XVIII PREFACE
tral chef d'orchestre, voici revenir à la vie d'autrefois et aux primitives hymnes tout un peuple de musiciens. Ce sont aussi des moines qu'un autre moine conduit, non plus au chœur, mais dans les bibliothèques. Sur les traces marquées par l'abbé restaurateur des cérémoniaux originaires, il s'agit pour ses fils de retrouver les vieux airs dont les vieilles prières s'accompagnèrent jadis :
— : Allez I dit simplement Dom Guéranger à ses moines.
Et, comme au temps où le grand patriarche d'Occident et le vrai civilisateur de l'Europe moderne, saint Benoît, commandait à une brigade de terrassiers en robe noire d'aller défricher et féconder l'espace de vingt royaumes, les serviteurs de cette même Règle sont allés. Un chef de file estàleur tête, portant en inconnu le nom de Dom Pothier, et sur son visage tant d'humilité que vous n'eussiez reconnu qu'au dernier de cette bande de savants leur général et leur maître à l'air réservé, à la parole rare, à l'air nul. Sous la conduite d'un si modeste guide, les pionniers partis sont déjà loin, à Saint-Gall, à Oxford, à Einsiedeln, à Montpellier, à Londres, partout où le premier codex des « Mélodies grégoriennes » a laissé traces de son passage. L'Antiphonaire de saint Grégoire-le-Grand, qui ferait loi par les textes que l'immortel centonisateur du chant liturgique assembla en un livre, des cinq premiers siècles qui avaient précède le sien, était perdu sans espérance de retrouvaille. Mais des copies en avaient été scrupuleusement prises, plus tard, sous les yeux des papes