INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. XCIII
« préhensibles à nous-nièmes. Le nœud de notre « condition prend ses retours et ses plis dans cet « abîme (1). »
C'est ce principe intermédiaire (jue Leiimitz a rétabli dans la science, par la théorie. Le rôle de M. de Biran était de confirmer par l'observation les vues du grand métaphysicien. Mais, il faut le reconnaître, ici sa méthode est une arme impuissante et qui se brise entre ses mnins. Aussi, contrairement à ses habitudes, lorsqu'il aborde ce sujet, il cherche les autorités ; il s'appuie de Leibnitz, de Buft'on, de Bossuet, pareil à un homme qui appelle au secours, ses propres forces lui faisant défaut. Pour le blâmer de n'avoir pas délié le nœud de ce difficile problème, il sera permis d'attendre que quelqu'autre philosophe ait mieux réussi dans cette tentative. Ce qu'on peut lui reprocher peut-être, c'est de n'avoir pas reconnu toujours et assez explicitement, ce qu'il reconnaît pourtant ainsi qu'on l'a vu, c'est que l'être simplement vivant est une donnée dont la science ne saurait se passer, sans que la science soit en mesure d'en préciser la nature, et d'en éloigner le mystère.
La détermination des deux éléments fondamentaux de la nature humaine, dans la doctrine de V Essai, donne donc lieu, sinon à des objections proprement dites, du moins à d'assez sérieuses difficultés. En poursuivant notre examen, nous allons rencontrer maintenant des lacunes proprement dites
(1) Pensées de Pascal : Du péché originel.
xciv OEUVRES DE M. DE BIRAN.
et très-saillantes. C'est dans la théorie générale de la connaissance qu'elles se manifestent surtout.
La connaissance a pour condition l'existence du moi, et le moi n'existe pas sans un certain degré d'activité. Voilà la thèse fondamentale de M. de Biran. S'il se bornait à affirmer que l'intelligence subsiste et ne se développe que dans un être actif son sujet d'inhérence; que l'intelligence isolément considérée est une pure abstraction, il pourrait dire légitimement, comme il le dit en effet, que : « la « division entre l'entendement et la volonté est pu- « rement artificielle. » La conception de l'intelligence comme chose en soi , séparée d'un sujet réel dans lequel elle réside , est une des aberrations fondamentales de la métaphysique, et le point de départ de tout idéalisme. Mais M. de Biran va plus loin. Nous l'avons vu, à l'occasion du Mémoire sur la décomposition de la pensée, et les expositions de X Essai soulèvent les mêmes objections.
L'auteur ne voit pas que la connaissance a ses lois propres indépendantes de l'activité personnelle du sujet, lois qui se prêtent à une étude directe. La condition de la connaissance qu'il a déterminée se confond pour lui avec la connaissance même. Toutes les facultés se réduisent à ses yeux à l'effort en exercice ; le vouloir et ses modes sont toute la part du sujet dans la connaissance. En un mot, il transforme Y acte en idée, et opère une confusion bizarre entre les deux notions si distinctes de l'agir et du connaître.
Telle est la lacune la plus grave de la doctrine de