‹ Introduction aux essais de Montaigne (volume 3)Chapitre 16 sur 48 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'avis de 1580

Dans la retraite à laquelle il se résignait, il pouvait espérer, sinon une vie agréable, du moins la tranquillité et la paix, le calme et le repos. Il ne les eut pas.

Son esprit « libre enfin de s'arrêter et

rasseoir en soi, en pleine oisiveté », ne sut

pas profiter d'une faveur si grande, se mit

à « faire le cheval échappé », se donna cent

fois plus de carrière que jamais, enfanta

« sans ordre et sans propos, des chimères

et dès monstres fantasques ». Le loisir de

s'entretenir avec lui-même et « le chagrin

de la solitude » produisirent en lui « une

humeur mélancolique », il sentit le besoin

de s'y soustraire, de brider 'et contraindre cet esprit déréglé, de Teinpôcher de s'égarer « dans le champ vague des imaginations où il n'est folie qui ne se produise ». De là, lui vint premièrement en tête cette rêverie de se mêler d'écrire ^ Pour « se distraire d'idées importunes et se décharger d'une oisiveté ennuyeuse », il prit la plume et se mit à compiler avec une ferveur que l'abbé Trublet lui-même n'a pas surpassée.

Les Essais ne furent d'abord qu'un paquet de notes dans lequel il entassait pêlemêle, au hasard, des textes recueillis sans choix, sans ombre de critique, sans écarter les choses les plus oiseuses ou les plus puériles. Il conseille de ne pas s'arrêter à ses « fadaises » et plus d'une page ne mérite que trop ce nom. Des chapitres entiers sont « un fagotage de pièces décousues » ^,

1. Dans un autre endroit il dit qu'il écrivit d'abord « pour gardée son imagination de se perdre et extravagucr au vent ».

i. Il disait cela à propos du chapitre 11 du livre II dans la première édition ; depuis il l'a effacé. Cela s'applique mieux encore à

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des enfilades de citations qui n'ont pas même l'excuse de servir de prétexte à une remarque instructive ou ingénieuse, qui ne s'expliquefit-que par le désœuvrement, le parti pris de s'imposer pendant quelques heures une tâche propre à passer le temps, en évitant de réfléchir. Les chapitres sur les questions militaires, très arides pour la plupart, et beaucoup trop nombreux à notre gré, bien que nous ne les ayons pas tous ^ , l'ont amusé ; sa discussion sur la tactique du duc de Guise à la bataille de Dreux mérite d'être comparée avec le chapitre qu'un des meilleurs capitaines de la même époque a écrit sur le même sujet ^ :

de part et d'autre, même curiosité. Évidemment la question n*intéresse pas Montaigne moins que La Noue. Mais pourquoi écrire le

d'autres chapitres, surtout à ceux de la fin du livre I, tels qu'ils étaient primitivement.

1. Après avoir écrit sur les armes des Parthes, il s'était occupé de celles des Romains et avait dit « bien amplement » ce qu'il en savait. Le morceau lui fut dérobé et, heureusement pour nous, il n'a pas perdu son temps à le refaire.

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