L’existence du sens intime est démontrée par le singulier phénomène de l’extase. Dans cet état le sujet n’est en communication ni avec le monde extérieur ni avec le magnétiseur, et si, avant l’extase, le sens externe était suspendu, c’est maintenant le sens interne qui ne fonctionne plus. Tout dans l’expression de la physionomie de l’extatique, dans ses attitudes, dans les révélations qu’il nous fait de ses sensations supérieures, avant et après son retour à l’état somnambulique, c’est-à-dire à l’usage du sens interne, tout prouve qu’il voit et entend des êtres qui échappent au sens externe, et qui ne sont pas déterminables par les profanes en science occulte.
L’âme de l’extatique, qui s’est détachée du corps, est encore unie par des liens de sa propre substance vitale aux centres principaux de l'organisme, mais elle est plus dans le plan ultra-physique que dans le plan physique. Alors sa volonté, soutenue par l’attraction de l’au-delà, pourrait peut-être produire la séparation de l’âme et du corps, et causer ainsi la mort.
Le monde avec lequel l’extatique a été en rapport est si différent du nôtre qu’aprcs avoir perdu l’usage du sens intime et avoir repris celui du sens interne, il ne trouve pas toujours des termes pour faire comprendre les sensations qu’il a éprouvées. Pour qu’un sujet passant de l’usage d’un sens supérieur à l’usage d’un sens inférieur puisse se souvenir, il faut avoir recours à la suggestion.
Les anesthésiés, les fakirs ensevelis, les somnambules lucides en général, et surtout les extatiques, jugent souvent leur état psychique beaucoup plus réel et de beaucoup supérieur à la veille. Ils parlent de leur corps sensible ou physique comme d’une chose étrangère et avec insouciance, répugnance ou mépris. Ils sont troublés en pensant qu’ils doivent revenir à la vie ordinaire. Si l’idée de la mort ne les épouvante pas, c’est qu’ils sentent qu’ils seraient heureux si le destin tranchait les liens qui les retiennent à la terre. Tout cela est naturel; à des états différents correspondent des sens différents. Le monde ultra-physique ne ressemble pas au monde physique au point de vue du sensorium.
Il y a danger à faire brusquement passer un sujet d’un état quelconque du magnétisme à l’état de veille. On doit toujours procéder avec calme et douceur, et avoir soin de bien le réveiller et de ne pas le laisser dans une demisomnolence. Quoique le souvenir ne subsiste pas au réveil parce que, la suggestion manquant, le sens interne n’imprime pas suffisamment les images sur le sens externe, il reste cependant, en vertu de la sympathie sensorielle, une vague impression du plaisir ou de la douleur éprouvés par le sujet.
Lorsqu’un sujet a été sous une mauvaise impression, il serait utile, avant
de réveiller, d’en éloigner son attention en la dirigeant peu à peu sur un autre objet. Tout bon observateur sait très bien cela, à l’exception de certains hypnotiseurs des académies scientifiques, qui, sous prétexte de faire des pseudo-découvertes, ne se gênent nullement pour endormir imprudemment à distance leur sujet et le réveiller cruellement au moment où il est sous une forte impression.
En parlant des divers sens, on est amené à mentionner les phases du somnambulisme magnétique ; on peut les diviser en deux catégories : le demisomnambulisme et le somnambulisme.
La première catégorie ne contient qu’une phase, signalée par Puységur, et appelée par lui semi-somnambulisme. La deuxième en comprend plusieurs, qui ont le caractère soit de phases pures ou simples, soit de phases complexes. Les principales sont la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme; dans la léthargie, le sommeil est profond ; dans la catalepsie, on observe la rigidité des membres ; dans le somnambulisme, la suggestion.
Le demi-somnambulisme survient entre la veille et la léthargie ; dans cet état, le sens externe n’est pas entièrement suspendu, et le sens interne n’agit pas encore.
Dans le somnambulisme complet, et précisément dans la lucidité, le sens interne fonctionne, et le sens externe est aboli.
Dans la lucidité, le magnétiseur, étant en rapport direct avec le sujet, peut le suggestionner, le conduire mentalement par exemple dans des pays éloignés, dans des endroits inaccessibles, et le sujet verra et dira ce qu’il a vu (10) ; il peut aussi le faire changer de personnalité, etc.
Mais, lorsque le phénomène de l’extase se présente, tout change radicalement; à ce moment-là le sens intime se développe, le sens interne s'obscurcit, et le magnétiseur ne peut plus obtenir la transmission dépensée. Cependant, l’extatique peut faire comprendre à tous, mais plus facilement à un initié, qu’il voit des êtres désincarnés et qu’il reçoit leurs suggestions. Le changement de personnalité pourra s’observer aussi dans cet état, mais la cause n’est plus du tout la même que dans le somnambulisme.
Nous avons parlé de la suggestion parce que l’observation de ce phénomène peut guider très avant dans le labyrinthe du microcosme et prouver le libre arbitre, la responsabilité morale et la grande extension de cette conscience que nous ne connaissons pas dans l’état de veille, mais qui est cependant l’élément primordial de l’individualité. On peut considérer trois choses clans la suggestion.
1° Ce qui a rapport à la personne qui la propose ; 2° le temps dans le-
quel elle s’exécute, et 3° l’état du sujet qui la reçoit. La première esl donnée verbalement ou mentalement par les autres au sujet ou par celui-ci à lui-même. La deuxième est exécutée aussitôt ou après un certain laps do, temps. La troisième est reçue dans le somnambulisme et dans le demi-somnambulisme, — ce qu’on sait communément, — mais peut être reçue dans d’autres états.
La suggestion somnambulique agit donc dans la phase de lucidité e', consiste, par exemple, à exécuter un ordre donné soit pendant, soit après l’état de somnambulisme. Lorsqu’il l’exécute im médiatement, le sujet est conscient parce qu’il a la mémoire en acte, à cause du fonctionnement non interrompu du sens interne. Dans la suggestion qui doit être exécutée à un moment déterminé de la phase post-hypnotique, le sujet n’est qu’un instrument, car il a la mémoire non plus en acte , maise?i puissance , à cause de l’action réflexe du sens interne, action qui peut varier, selon les contacts, les frottements entre les deux sens (11).
L’empire que l’on acquiert sur les personnes susceptibles d’entrer dans l’état magnétique ne s’exerce absolument que dans les choses qui concernent leur santé, dit Puységur, et il ajoute : outre cela, l’on peut encore faire usage de son pouvoir dans des choses innocentes en elles-mêmes, telles que faire marcher, changer de place, danser, chanter, etc., enfin tout ce qu’on sc permettrait indifféremment d’exiger d’une personne quelconque, dans son état normal. Mais il est des bornes où le pouvoir du magnétiseur cesse (12).
Il est certain que, si l’hypnotisé a perdu tout sens moral, il exécutera sans difficulté une suggestion immorale, et n’acceptera pas d’accomplir un acte vertueux : ce serait trop lui demander! D’autre part, s’il a un esprit élevé, un caractère à l’épreuve, il refusera toute suggestion d’ordre immoral. Si le magnétiseur insistait, le sujet se réveillerait ou passerait dans l’état d’extase pour s’en délivrer.
Le somnambulisme est un état de veille dans lequel le somnambule sait ce qu’il fait et jouii de toutes ses facultés morales ou intellectuelles, comme dans la veille et plus que dans la veille.
Quand on dit « état de sommeil, état de veille », on indique en réalité le contraire de ce qu’on veut dire : pendant la veille, l’àme sommeille ; pendanL le sommeil, elle agit, de sorte qu’on peut réellement dire que l’homme vivant uniquement dans le plan physique est mort, en comparaison de celui qui vit dans les autres plans, déjà mentionnés. Le somnambule étant libre d’accepter ou de repousser la suggestion, il n’y a plus que des auto-suggestions.
Unefois lasuggestion acceptée, peut-elle manquer? Si le somnambule a trop présumé de ses forces, de ses facultés morales, intellectuelles et physiques, il est possible qu'il en tente l'exécution, mais il ne pourra l’accomplir dans son intégrité. Il est même possible qu’il indique la cause de la non-réussite.
Du reste, pour que la suggestion posthypnotique réussisse, il faut que le sens interne ou animique se reflète assez fortement sur le sens externe ou corpo rel, pour déterminer le sujet à agir, comme poussé par une impulsion aveugle. Cependant, malgré cela, il devrait être responsable, car la cause de son acte est dans sa volonté ou dans celle d’autrui acceptée par lui ; dans le premier cas, il y a responsabilité, et dans le second coresponsabilité.
Dans le sommeil magnétique et dans le sommeil normal, l’âme est un peu plus libre qu’àl’état de veille. La conscience y prend plus d’extension ; niais, dans l’état de veille, on ne s’en rend pas compte, l’Ame oublie en reprenant ses chaînes.
Ce que l’on perçoit dans un état de sommeil, quel qu’il soit, peut s’appeler rêve, que l’on s’en souvienne ou non. Considérons, pour le moment, le cas de rêve dans le sommeil normal avec souvenir complet. Le sens interne peut, dans ce cas, agir, peut-être par autosuggestion, sur le sens externe, et y fixer une image qui dans la veille est encore rendue plus nette par l’action occulte de l’âme sur le corps ou de la conscience subliminaire sur la conscience supraliminaire.
Les connaissances ainsi acquises dans le sommeil et développées dans la veille, vierges ou produites par la conscience sensorielle, ressemblent aux rayons de lumière colorée qui pénètrent dans un endroit obscur, ou aux gouttes d’eau qui coulent entre les fissures du rocher qui les retenait (13).
Quelquefois une invention ou une découverte géniale est un phénomène dérivant de l’inconscient qui, au moyen du cerveau, se révèle en ce monde. Le sens interne a vaincu la résistance du sens externe, et, comme le souvenir manque au réveil, l’invention, la découverte, semblent originales, et on croit qu’elles proviennent du calcul et de la méditation pendant la veille. Mais, si, en confrontant dans la suite cette découverte, cette invention, avec quelqueautrechose inconnue de leur auteur, on constatait une similitude ?
On peut dire que des instruments tels que la chambre obscure, les appareils télégraphiques, le phonographe, le photophore, le microscope, le télescope, ont été trouvés par des hommes de génie dans l’état de veille, mais on peut soutenir aussi, sans aller contre la logique, qu’ils ont été inventés grâce à la puissance de l’esprit pendant le sommeil du corps.
Dans cet état, l’inventeur, ayant vu quelque chose d’analogue dans les organes de l’homme ou d’autres animaux, étayant pensé que la reproduction dans le plan physique, où il est appelé à vivre alternativement, pourrait en être utile, s’est autosuggestionné et en a imprimé l’idée dans le cerveau.
A propos des configurations anthropomorphiques qu’on rencontre dans certains objets, on a observé (14) que dans les temples grecs et gothiques, comme dans les plus simples mécanismes ou les plus compliqués, un souffle spirituel se manifeste ; dans l’esthétique des temples, les constructeurs ont appliqué inconsciemment (mais seulement pour le cerveau) le principe primordial de symétrie du corps humain (15).
Les appareils sont aussi (mais seulement pour le cerveau), des copies inconscientes du corps humain ou des reproductions d’organes. Ainsi, l’œil est reproduit, sans intention, par la chambre obscure, et sa structure n’a été comprise qu’après l’invention de cet appareil. Analogiquement, en observant le mécanisme du piano, on comprend l’organe de l’ouïe; on se rend compte du système nerveux par les appareils électriques; du cerveau par le phonographe ; de la constitution corporelle de l’homme en voyant une machine à vapeur dont les tuyaux rappellent le cœur et les vaisseaux où circule le sang.
En analysant certains céphalopodes phosphorescents, on retrouve le principe du photophore.
En un mot, on n'a jamais dit avec plus de raison qu’à ce propos : « Hien de nouveau sous le soleil. »
La suggestion, qui est un fait de psychologie expérimentale, peut, nous l’avons dit, guider le chercheur dans lelabyrinthehumain ; aucun savant, aucun poète n’est capable d’en entrevoir pour le moment la puissance.
Il est possible que les hypnotiseurs matérialistes eux-mêmes soient amenés à établir, par exemple, qu’un sujet peut voir dans Mars et rendre compte de ce qu'il y a vu, sans savoir comment, puisque le souvenir s’efface dans les frottements sensoriels en général ; aussi, qu’un habitant de Mars peut, de la même façon, voir sur la terre ; ou, enfin, qu’il peut exister une communication psychique entre les astres. Mais laissons là ces idées, qui ont d’ailleurs une base scientifique et qui seront certainement exposées un jour scientifiquement.
Si l’on veut connaître l’homme, son origine, ses fins, il est absolument nécessaire de méditer sur le phénoménisme humain. Il faut, avant tout, nous connaître nous-mêmes.
C’est véritablement, nous le répétons, un scandale scientifique que l’homme se prétende supérieur aux bêtes à cause justement de la conscience, qui est pour lui un profond mystère.
L’observation et l’expérience démontrent que le phénoménisme humain embrasse les fonctions de l’organisme, les faits du somnambulisme, de la médiumnité et du spiritisme.
Si l’on considère leur cause, on peut les classer en autant de catégories.
Les phénomènes de l’organisme sont physiques, chimiques, mécaniques, physiologiques ou biologiques en général. Derrière ces phénomènes se trouve parfois la volonté, mais, d’autres fois, il semble qu’elle manque complètement: de là, la grande différence entre les faits conscients et inconscients, différence qui pourrait bien n’ètre qu’apparente, comme le prouvera la psychologie expérimentale.
Ces phénomènes sont étudiés et analysés avec beaucoup de soins par la science officielle, et même expliqués avec précision, mais jusqu’à un certain point, au delà duquel le problème physiologique humain n’est plus compréhensible ; nous n'avons pas, du reste, à en parler ici.
Les faits des autres catégories ne présentent d’abord qu’un véritable chaos, puis les conditions dans lesquelles ils se produisent les font bientôt paraître plus clairs et plus variés.
On distingue les phénomènes du somnambulisme, selon qu’ils sont naturels ou provoqués. Dans le premier cas, le sujetagit comme dansla vieordinairc ; dans le second, il est magnétisé, et on obtient principalement la léthargie, la catalepsie, la lucidité ou somnambulisme.
Les phénomènes de cette catégorie se produisent dans les limites de la sphère d’action corporelle de l’homme en somnambulisme, c’est-à-dire qu’ils sont intra-corporels ou intra-somnambuliques (16). Ils ont pour cause et pour base son corps fluidique où réside la conscience intérieure.
Le corps fluidique y est un peu séparé du corps solide, et les sujets peuvent voir les esprits qui sont auprès d’eux faire mouvoir les objets voisins, écrire ou parler en adoptant même une autre individualité,— ce dernier phénomène peut provenir d’un souvenir de leur existence précédente, ou de la suggestion d’une personne vivante en rapport psychique avec les sujets.
Les phénomènes de la médiumnité peuvent se diviser en deux parties, selon qu’ils appartiennent à la médiumnité naturelle ou artificielle.
Il y a, en effet, une médiumnité innée et une médiumnité acquise. Les phénomènes sont mécaniques et physiques (lumières, coups frappés, sons, parfums, mouvements d’objets à distance, germination), intellectuels (typtologie, pressentiments, visions, auditions à distances, suggestion spirite) ou enfin plastiques (dédoublements télépathiques palpables). Les phénomènes delà médiumnité ont pour cause l’homme susceptible d’être médium; ils se produisent en dehors de la sphère d’action de son corps, c’est-à-dire qu’ils sont extracorporels ou extramédianimiques (17). Ils sont conditionnés par la séparation, aussi grande que possible, du corps fluidique et du corps physique, et delà des phénomènes plus intenses, plus compliqués que dans le simple somnambulisme.
La différence entre les catégories de pénomènes dont nous venons de parler réside donc dans le degré plus ou moins intense d’extériorisation du corps astral, et dans le plus ou moins de clarté de la volonté exprimée.
Le médium est, à cause de cela, plus important à étudier que le somnambule, car les recherches peuvent être poussées beaucoup plus loin avec son aide ; mais tous les deux, en ce qui concerne les phénomènes originaux qu’ils produisent, se caractérisent par Y automatisme animique.
Les phénomènes du somnambulisme et de la médiumnité en général pourraient ne former qu’une seule classe, carie somnambule, bien que possédant tous les caractères qui le distinguent du médium, peut prendre celui de ce dernier lorsqu’il nous transmet les instructions des esprits qui l’entourent.
Le somnambule acquiert une connaissance momentanée de son âme, parce qu’il pénètre dans la sphère où elle peut être connue et de là dans celle des Esprits.
Le médium acquiert aussi la connaissance du monde spirite, mais parce que les Esprits viennent jusqu’à lui, pénètrent dans le plan où il se trouve, de sorte qu’on peut dire que le somnambule est actif et le médium passif ; mais, lorsque le premier reçoit des instructions d’esprits, il devient médium et d’actif devient passif.
De plus, le somnambule et le médium, si on leur a donné la suggestion de se souvenir, peuvent se rappeler dans l’état normal ce qu’ils ont vu dans le monde des esprits,et les connaissances ainsi acquises deviennent permanentes de momentanées qu’elles étaient, puisqu’elles persistent à l’état de veille.
En général, lorsque les forces ou facultés de l’Etre transcendantal incarné (Esprit et âme ou périsprit) peuvent se manifester dans le champ de la conscience sensorielle, on se trouve en présence du somnambulisme et du médiumnisme; on a le spiritisme, au contraire, lorsque ces même forces ou facultés du sujet transcendantal désincarné arrivent jusqu’à nous plus ou moins nettement par l’intermédiaire des médiums ou des somnambules.
Les phénomènes du spiritisme ont pour cause l’homme à l’état d’esprit, c’est-à-dire celui qui, n’ayant plus de se?is> de corps solide, peut vivre dans l’au-delà, dans le plan ultra-physique. Pour les produire, on a rcceurs à des somnambules ou à des médiums ; c’est ce qui explique les points de ressemblance qu’ont entre eux les phénomènes du somnambulisme et de la médiumnité. La définition la plus précise à leur appliquer serait donc celle de phénomènes hypno-spirites et médio-spirites.
On peut également diviser les phénomènes spirites proprement dits en deux classes, en se basant sur des critériums certains, selon qu’ils sont spontanés ou provoqués, intelligents ou physiques. Ils comprennent un nombre immense de faits extraordinaires, tels que : pressentiments, apparitions de morts, tableaux fluidiques, faits de pneumatophonie, de pneumatoplastique et de pneumatographie, transfigurations, apports, matérialisations d'objets, lévitation du corps humain, possessions, incarnations, prophéties, photographies spirites, etc. (18)
L’ensemble de tous ces faits est dominé par une théorie de beaucoup plus scientifique qu’aucune autre, parce qu’elle les explique tous d’une façon naturelle, simple et rationnelle ; c’est la théorie du moderne spiritualisme.
Cette théorie semble nouvelle, mais elle ne l’est pas en réalité, et on peut affirmer, sans crainte cl’être contredit, qu’Emmanuel Kant en eut l'intuition, et qu’Allan Kardec (19) la popularisa, en la traitant magistralement, au triple point de vue expérimental, philosophique et moral. Malheureusement elle a été en butte, et elle l’est encore, à une critique acharnée, au point de vue de l’examen expérimental, de l’explication des faits, de leur application à la vie sociale ou religieuse, et enfin du témoignage personnel.
Toute autre théorie, moins scientifique, aurait été anéantie sous les coups terribles que lui portèrent les matérialistes, les panthéistes et les anciens spiritualistes eux-mêmes. Les Églises et les académies orthodoxes la combattent en même temps (bien qu’elle cherche la conciliation) ; parce qu’elle projette sur eux une lumière qui révèle au monde la mauvaise foi des unes, l’ignorance des autres et l’orgueil de toutes.
La lutte est terrible, plus qu’on ne peut le dire! Plus la critique aiguise ses armes, et plus nous serrons nos rangs, plus nous nous organisons et entassons les preuves. Afcsakof répond à Hartmann; à Buchner on oppose Reichenbach ; Wallace lutte contre Sidgwick ; Young est battu par Gardy ; Chiaia défie Lombroso, et peu à peu tombent vaincus, conquis à nos idées : Schiaparelli, Lodge, Richet, Ochorowicz, Mendelejefî, Zœllner, Tyndall, W. Grookes, Elliot Coues, Edison, Balfour, John Lubbock, Gladstone, Giers, d’Azeglio, Brofferio, Gibier et un grand nombre d’autres illustres savants. Et, dans leur chute mémorable, que d’enseignements, de confessions intéressantes, d’anecdotes! On y trouve à la fois du comique, de la mélancolie, de la tristesse, etc.
L’ensemble des faits où la théorie du moderne spiritualisme prend sa source, est un dédale dans lequel on désire, et où il est nécessaire de s’orienter dès les premiers pas; c’est pourquoi nous recommandons à ceux qui veulent s'en occuper quatre choses : lire, observer, expérimenter, conclure.
La voie qui conduit à la conclusion est certes, ou du moins peut être un
Golgotha; mais, après y avoir consacré son travail, son temps et ses ressources, on conviendra qu’il n’y a pas de but plus élevé, pour une existence humaine, % que de chercher à prouver la nature transcendantale de l’homme appelé à une destinée beaucoup plus sublime que l’existence phénoménale, et de propager cette vérité. Si l’on ne veut pas lire, mais voir les faits, qu’on suive sincèrement ce conseil d’Herschell : « Dépouille, débarrasse ta pensée de « tout préjugé, absolument, et prends la détermination de rester debout ou « de succomber devant le résultat d’un appel direct aux faits en première « instance, et d’admettre les déductions strictement logiques de leurs con- « séquences. » Qu’on ne se décourage pas devant l’inconstance des faits, lorsqu’on essaie de les soumettre à l’expérience positive.
Les phénomènes spirites proprement dits n’ont aucun rapport avec les phénomènes, par exemple, de la physique et de la chimie inférieures, puisqu’ils appartiennent à une physique et à une chimie supérieures, celles de l’audelà.
Que celui qui l’ignore sache, que celui qui sait n’oublie pas que la science humaine est pleine de lacunes, et que le monde sensible est, pour ainsi dire, une projection du monde supra-sensible (20). C’est-à-dire que le visible n’est que l’apparence, et l’invisible la réalité ; dans ce monde la physique, dans l’autre l’hyperphysiquc ou métaphysique.
C’est cette métaphysique qui reconnaît l’évolution et l’involution spirituelles de l’homme dans les différents règnes de la nature, tant sur la terre que dans les autres mondes, et qui seule peut éclairer les masses et les retirer des sentiers perdus du matérialisme, du panthéisme et du cléricalisme.
Cette métaphysique n’est ni spéculative ni dogmatique; elle offre les avantages des sciences naturelles, puisqu’elle est expérimentale ; c’est elle enfin qui synthétise toutes les sciences et toute la foi, en satisfaisant en même temps la raison et le sentiment.
L’homme est un esprit réincarné, intelligent et libre. Il est un et triple en même temps, puisqu’il est composé d’un corps physique, d’un corps métaphysique et d’un esprit qui se pénètrent intimement l’un l’autre.
Qui dit corps physique dit cadavre ; qui dit corps métaphysique dit force animique; qui dit Esprit dit intelligence. Ces trois éléments sont uns, la matière physique, la force animique et l’esprit étant uns respectivement.
Il est inutile de parler ici du corps physique ; il a été décrit parles sciences naturelles et vulgarisé partout. Il est impossible de parler de l’esprit, il est inabordable actuellement pour nous; on peut seulement entrevoir sa réalité dans les phénomènes de la volonté, de la pensée et du sentimenl. Parlons donc un peu du corps métaphysique.
Toute la psychologie de nos jours, excepté l’occulte, ne peut savoir ce qu’est la Psyché, l’aura, l’âme ou la vie, sa formule, son aspect ; elle ne l’entrevoit peut-être même pas. Elle est, en cela, bien au-dessous des nombreux
sages de l’antiquité et du moyen âge, qui l’étudiaient suffisamment pour en obtenir des faits dits miraculeux.
La psychologie d’aujourd’hui, respectable certes pour ses conquêtes dans le domaine du vrai, n’a progressé que du côté analytique, sans être éclairée par des lumières de l’âme, moyen unique d’orientation, fil d’Ariane indispensable pour sortir du labyrinthe humain.
Conformément au credo des antiques sanctuaires, dit Nus, le médecin croit à l’unité de la force, le chimiste à celle de la substance ; le biologiste, le naturaliste, croient à l’unité originelle des règnes de la nature et à l’évolution respective ; mais aucun d’eux ne croit à la tri-unité de l’homme et n’est en état de la comprendre; ils y viendront bientôt tous cependant.
En traitant du corps métaphysique, nous parlerons d’une façon plutôt affirmative qu’explicative ; ici, il faut être bref.
Nous donnerons d’abord un aperçu historique, puis nous exposerons la théorie la plus rationnelle, et nous noterons les recherches expérimentales les plus récentes et les plus remarquables.
Le corps métaphysique, qu’on l’appelle ainsi ou autrement, est une substance intimement médiatrice entre le corps physique et l’esprit.
L'âme (*) est douée réellement d’autonomie et de plasticité, de sorte qu’elle peut s’éloigner du corps physique, se séparer de lui et se rendre tangible. Les hommes les plus sages crurent de tout temps à son existence, et les documents les plus anciens parlent d’elle comme l’atteste l’histoire.
Les livres « Kin » en Chine, les Védas et les Soutras dans l’Inde, les Naskas en Perse, les livres d’Hermès Trismégiste en Égypte, ceux de Moïse et la Bible, etc., parlent tous de l’âme.
Pour Lao-seu et Pythagore, l’âme est un corps lumineux ; pour Hippocrate, c’est un Être réel et doué de mouvement; Zoroastre l’appelait Feroucr , et Platon Ockema ; Socrate le voyait dans le démon familier avec lequel il philosophait.
Aristote disait que l’ànie est le principe vital, et Porphyre soutenait que l’âme se fait son corps elle-même; saint Paul l’a nommée corps spirituel, et d’autres corps glorieux, char subtil, char éthéré de l’esprit, etc.,etc.
Si de l’antiquité nous passons aux temps modernes, nous voyons que les plus sages ont cru également à l’âme et l’ont étudiée; selon Paracelse, c’est un être vivant; suivant Agrippa, un corps éthéré; selon Van Hclmont, une force magique. Kant pense que l’âme, envisagée comme corps transcendantal et fluidique, peut agir sans le corps physique ; Leibnitz affirme que le moi n’est jamais sans corps. Les initiés appellent l’âme corps aromal ou astral ; les kabbalistes, nephesch ; les théosophes et les spirites, les premiers linga Sliarira, les seconds âme ou périsprit.
(*) Par le mot âme, l'auteur désigne ici le corps astral ou périsprit (n. d. t).
De nos jours, et spécialement par les savants, l’âme est dénommée force inconsciente, force psychique ou ecténique, principe dynamique humain, substance primordiale, mouvement primordial humanisé, force neurique rayonnante, sensibilité extériorisée, etc.
C’est en somme le sujet le plus important d’expérience, comme le prouvent les hautes études d’Aksakof, de Baraduc, de Bodisco, de Bosc, de Crookes, de de Hochas, de du Prel, de Heichenbach, de Hussel Wallace, d’Allan Kardec.
Outre les instruments humains, yoghis, fakirs, psychomètres, somnambules ou médiums,on a aussi des instruments techniques, tels que biomètres, plaques sensibilisées, lentilles, pour observer et étudier l’âme (corps astral) (*)
L’âme n’est pas une fonction, ou un ensemble de fonctions chimiques du corps, mais une substance quintessenciée, un agrégat atomique dans lequel les atomes se meuvent spontanément. Bien qu’on en ignore la nature intime, on peut l’étudier extra culem , en surprendre ainsi quelques caractères dans les phénomènes mentionnés ci-dessus, et enregistrer ses mouvements à l’aide du biomètre Fortin .
Les atomes pénètrent le plus souvent du côté droit, dans le corps humain, et s’irradient à gauche après avoir circulé comme un tourbillon et produit la Vie; cette Vie, dit Lodge, n’est pas une forme de l’énergie émanant du corps charnel, mais une force neuve, non encore classée par la physique.
Elle est, selon Baraduc (21), une force différente des modes connus de l’énergie (lumière, chaleur, électricité, magnétisme terrestre), et supérieure à eux par son.activité réelle et-par son adaptation intellectuelle, une force dont on peut traduire les mouvements lorsqu’ils sont enregistrés par l'instrument. Avant de pénétrer dans le corps, les atomes sont comprimés dans l’atmosphère; une cause occulte les attire vers l’esprit et les en éloigne, de sorte que perpétuellement l’âme se renouvelle.
La vie universelle entre par attraction dans la sphère de l’esprit, pour y former le perisprit, et en sort modifiée, c’est-à-dire que les atomes en sortent en s’éparpillant pour ainsi dire, et acquièrent par là une plus grande puissance (22).
Dans la conception, le corps charnel se forme au milieu des atomes composant l’àme, puis il se renouvelle par la nutrition, de la môme façon que le corps animique, mais plus lentement à cause de sa plus grande densité. Tant que l’âme est apte à se réincarner, c’est la vie; ensuite c’est la mort. Seulement ces termes représentent tout le contraire de la réalité.
C’est nous qui sommes morts, et les morts qui sont vivants; ce qu’on appelle mort, c’est la séparation des deux corps et la dissolution de l'un d’eux qui est la répétition apparente de l’autre, puisque le corps charnel est au corps animique ce que l’apparence est à la substance, le phénomène au noumène.
La rénovation continuelle de l’âme se doit entendre d’une façon très relative. La logique ne s’oppose pas à la dissolution de l’àme, c’est-à-dire du
(*) Le professeur Hugues aurait inventé un microscope (?) spécial, cjui permettrait de voir le tissu, la forme astrale d’une main amputée (n. d. t.).
corps vital ou corps astral, comme on l’appelle aussi; en effet, de même que Pâme a la faculté de se modeler un vêtement charnel, de même l’esprit possède la faculté de s’en composer un fluidique; c’est ce vêtement fluidique que l’esprit emporte avec lui dans ses périgrinations, en en changeant les éléments et le diminuant, à mesure qu'il progresse moralement et intellectuellement, jusqu’à l’éliminer complètement, puisqu’il peut et doit s’en passer lorsqu’il aura atteint l’état divin annoncé par le Christ.
Alors l’esprit est pur; mais, lorsqu’il se rend en mission dans des planètes inférieures, il se forme un nouveau périsprit, qu’il rend sensible ou tangible à volonté sans passer par l’incarnation; aux réincarnés de ces planètes inférieures, Jésus lui-même, en descendant parmi nous, semble avoir donné un exemple de ce que nous avançons. (Lire sur ce sujet Iloustaing, Renan, Bonghi, etc.) (23).
Le biomètre signale ce fait que, des deux côtés de la statue de chair vitalisée, il peut y avoir deux courants spontanés ou volontaires : d’attraction, le plus souvent adroite, et de répulsion,le plus souvent à gauche. Cette marée vitale, cette polarité indiquée mathématiquement par l’aiguille du biomètre, est causée par le mouvement de va-et-vient, d’entrée et de sortie, des atomes ou de la force cosmique vitale, qui se change en force vitale individuelle.
Ce mouvement des atomes, cet échange entre ces deux forces, peuvent se noter et se chiffrer à l’aide du biomètre (employé comme l’enseigne Baraduc) d’une façon assez sûre pour en tirer les formules des mouvements spontanés ou volontaires d’attraction ou de répulsion. Cela revient à dire qu’on peut connaître la formule biométrique de l’âme humaine et le tempérament vital de chaque individu.
La meilleure formule de la vie est donnée par l’égalité d’attraction et de répulsion spontanée. La meilleure condition pour l'obtenir est le calme ; la meilleure position, le côté droit à l’est.
Pour créer et renouveler l’âme autour de l’esprit, une onde vitale s’avance, une autre se retire, et, au moment où elle s’avance, on a attraction ou condensation des atomes; quand elle se retire, leur répulsion et leur désagrégation.
Les facteurs de l’âme sont : la force vitale universelle, individualisée d’un côté comme de l’autre, et l’esprit qui s’en revêt pour accomplir son ascension vers Dieu.
Pour que la chair se forme autour de l’âme, celle-ci acquiert la faculté organisatrice créatrice et agit pendant la gestation ; un fil vital principal s’unit à une cellule spermatique ad hoc , et lui communique la vie. Depuis ce moment jusqu’à la réincarnation (’) complète, on ne peut évoquer l’esprit ; mais avant et après on le peut, et les preuves d’identité ne manquent pas.
L’homme incarné est donc lié non seulement à la matière, puisqu’elle
(*) La naissance.
entre dans la composition et dans la nutrition de son corps physique, mais aussi à la force vitale universelle, puisque celle-ci concourt à la formation de son corps astral.
La force vitale universelle peut être aspirée par tous les points de l’épiderme et des muqueuses du corps charnel ; elle en sort modifiée, humanisée. Mais, lorsque l’homme est plus lui-même, lorsqu’il est calme, lorsqu’il a un esprit sain dans un corps sain, elle pénètre spontanément soit à droite, soit à gauche, elle se condense dans le corps animique, le renouvelle et s’adapte les facultés de l’esprit, de façon que les deux corps se correspondent et s’influencent réciproquement; on peut donc soutenir, l’expérience en main (24), que le corps animique est représenté par la différence de la somme de vie atomique qui pénètre à droite, et celle qui s’extériorise à gauche. Si par exemple dans le calme on a trouvé 3 pour la vie qui entre, et 1 pour celle qui sort, 2 serait la valeur du corps vital. Le biomètre enregistrerait ces chiffres, diagnostics du tempérament: trois degrés de vie atomique attractive, et un degré de vie répulsive.
Dans chacune de ses parties, et dans chaque partie du corps physique, la force vitale est homogène et une ; elle s’y condense en réserve ou s'y localise en puissance, comme l’indique aussi l’instrument, principalement dans les systèmes cardiopulmonaire, gastrique et génital. Ces réserves vitales ont pour office de contribuer à la conservation du corps physique dans les catalepsies prolongées chez les sujets hypnotiques, chez les médiums, chez les fakirs, ensevelis dans les sommeils longs et anormaux, dans les cas de surmenage, de jeune, de maladie et d’épuisement en général. Ces réserves ont quelque analogie avec les réserves chimiques du corps: les albumines, les graisses, les sérosités.
Lorsque l’Ame se détache un peu du corps, elle y reste cependant attachée par des fils vitaux qui se terminent aux systèmes dont nous venons de parler ; ils accomplissent leur office et lui transmettent la vie. Tant qu’un fil reste attaché, le corps physique ne meurt pas, mais on remarque la sécheresse, la rigidité des lignes, ces avant-coureurs de la mort.
Lorsque l’Ame vient, de l’autre monde, se former un corps à l’aide du processus utérin, son prolongement s’effectue, pour ainsi dire, du plan ultraphysique au plan physique ; alors les deux corps adhèrent, atome par atome, et l’un est le double exact, la répétition tangible de l’autre, de sorte que, à vrai dire, en employant le langage spirite, nous sommes une matérialisation produite par le processus utérin au lieu du processus médianimique.
Les résultats phénoméniques, ou les matérialisations, ainsi obtenus, ne diffèrent, semble-t-il, entre eux, que comme la durée et la caducité. Nous sommes dès maintenant des esprits sans le savoir cérébralement.
Etant donnée cette constitution de l’homme, on peut, dès à présent, entrevoirie mécanisme sensoriel; ou l’esprit agit à l’aide d’une forme quelconque de conscience sur l’organisme animique, et celui-ci agit sur l’organisme corporel pour déterminer l’action; ou bien l’activité extérieure du monde impressionne le soma, et l’impression se reproduit dans l’Ame, d’où elle est transmise à l’esprit.
Le mouvement est donc celui-ci: du corps à la force et à l’intelligence, de
l’intelligence à la force et au corps. De même qu’on dit, par exemple, que le cerveau voit par l’œil, de même on peut dire que le périsprit voit par le cerveau, l’organisme charnel étant condensé dans cet organe, son lien avec l’organisme animique.
Mais en dernière analyse on trouvera que les sensations sont le propre de l’esprit; c’est lui qui sent, qui pense, qui veut, avec des formes diverses de conscience et dans les plans respectifs d'existence.
La force vitale cosmique pénètre non seulement dans l’homme, mais aussi dans les différents règnes de la nature; on peut s’en assurer avec de bons sujets lucides. 11 y a donc une âme dans les animaux, dans les végétaux et dans les minéraux ; cette âme est certes bien moins évoluée (25) et très inférieure à l’âme humaine, mais c’est une âme-sœur (25).
S’il était possible de décomposer, d’annihiler ces végétaux, ces minéraux, leur âme persisterait toujours avec la forme propre au règne auquel ils appartiennent. L’univers visible est la matérialisation de l’univers invisible transcendantal ; dans un monde le phénomène, dans l’autre le noumène. Cette théorie, qui semblera une hérésie scientifique à beaucoup de lecteurs, est cependant admise par des physiciens et des mathématiciens de premier ordre tels que Stewart et Tait (26). L’âme de toute chose créée est donc la force vitale primordiale, et cette force est la clef des mystères de l’homme et de la nature, du microcosme et du macrocosme.
La force vitale humaine, outre son action sur le biomètre, produit des effets très marqués sur les plaques photographiques ; au premier elle révèle ses mouvements d’attraction et de répulsion ; aux secondes, ses divers aspects, d’une façon soit spontanée, soit volontaire (27).
Baraduc affirme avoir constaté ce fait scientifiquement.
En effet, il résulte de ses expériences que la force vitale humaine, émanant spontanément du corps, peut traverser une plaque photographique et en impressionner rapidement la couche sensibilisée, en y laissant des traces tout à fait différentes de celles qu’y laisse dans l’obscurité l’électricité négative ou positive, ou toute autre énergie.
Les vibrations de cette force se manifestent graphiquement sous la forme d’une buée lumineuse, semée de points arrondis en forme d’étoiles, qui s’en séparent quelquefois, continuent à vibrer lumineusement‘et s’unissent entre eux ; ces points ont assez de force pour creuser, dans la couche sensibilisée, des trous qui arrivent jusqu’au verre.
De plus, l’image mentale d’un objet quelconque créé par la concentration de la pensée peut être non seulement extériorisée par la volonté, mais, si l’on tient les doigts fermement étendus à distance, ils projetteront et fixeront sur la plaque sensible assez de force pour que les vibrations chimiques de la pensée puissent tracer l’image mentale elle-même, avec ombres, pénombres et demi-teintes. C’est la reproduction des tableaux fluidiques de la pensée
auxquels fait allusion Allan Kardec (28), l’objectivité des idées soutenue déjà par l’indou Koot-houmi, la confirmation de ce que révèlent les fakirs, les yoghis, les psychomètres, les somnambules lucides et les médiums.
Baraduc ajoute qu’en poussant plus avant les recherches, il obtint, outre les images mentales projetées sur la plaque parla volonté, les preuves photographiques d’un psychisme supérieur, extrahumain, autrement dit : les preuves de l’existence d’êtres désincarnés (29).
La force vitale peut donc se manifester, soit sous l’aspect d’émanations spontanées informes, soit sous celui d’images mentales d’objets quelconques, soit enfin sous l’apparence de la forme astrale d’un incarné ou d’un désincarné.
Baraduc n’a pas été le seul expérimentateur ; dans le monde entier, quantité d’autres savants ont eu parla photographie la preuve des aspects les plus importants de la force vitale, et pour abréger, nous n’en citerons que quelques-nus : Traill Taylor (30), président de la Société photographique de Londres et de la province, photographie des figures d’anges créées par la concentration de la pensée de son médium, ring. Donald Mac-Nab (31) ; il photographie une figure de Raphaël, émanée de son médium qui en avait vu le dessin ; la création mentale de cette tête était assez matérialisée pour pouvoir être touchée par l’ingénieur et par les assistants.
Le professeur G. Lombroso n’a pas encore réussi cette expérience ; mais, comme il admet psychiquement la possibilité du phénomène, il espère y arriver. Lorsque je lui annonçai les remarquable expériences de Baraduc, il me répondit : « J’ai essayé de photographier les hallucinations constantes d’un monomane, mais j’ai échoué. Envoyez-moi des détails sur les résultats obtenus par Baraduc avec la photographie de la pensée. »
Le colonel de Rochas (32), en plaçant la chambre noire dans la direction indiquée par un de ses sujets hypnotisés, obtint la tête astrale de celui-ci, le double réel extériorisé à un mètre à peu près du corps physique, double qui n’était pas assez lumineux pour être vu par l’expérimentateur, mais qui était très visible pour le sujet en état d’hypnose.
Le capitaine Volpi (33), savant spirite, obtint au contraire un double imperceptible pour le médium comme pour les assistants. Dans ce cas, le double se présenta spontanément devant l’appareil, pendant que le corps physique était endormi et malade à une grande distance.
Quant à la photographie d’esprits désincarnés, il est inutile de rappeler les recherches de Wallace, et celles plus connues de Grookes; ce dernier, en se servant de cinq appareils en même temps, photographia en plusieurs séances un esprit parfaitement matérialisé des pieds à la tète, en pleine lumière, et placé à côté de son médium.
Mentionnons aussi l’expérience suivante d’Aksakof (34). En pleine lumière il photographia un esprit complètement matérialisé, au moment où il soutenait son médium chancelant. Le spirite évangélique Teofilo Coreni (35) et M. Biaud (36), obtinrent également, le premier la photographie spirite d’un de ses oncles, le second celle de sa mère.
Citons pour terminer le peintre Tissot (37) qui obtint, parait-il, la preuve la plus convaincante dans ce genre de phénomène : la photographie d’un
groupe composé du corps physique et du corps animique dédoublés de son médium, celle d’un être désincarné et de l’expérimentateur.
Que l’incrédule vérifie ce que j’affirme en allant aux sources; s’il ne croit pas encore, qu’il aille aux faits par la via crucis de l’observation et de l’expérience.
Il est certain que, si l’image mentale, le double du médium et l’esprit désincarné sont visibles par condensation matérielle, il faudra un appareil pour les photographier; s’ils ne le sont pas de cette façon, on n’en aura pas besoin; le double astral, l’image mentale et le corps fluidique d’un esprit, irradiant plus ou moins de lumière, n’ont pas besoin de la lumière physique pour impressionner la plaque sensible : on peut se servir dans ce cas du mot photographie, mais il faudra y ajouter l’épithète animique ou psychique , à cause de la présence de la substance ou force animique ou psychique émanée d’un être de ce monde ou de l’autre.
On sait que la lumière psychique — odique comme l’appelle Heichenbach — si elle ne peut pas toujours impressionner l’œil, peut impressionner la plaque photographique beaucoup plus sensible que la rétine.
Il parait que le professeur Hugues a trouvé une espèce de microscope, avec lequel on peut voir, par exemple, chez un amputé de la main, la main astrale analogue à la main physique (38).
Si on n’était pas persuadé qu’avec le biomètre on peut surprendre les mouvements de l’âme ou qu’avec les plaques sensibles on peut obtenir la reproduction de ses différents aspects, on pourrait recourir à des instruments encore plus délicats. Qu’on emploie de bons médiums, ou de bons sujets hypnotisés, tout en se servant des appareils sus-mentionnés. M. de Rochas, le distingué savant de l’École polytechnique de Paris, qui a publié un grand nombre d’expériences appelées en général extériorisation de la sensibilité, a employé cette méthode. Il a pu de cette façon explorer une région pleine d’inconnu, d’attraits et de révélations (39).
Les faits qu’il a étudiés peuvent être reproduits par tout expérimentateur, placé dans les conditions indispensables.
Quels sont ces faits? quelle est la façon d’opérer? quelles déductions peuton en tirer? L’exposé de tout cela serait trop long; donnons-en seulement une idée :
A l’aide de passes magnétiques, le sujet A est amené à l’état de lucidité, état dans lequel les sens externes ne fonctionnent plus, et où le sens interne s’éveille; puis on magnétise graduellement, et à intervalles plus ou moins longs, le sujet B, qui, dès ce moment, sera observé par A. L’expérimentateur interrogera A, et commencera ses observations, en employant le biomètre, les plaques sensibles et d’autres appareils.
A, par exemple, verra apparaître une couche lumineuse autour du corps de B, à environ 2 mètres, puis il en verra beaucoup d’autres, toutes à une distance d’environ 6 mètres; dans leur ensemble, ces couches lui paraîtront
concentriques, lumineuses à la périphérie et d’épaisseurs diverses, avec leur centre en B, et émanant de lui. Maintenant que l’on pique, que Ton brûle B, il ne sentira rien; mais, si on répète ces piqûres, ces brûlures, autour de son corps, à la distance de 3 mètres environ, ou encore de 6, 12, 18, 24 mètres, il s’en ressentira à l’instant, proportionnellement à l’intensité de la sensation.
Si on intercepte avec un prisme de plâtre une couche quelconque, en un point quelconque de la périphérie, on en déterminerait la déviation selon l’angle du prisme. En conséquence, la direction de la sensibilité est déviée. Durville a constaté un fait analogue avec le fluide émis par l’aimant (40).
Que l’on donne à B un verre plein d’eau, avec l’ordre d’y condenser sa sensibilité, et qu’on emporte ce verre loin de lui; si l’on agite, si l’on renverse, ou si l’on fait congeler le liquide, on constatera la présence de la sensibilité, car B accusera des sensations diverses, selon le cas. Si on trempe une fleur dans cette eau sensibilisée par B, elle se chargera de la sensibilité du sujet qui éprouvera une sensibilité agréable si quelqu’un baise la fleur.
Donnons à B une figurine de cire, pour qu’il la sensibilise, et éloignonsnous avec elle; si on caresse la statuette l’hypnotisé éprouvera du plaisir, si on la place près du feu il se sentira brûler.
Prenons la photographie de B et faisons-lui tenir quelque temps la plaque : photographions aussi la main du magnétiseur, puis après avoir eu le soin d’éveiller le sujet, éloignons-nous et superposons les deux plaques; B sera hypnotisé comme par des passes magnétiques, par l’influence du fluide contenu dans la main photographiée.
On entrevoit facilement dans ces phénomènes et d’autres, la base de la magie blanche ou noire, bienfaisante ou malfaisante.
Remarquons en passant que la portion de substance sensible émise dans l’eau, dans la cire, ou transportée d’une chose à l’autre, n’y reste pas et s’évapore; on peut hâter cette évaporation par le souffle.
Si B a sensibilisé l’aiguille du biomètre, toutes les fois qu’on touchera l’aiguille, le sujet donnera des marques de sensibilité; d’un autre côté, si on interroge A, pendant que l’aiguille se déplace sur le cadran, à cause du voisinage de B, il dira voir une lumière émanant des mains de B qui attirent ou repoussent l’aiguille.
De plus, si on continue à magnétiser B, pour faciliter l’extériorisation de sa force vitale, et que l’on demande à A ce qu’il voit, il répondra qu’il distingue à tel ou tel endroit l’enveloppe lumineuse de B qui s’est détachée de lui, condensée sous la forme d’un fantôme et qu’elle lui ressemble. Si l’on place alors une chambre noire dans la direction du fantôme de B, on pourra le photographier.
Ce sera le double fluidique exact de B, double extériorisé, mais tenant toujours au corps physique parles liens vitaux aboutissant aux centres principaux; autrement le corps ne serait plus qu’un cadavre.
Telle est la photographie du périsprit; c’est une preuve de la bicorporéité humaine.
Les cas de dédoublement spontané ou magnétique ne sont pas rares (41). La Société des recherches psychiques de Londres a publié des centaines de cas d’apparitions, en quatre années de recherches à peu près (42).
Si un bon médium à matérialisation — ici je ne parle plus des expériences de M. de Rochas — assistait au dédoublement de R, on pourrait évoquer l’esprit de R lui-même, et en recevoir une communication médianimique; si on lui donnait la suggestion de se souvenir au réveil à l’échéance, B répéterait la communication, dont il se souviendrait, comme s’il avait rêvé. La suggestion déterminerait l’esprit de B à agir sur le cerveau par le périsprit, pour obtenir le souvenir. Dans ces conditions, le périsprit de B extériorisé pourrait trouver dans le médium les éléments nécessaires pour se rendre tangible, c’cst-ii-dire s’approprier les fluides homogènes et se former un corps factice, comme il s’est approprié, dans la conception, les éléments nécessaires à son incarnation.
Il y a plus : dans les hautes études du spiritisme, le périsprit de B, apparaissant tangible, pourrait changer d’aspect, en se rappelant une autre époque, une autre existence passée sur la terre, car dans le périsprit le passé (43) est inscrit, bien qu’il se renouvelle par le mouvement des atomes qui le composent.
Qu’on suppose maintenant une cause occulte survenant et détachant le périsprit de B; le voici subitement devenu un habitant de l’autre monde avec ses défauts, ses vertus, ses connaissances ou son ignorance. Dans cet autre monde, il est moralement et intellectuellement identique à ce qu’il était dans celui-ci, moins l’influence de la matière, qui empêchait le développement des facultés de la conscience.
La sensibilité, qui disparaît du corps pour reparaître ailleurs, qui se trouve non seulement stib cule ou super culem, mais extra cutem , la force vitale humaine étudiée expérimentalement par de Rochas, Baraduc, le docteur Luys, les professeurs Richet et Ochorowicz, ne sont pas autre chose que le corps astral séparé de la statue de chair et d’os. Avec l’esprit derrière lui, le périsprit est réellement une substance et une énergie tout ensemble ; il est intelligent, savant, doué de mouvement lorsqu’il est séparé du corps, et de plus il est doué de la faculté créatrice lorsqu’il s’unit à la cellule spermatique, sur laquelle il a prise par son propre tissu, ou lorsqu’il produit une manifestation.
La psychologie expérimentale, si elle se désoccultc au souffle de la liberté de la pensée et du progrès moral et intellectuel, dira quelles sont les facultés du périsprit. Mais certainement la plus impressionnante de ces facultés est celle de changer d’état.
Dans l’obscurité, en se servant d’un bon médium à matérialisation — qui n’est autre chose qu’une source de fluide astral — on observe que le corps astral du médium émane de lui comme une sorte d’atmosphère, qu’il soit conscient ou non du phénomène. Il sort de tous les points du corps physique, mais surtout du côté droit, sous la forme d’une buée légère, azurée, blanchâtre ou teintée différemment ; peu à peu il se condense et devient palpable, comme un duvet, du coton mou, aérien ; puis il prend les formes variées d’un globe, d’une colonne, ou rend témoin l’observateur du suprême mystère de la création astrale d’une forme humaine (44).
Il peut aussi devenir solide; W. Crookes a vu de la substance astrale solide ; E. Rose, C. Rodisco virent mieux encore. Rodisco (45) réussit à prendre dans ses mains deux portions de corps astral extériorisé, semblables à des flocons de neige bleuâtre. La portion qu’il tenait dans une de ses mains ne s’altérait pas, pendant que l’autre se solidifiait et prenait l’apparence et le poids d’une pierre striée ; puis les deux parties se fondirent en une masse, et disparurent quand cessèrent les conditions favorables à leur condensation.
11 ne paraît pas hors de propos de rappeler ici que Dewar a réussi à solidifier l’oxygène ; c’est là, dira-t-on, une action chimique, mais, dira un autre, c’est une action hyperchimique.
Les faits, sur lesquels l’ignorance et la mauvaise foi n’ont aucune prise, et leur interprétation logique prouvent que notre organisme métaphysique est le centre de gravité de notre organisme physique, et que l’Esprit inconnaissable est le centre de gravité du périsprit qu’on peut connaître. Le corps se termine à l’âme, l’àme à l’esprit.
Tout ce que nous avons dit jusqu’ici semble nous fournir une idée positive de la constitution de l’homme propre à nous conduire à une définition plus large qu’avant, bien qu’incomplète.
L’homme en donnant à ce mot sa signification ordinaire, est une tri-unité , à cause de la présence simultanée en lui de la matière, de la force et de l’intelligence. C’est un esprit constant en réalité, qui sent, pense et veut, libre comme un émigrant sur un navire au milieu de l’océan ; son existence se prolonge indéfiniment avant sa naissance et après sa mort. 11 a deux corps, afin de lui permettre de vivre alternativement dans le monde physique et dans le monde métaphysique.
C’est seulement lorsque l’étude des faits et leur interprétation nous a conduits à une connaissance plus profonde de la composition de l’homme, que nous pouvons en donner une définition plus exacte. En empruntant le langage du grand penseur Emmanuel Kant, on peut dire : que l’homme est pendant sa vie terrestre, un esprit sans le savoir; qu’il est en relation avec d’autres esprits, menant à la fois deux formes d’existence, une consciente, la vie terrestre, l’autre inconscience, la vie spirituelle.
En d’autre termes, l’homme est un esprit doué d’organes métaphysiques, matérialisables, soit par l’incarnation, soit par la médiumnité, et destinés à agir sur le monde inférieur.
Résumons les points principauxdeceque nous avons exposé dans ces pages. Il y a trois sortes de faits dans lesquels le moi intervient. Les faits physiologiques, les faits somnambuliques-médianimiques, les faits spirites.
Ces faits mènent à la connaissance des éléments constituant l’être incarné, l’organisme charnel, l’organisme astral, l’esprit. En outre, ces faits étant d’es-
pèces différentes sont perçus par trois formes analogues de sens : le sens de l’organisme charnel, le sens de l’organisme astral et le sens de l’esprit. Ces trois sens se lient à trois formes delà conscience: la conscience externe, la conscience interne, et la conscience intime.
Par suite des éléments constitutifs sus-nommés, le moi peut vivre dans trois états différents : l’état incarné, l’état de dédoublement ou état désincarné, et enfin l’état divin. Ces états correspondent aux trois mondes dans lesquels le moi se perfectionne éternellement : le monde matériel, le monde astral et le monde divin (46) — le moi qui sent, pense, veut et cherche le beau, le vrai, le bien pour réaliser en lui l'amour qui l’élève jusqu’à Dieu.
Tout ici prouve un ordre d’études réellement supérieures, grâce auxquelles, en employant l’induction, la déduction et l’analogie, on arrive à démontrer l’unité des trois éléments constitutifs de l’homme, conception qui dépasse de beaucoup les théories de l’ancien spiritualisme, du panthéisme et du matérialisme.
L’homme qui voudrait et pourrait se consacrer à ces études aurait environ 30.000 volumes à lire d’après le professeur Perty. Rien qu’en parcourant les plus connus et les plus importants de ces documents, il verrait vite qu’il s’agit là d’une doctrine s’efforçant de concilier les théories antiques si profondes avec l’expérimentation moderne, si puissante par son double prolongement dans l’observation des faits et dans l’intuition ; enfin, qu’il s’agit d’une doctrine progressive, au même titre que d’autres, sinon à un titre supérieur, parce que ses principes sont évidents et mieux établis.
On aura pu entrevoir, dans ces pages, qu’elles ne prétendent pas à l’originalité, mais sont comme une lueur obscure, un pâle reflet du savoir d’autrui, les principaux caractères du moderne spiritualisme et son but de guider l’homme à la connaissance intime de son être, dans le sens le plus large de l’oracle de Delphes, pour unir la science et la foi.
Pour atteindre cet idéal supérieur, il n’y aura pas lutte, mais évolution de la pensée, et préparation normale de la plus grande synthèse philosophique qui ait jamais eu pour objet l’homme et la nature. Le moderne spiritualisme est libre et progressif en raison des esprits disposés à l’accueillir. Dans cette ère nouvelle qui commence pour l’humanité terrestre, il ne se limite pas à une classe de la société, il veut être connu de tous, selon l’enseignement donné par des Êtres supérieurs ; fort de son indépendance, il repousse quiconque voudrait le lier à un culte, à un système scientifique, ou à ce qui « n’est pas absolument conforme à la vérité.
Il ne doit avoir aucun monopole, ni celui de la religion, ni celui de la science, ni celui de l'art.
Les faits transcendantaux exposés et expliqués dans ces pages déconcertent absolument la raison du vulgaire, comme le dit aussi Papus, de sorte que plus d’un de mes lecteurs jugera, à priori, que mon travail est le résultat d’une forme quelconque d’aliénation mentale. Mais ce jugement n’empêchera pas le spiritisme expérimental d’être le prolongement des sciences naturelles, par le fait de la bicorporéité de l’homme. Au lieu de juger ainsi à priori, il serait plus sage de lire, d’observer, d’expérimenter, de méditer et de ne conclure, ensuite, qu’en connaissance de cause.
NOTES
1. — Consulter l'Énigme humaine du D r C. du Prel. C’est un livre très remarquable, qui mène le sceptique le plus endurci à l’étude des sciences psychiques.il contient une intéressante préface du professeur A. Broflerio, et a été publié à Milan par Chïesa et Guindani. La traduction en est due au D r G. B. Ermacora et à d’autres. Elle est si bien faite qu’on dirait un ouvrage original italien, plutôt qu’une traduction allemande.
Voir aussi les Kants Vorlesungen (*) über Psychologie, remises en lumière avec beaucoup de succès par C. du Prel, à Leipzig. Dans ces leçons, Kant prouve qu’il eut l’intuition des principes fondamentaux du moderne spiritualisme et leur donna autant de publicité qu’il lui fut possible, à son époque. II enseignait et soutenait non seulement l’immortalité, mais la préexistence de l’homme. Pour lui, la naissance n’était que l’incarnation d'un être transcendantal, et, comme Swedenborg, il pensait que nos parents sont seulement adoptifs.
Kant trouva les mêmes vérités, défendues aujourd’hui par le moderne spiritualisme, bien qu’il ne lui fût pas possible de s’appuyer sur des faits.
Dans ses leçons, et dans son Traume eines Geistersehers (**), on peut lire des phrases de ce genre : « J’avoue être porté à croire à l’existence d’êtres immatériels dans l’univers, et à placer mon âme elle-même parmi eux » ou : « l’àme humaine devrait être considérée dans cette vie comme unie à deux mondes; l’un d’entre eux seulement, le monde matériel, est clairement perçu par elle tant qu’elle est liée au corps pour y former une unité personnelle », ou encore : « on démontrera que l’âme humaine est, dès cette vie, liée d’une façon indissoluble à tous les êtres immatériels du monde des esprits, que des impressions s’échangent entre elle et ce monde, dont l’homme n’a pas conscience dès qu’il est dans l’état ordinaire. »On pourrait citer encore bien d’autres passages qui prouvent d’une façon indiscutable que Kant a été le précurseur du mouvement philosophique actuel, et spirite, autant qu’il pouvait l’être à son époque.
Il serait à désirer que les Vorlesungen über Psychologie , et les Tra urne eines Geister • sehers de Kant fussent traduites comme /’ Énigme humaine de C. du Prel.
2. — L. Buchner, par exemple, lorsqu’il dit, dans Nature et Science , « que le savant peut admettre comme possible l’immortalité de l’âme, mais basée sur la matière et conforme aux lois de la nature », on comprend qu’il veut parler de l’esprit.
3. — Le D r Charcot, qu’on peut considérer comme le représentant de la Science orthodoxe, disait ceci : « L’hypnotisme est un monde où, à côté des faits palpables, matériels, grossiers, côtoyant toujours la physiologie, on trouve des faits absolument extraordinaires, inexplicables jusqu’à présent, qui ne répondent à aucune loi physiologique, et complètement étranges et surprenants. J’ai étudié les premiers et laissé de côté les seconds I