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CRITIQUE DE SINCEIÎITÉ ET D EXACTITUDE

se résigner à douter et, après examen, à admettre l'erreur ou le mensonge; ainsi s'est imposée la nécessité de la critique négative pour écarter les affirmations manifestement menteuses ou erronées. Mais l'instinct de confiance est si indestructible qu'il a jusqu'ici empêché môme les gens du métier de constituer la critique interne des affirmations en méthode régulière comme ils ont fait pour la critique externe de provenance. Les historiens, dans leurs travaux, et même les théoriciens de la méthode historique *, en sont restés à des notions vulgaires et des formules vagues, en contraste frappant avec la terminologie précise de la critique de sources. Ils se bornent à examiner si l'auteur a été en général contemporain des faits, s'il en a été témoin oculaire; s'il a été sincère et bien informé, s'il a su la vérité ou s'il a voulu la dire; ou même, résumant tout en une formule, s'il a été digne de foi.

Assurément cette critique superficielle vaut beaucoup mieux que l'absence de critique, et elle a suffi pour donner à ceux qui l'ont pratiquée la conscience d'une supériorité incontestable. Mais elle n'est qu'à mi-chemin entre la crédulité vulgaire et une méthode scientifique. Ici, comme en toute science, le point de départ doit être le doute méthodique ^. Tout ce qui n'est pas prouvé doit rester provisoirement douteux; pour affirmer une pro])osition il faut apporter des raisons de la croire exacte. Appliqué aux affirmations des documents, le doute méthodique devient la fZé/?ance méthodique.

1. Par exemple le P. de Smedt, Tardif, Droysen et même Bernheim.

2. Descartes, venu en un temps où 1 histoire ne consistait encore qu'à reproduire des récits antérieurs, n'a pas trouvé le moyen de lui appliquer le doute méthodique; aussi a-t-il refusé d»; lui reconnaître le caractère de science.

L'historien doit a priori se défier de toute affirmation d'un auteur, car il ignore si elle n'est pas mensongère ou erronée. Elle ne peut être pour lui qu'une présomption. La prendre à son compte et la répéter en son nom, c'est déclarer implicitement qu'il la considère comme une vérité scientifique. Ce pas décisif, il n'a le droit de le faire que pour de bonnes raisons. Mais l'esprit humain est ainsi construit qu'on fait ce pas sans s'en apercevoir (cf. liv. II, ch. i). — Contre celte tendance dangereuse le critique n'a qu'un procédé de défense. Il doit ne pas attendre pour douter d'y être forcé par une contradiction entre les affirmations des documents, il doit commencer par douter. Il doit n'oublier jamais la distance entre l'affirmation d'un auteur, quel qu'il soit, et une vérité scientifiquement établie, de façon à garder toujours pleine conscience de la responsabilité qu'il prend lorsqu'il reproduit une affirmation.

Même après s'être décidé en princi|)e à pratiquer cette défiance contre nature, on tend instinctivement à s'en délivrer le plus vite possible. iLe mouvement naturel est de faire en bloc la critique de tout un auteur ou au moins de tout un document, de classer en deux catégories, à droite les brebis, à gauche les boucs; d'un côté les auteurs dignes de foi ou les bons documents, de l'autre les auteurs suspects ou les mauvais documents.; Après quoi, ayant épuisé toute sa force de défiance, on reproduit sans discussion toutes les affirmations du « bon document ». On consent à se défier de Suidas ou d'Aimoin, auteurs suspects, mais on affirme comme vérité établie tout ce qu'a dit Thucydide ou Grégoire de Tours'. On applique aux auteurs la

1. Fustel de Coulanges lui-même n'était pas affranchi de celle timidité; A propos d'un discours prèle à Glovis par Grégoire

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