‹ Introduction physiologique à l'étude de la philosophieChapitre 116 sur 143 · VOIES SENSORIELLES OPTIQUES · texte numérisé non relu

VOIES SENSORIELLES OPTIQUES

Le globe oculaire, protégé par les paupièn s, est formé, de dehors en dedans, par : le sclérotique (blanc de l'œil qui se continue en avant par la cornée partie transparente) et la choroïde qui se continue en avant par Yiris percé à son centre d'une

30i LA VISION

ouverture circulaire [pupille). Dans le globe oculaire est l'appareil de convergence {cristallin et les autres iui/i<ut.r. Enfin, au fond, est la rétine avec laquelle commence vraiment l'appareil sensoriel de la vision que je vais décrire.

a. I ici nie.

Les impressions lumineuses sonl recueillies, au fond de chaque œil, parla rétine qui est formée de Irois couches successives de neurones : 1° la couche des cellules visuelles qui recueillent les impressions lumineuses par les cônes et les bâtonnets (prolongements cellulipètes de ces premiers neurones qui correspondent aux neurones périphériques, de la peau et des muqueuses, pour la sensibilité générale); 2' la couche des cellules bipolaires, qui représente les ganglions spinaux pour la sensibilité générale; 3° la couche des cellules ganglionnaires, qui correspond aux premiers neurones de relais (substance grise médullobulbaire) pour les voies sensitives générales.

b. Nerf optique et chiasma. Amblyopie directe.

Les prolongements cellulifuges des neurones de celte troisième couche de la rétine se réunissent et forment le nerf optique qui traverse la choroïde et la sclérotique, puis la cavité orbitairc d'avant en arrière et de dehors en dedans et pénètre dans le crâne par le trou optique.

Sur la base du crâne dans la gouttière de l'os sphénoïde les deux nerfs optiques s'entrecroisent partiellement en formant le chiasma (lîg. 39, p. 303). Dans ce chiasma les libres internes des deux nerfs optiques s'entrecroisent, tandis que leurs libres externes ne s'entrecroisent pas. Dans les bandelettes optiques qui font suite au chiasma il va donc dans la bandelette gauche les libres de la moitié gauche des deux rétines et dans la moitié droite les libres de la moitié droite des deux rétines.

La symplomatologie change naturellement suivant que les voies visuelles sont altérées avant le chiasma, au chiasma ou au delà du chiasma.

Avant le chiasma (vers la périphérie) la lésion d'un nerf optique entraîne la diminution ou l'abolition de la vue dans l'œil correspondant (amblyopie unilatérale directe).

Au chiasma, la lésion entraînera une hémiamblyopie bilatérale

ou hémianopsie . Si la lésion porte sur le centre du chiasma ou en avant, le trouble portera sur les fibres de la moitié interne des deux yeux et par suite sur la moitié externe du champ visuel des deux côtés (moitié droite du champ visuel droit, moitié gauche du champ visuel gauche : hémianopsie hétéronyme, temporale ou externe).

La symptomatologie des lésions au delà du chiasma appartient aux paragraphes suivants.

c. Nerf hêmioptique.

Le nerf optique des anatomistes n'a aucune unité; c'est la réunion des fibres d'un môme œil rapprochées par les seules nécessités topographiques. Le véritable nerf de la vision est le n e rf h ém iop tique.

Il y a deux nerfs hémioptiques, un droit et un gauche.

Le nerf hémioptique droit ' recueille les impressions lumineuses de la moitié droite du champ visuel des deu yeux; il est d'abord formé de deux branches (fig. 39, p. 302) : une branche qui vient de la moitié interne de la rétine droite et une autre qui vient de la moitié externe de la rétine gauche; ces deux branches, qui viennent en somme de la moitié gauche des deux rétines, se rapprochent l'une de l'autre au chiasma et forment alors le tronc du nerf hémioptique (bandelette optique).

Ce nerf hémioptique droit ainsi constitué croise la face

Fig. 41. — Face inférieure de l'isthme de l'encéphale.

a, chiasma optique; b, bandelette optique; inférieure (lu pédoncule Ce- c' corPS genouillés;rf, pulvinar de la couche -il u • ■> « ' optique ; c, pédoncule cérébral ; f, pédoncule

rebral gauche, arrive au cote cérébelleux moyen.

1. Je dénis le nerf hêmioptique droit pour être plus clair; il va sans dire que mutandis mutatis la même description s'applique au nerf hêmioptique gauche.

Grasset. — Introduction-

postera-externe de la couche optique et rencontre là un groupe important de neurones de relais : le corps genouillé externe, le pulvinar (partie postérieure de la couche optique)et le tubercule quadrijumeau antérieur (ftg. 44) : centres primaires optiques.

Les fibres qui ont passé par ces neurones de relais et les libres directes de l'hémioptiquc qui les évitent (Gudden) continuent leur trajet dans l'hémisphère gauche (radiations optiques de Gratiolet, faisceau optique intracéréhral, pédoncule poslérieur de la couche optique) et arrivent au centre cortical.

(1. Centre cortical de la vision. Hémianopsie et cécité corticale.

Des travaux de Munk, von Monakow, Henschen et Vialet il résulte que le centre de la zone visuelle corticale est la scissure calcarine (se, fig. 42) (comme la scissure de Rolando est le centre sensitivomoleur général) et les lèvres de la scissure calcarine : le cuneus (c, fig. 42) au-dessus et le lobe lingual audessous.

Le symptôme de la lésion de ce centre dans un hémisphère, comme de la lésion du nerf hémioptique d'un côté à partir du chiasma, est V hémianopsie homonyme bilatérale, c'est-à-dire que la destruction du centre cortical visuel de l'hémisphère gauche supprime la vision dans la moitié droite du champ visuel des deux yeux : le malade ne voit que la moitié gauche des objets placés devant lui. C'est sur les faits cliniques bien démontrés qu'est basée la proposition que chaque hémisphère voit, avec les deux yeux, du côté opposé.

On est allé plus loin. Henschen admet que le centre cortical de la vision doit être divisé, dans chaque hémisphère, en deux moitiés, correspondant, l'une à la moitié supérieure, l'autre à la moitié inférieure des hémirétines correspondantes; et il a publié des cas d'hémianopsie en quadrant qui confirment cette manière de voir.

La destruction du centre visuel cortical dans les deux hémisphères entraine la cécité.

e. Centres supérieurs. Cécité psychique.

Du centre cortical visuel que je \iens d'indiquer et qui représente le centre polygonal V (fig. 10, p. 16), les impressions

lumineuses, déjà coordonnées en images, vont aux centres supérieurs 0 du psychisme supérieur. On conçoit donc, en clinique, une cécité corticale et une cécité psychique, comme il y a une agnosie primaire et une agnosie secondaire ou asymbolie. La

s. cm

le ta

Fig. i2. — Scissures, sillons et circonvolutions de la face interne de l'hémisphère cérébral.

Icto, l" circonvolution tcmporo-occipital ; 2c?o, L2e circonvolution temporo-occipitale ; sloi, sillon temporo-occipital interne; sloe, sillon temporo-occipital externe; se, scissure calcarine; C, cunéus; spi, scissure perpendiculaire interne; Lç, lobule quadrilatère ou précunéus; pa, pariétale ascendante; SR, scissure de Kolando (terminaison); L/>, lobule paracentral ; fa, frontale ascendante; Ce, corps calleux; sp, sillon paracentral ; cCc, circonvolution du corps calleux; sem, scissure calloso-marginale ; fi, partie interne de la 1"' circonvolution frontale (frontale interne).

cécité psychique est l'agnosie visuelle secondaire ou asymbolie visuelle. « L'individu, dit Déjerinc, a conservé la perception visuelle brute, mais est incapable d'en interpréter la signification; il a perdu ses images visuelles commémoratives. »

L'orientation est alors profondément troublée, les malades perdent leur sens lopographique.

« Notre vieil allas tactile de l'espace est peu à peu envahi et recouvert par les signes de l'espace visuel; il en résulte que, quand nous perdons la mémoire visuelle des lieux, ce qui sub-

sislc îles éléments tactiles, articulaires ou musculaires de nos représentations de ce genre a subi trop profondément les effets de l'atrophie d'inactivité pour nous être d'un grand secours dans les premiers temps qui suivent la cécité (Jules Soury). L'orientation, qui primitivement tient au domaine tactile, devient graduellement et presque exclusivement visuelle (Nodet). Les malades peuvent donner le nom d'un objet placé dans le champ visuel correspondant à la vision centrale, mais ne peuvent se représenter la place occupée par cet objet dans l'espace. Leurs sensations tactiles actuelles ou les images de leurs sensations tactiles antérieures sont insuffisantes pour suppléer les sensations visuelles. » (Marchand).

Page 1