INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR, CXV
vaincu ; or le fatalisme, comme on vient de le voir, n'est ni un point secondaire, ni un accident dans le développement de la philosophie. C'est l'ennemi secret que la science a toujours jusqu'ici couvé dans son sein; c'est l'écueil contre lequel les écoles les plus illustres viennent échouer , le jour où elles arrivent au bout de leurs déductions.
M. de Biran professe le réalisme de l'être, de la force, de la vie. Or le monde vit , l'univers est déploiement de force et réalisation de puissance. C'est la grande vérité aperçue sans doute par plus d'un penseur, mais toujours compromise par le développement des écoles métaphysiques. C'est la vérité que le sensualisme nie, et que l'idéalisme méconnaît, l'idéalisme qui a noblement commencé , noblement poursuivi sa carrière en protestant au nom de l'esprit contre le culte de la matière ; mais que nous avons vu finir misérablement sous nos yeux par l'adoration de l'homme par l'homme, et qui jamais n'a réussi qu'à force d'inconséquences à introduire la vie dans l'immobilité de l'idée , et la liberté dans le fatum de la logique. Cette vérité méconnue, M. de Biran la relève et l'appuie par des considérations fortes et neuves... Voilà l'œuvre qui lui assigne une place dans les rangs de ces penseurs d'élite qui font avancer l'esprit humain, l'œuvre qui suffirait, malgré les graves lacunes de ses théories, à la gloire d'un philosophe. Il n'était pas toutefois au terme de son développement. D'autres perspectives encore devaient se dévoiler à sa pensée, et il le fallait pour que cette pensée manifestât sa fécondité.