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AVERTISSEMENT. XI

cocasses *. Daunoii les raille agréablement, mais il n'a fait preuve lui-même que de bon sens dans son monumental ouvrage, qui, aujourd'hui, ne paraît guère meilleur, et n'est certainement pas ])lus utile, que les productions anciennes ^ Quant aux modernes, il est très vrai que tous n'ont pas su éviter les deux écueils du genre : obscurité, banalité. Le Griiiidriss der Historik de J. G. Droysen, traduit en français sous le titre de Précis de la science de V histoire (Paris, 1888, in-8), est lourd, pédantesque et confus au delà de ce que l'on peut imaginer^. MM. Frecman, Tardif, Chevalier ne

1. Les Italiens de la Renaissance (Mylaeus, Francesco Patrizi, etc.), et les auteurs des deux derniers siècles après eux, se demandent quels sont les rapports de l'histoire avec la dialectique et avec la rhétorique; à combien de lois le genre historique est assujetti; s'il est convenable que l'historien rapporte les trahisons, les lâchetés, les crimes, les désordres; si l'histoire peut s'accommoder d'un autre genre que du sublime, etc. — Les seuls livres sur VHistorih, publiés avant le xix° siècle, qui accusent un effort original pour aborder les vrais problèmes sont ceux de Lenglet du Fresnoy (Méthode pour étudier l'Iiistoire, Paris, 1713) et de J. M. Chladenius {Alh^emeine Geschichtswissenxchaft, Leipzig, 1752). Celui de Chladenius a été signa'é par E. Bernheim ^o. c, p. 166).

2. 11 n'y fait même pas toujours preuve de bon sens, car on lit dans le Cours d'eiades historiques (VII, p. 105), à propos du traité De Chistoire, publié en 1070 par P. Le Moyne, ouvrage très faible, pour ne pas dire plus, où des traces de sénilité sont visibles : « Je ne prétends point adopter toutes les maximes, tous les préceptes que ce traité renferme; mais je crois qu'après celui de Lucien c'est le meilleur que nous ayons rencontré; et je doute fort qu'aucun Ue ceux dont il nous reste à prendre connaissance s'élève au même degré de philosophie et d'originalité ». Le P. H. Chérot a jugé plus sainement le traité De l'histoire, dans son Étude sur la, fie et les œuvres du P. Le Moyne, Paris, 1887, in-8, p. 406 et -«uiv.

.S. E. Bernheim déclare cependant {o. c., p. 177) que cet opuscule est le seul, à sou avis, qui « auf der jetzigen Hôhe der Wissenschafl steht »

XII AVEIiTISSE.MI-\T.

disent rien qui ne soit élémentaire et prévu. On voit encore leurs émules discuter à perte de vue des questions oiseuses : si l'histoire est un art ou une science, quels sont les devoirs de l'histoire, à c|Uoi sert l'histoire, etc. — D'autre part, c'est une remarque incontestablement exacte que presque tous les érudits et presque tous les historiens actuels sont, au point de vue de la méthode, des autodidactes, formés par la seule pratique ou par l'imitation et la fréquentation des maîtres antérieurs.

Mais de ce que beaucoup d'écrits sur les principes de la méthode justifient la méfiance généralement professée envers les écrits de cette espèce, et de ce que la plupart des gens du métier ont pu se dispenser sans inconvénients apparents d'avoir réfléchi sur la méthode historique, il est excessif, à notre avis, de conclure que les érudits et les historiens (et surtout les futurs érudits et les futurs historiens) n'aient aucun besoin de se rendre compte des procédés du travail historique. ■ — En effet, la littérature méthodologique n'est pas tout entière sans valeur : il s'est formé lentement un trésor d'observations fines et de règles précises, suggérées par l'expérience, qui ne sont pas de simple sens commun *. Et s'il existe des personnes qui, par un don de nature, raisonnent toujours bien sans avoir appris à raisonner, il serait facile d'opposer h ces exceptions les cas innom-

1. R. Flint dit très bien (o. c, p. 15) : « The course of Historié bas been, on the whole, one of advance from commonplace reflcction on bistory towards a philosophical coiiiprehciision of the conditions and processes on which the formation of hislorical science dépends ».

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brnbles où l'iguorance de la logique, l'emploi de procédés irrationnels, l'absence de réflexion sur les conditions de l'analyse et de la synthèse en histoire, ont vicié les travaux des érudits et des historiens.

En réalité, l'histoire est sans doute la discipline où il est le plus nécessaire que les travailleurs aient une conscience claire de la méthode dont ils se servent. La raison, c'est qu'en histoire les procédés de travail instinctifs ne sont pas, nous ne saurions trop le répéter, des procédés rationnels ; il tant donc une préparation pour résister au premier i mouvement. En outre, les procédés rationnels pour | atteindre la connaissance historique diffèrent si fortement des procédés de toutes les autres sciences, qu'il est nécessaire d'en apercevoir les caractères exceptionnels pour se défendre de la tentation d'appliquer à l'histoire les méthodes des sciences déjà constituées. On s'explique ainsi que les mathématiciens et les chimistes puissent se passer, plus aisément que les historiens, d' « introduction » à leurs études.

Il n'y a pas lieu d'insister davantage sur l'utilité de la méthodologie historique; car c'est évidemment à la légère qu'elle a été contestée. Mais il faut expliquer les motifs qui nous ont conduits à composer le présent ouvrage. — Depuis cinquante aùs, un grand nombre d'hommes intelligents et sincères ont médité sur la méthode des sciences historiques; on compte naturellement parmi eux beaucoup d'historiens, professeurs d'Université, mieux placés que d'autres pour connaître les besoins intellectuels des jeunes gens, mais aussi

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