CATALEPSIE
Dans la catalepsie il y a bien encore état de désagrégation
suspolygonale comme dans tous les cas que je viens d'énumérer. Mais l'état du polygone désagrégé est ici tout différent.
Le cataleptique est inanimé, inerte et conserve toutes les positions qu'on donne artificiellement à ses membres. Les membres sont d'ailleurs mobiles, légers; ils ne sont ni raides ni llasqucs : flexibilitas cerea. On peut parfois leur imprimer des mouvements : si par exemple on fait faire deux ou trois oscillalions au bras, celui-ci continue à osciller, mais on n'observe jamais de mouvements spontanés.
Dans la crise de catalepsie il n'y a donc pas hyperaelivilé de l'automatisme comme dans le somnambulisme : les centres polygonaux sont en inertie ; ils agissent pour maintenir une position ou continuer un mouvement (car, comme le remarque Pierre Janet, pour lutter contre la pesanteur, empêcher le membre de tomber ou pour continuer un mouvement commencé, il faut une contraction délicatement systématisée de tous les muscles), mais ces centres polygonaux n'interviennent pas pour produire, taire naître, modifier ou faire cesser une position ou un mouvemenl communiqués de l'extérieur.
"2(î. — HYSTÉRIE.
Pour comprendre l'importance de ['hystérie comme moyen d'étude des psychismes séparés, il suffit tout d'abord de rappeler que les s \ m Ironies soin nain ludique el cataleptique dont je \iens
de parler sont très souvent une manifestation de l'hystérie et que beaucoup d'auteurs ont voulu identifier l'hystérie etl'hypnotisme. C'est peut-être une exagération de dire que toute l'hystérie peut être ramenée à l'état de suggestibilité (Babinski) ou que tous les hypnotisables sont des hystériques (Charcot). Mais tout ceci montre combien l'hystérie se rapproche de ces autres états de désagrégation suspolygonale.
Je conserve l'hystérie comme une névrose distincte et avec toute l'école contemporaine j'en fais une névrose psychique; je ne dis pas « mentale » (Voir la distinction plus haut, p. 36).
Pierre Janet a bien précisé la caractéristique psychologique de cette maladie.
Étudiant d'abord les attaques, puis les autres symptômes, stigmates, etc., il arrive à faire du dédoublement de la personnalité le caractère psychologique de l'hystérie. C'est, dit-il, la formation et la désagrégation dans l'esprit « de deux groupes de phénomènes : l'un constituant la personnalité ordinaire; l'autre, susceptible d'ailleurs de se subdiviser, formant une personnalité anormale différente de la première et complètement ignorée par elle ».
C'est l'idée exprimée par Jules Janet : « l'état incomplet de la personnalité première constitue les tares hystériques ; il permet l'action désordonnée de la personnalité seconde, c'est-à-dire les accidents hystériques ; la seconde personnalité, toujours cachée derrière la première, d'autant plus forte que celle-ci est plus affaiblie, profite de la moindre occasion pour la terrasser et paraître au grand jour »; et par Breuer et Freud : « cette division de la conscience que l'on a constatée avec netteté dans quelques cas célèbres de double existence se retrouve d'une façon rudimentaire chez toute hystérique; la disposition à cette dissociation et en même temps à la formation d'états de conscience anormaux que nous proposons de réunir sous le nom d'étals hypnoïdes constitue le phénomène fondamental de cette névrose. »
Pierre Janet comprend dans les caractères de l'hystérie : « un affaiblissement de la faculté de synthèse psychologique, un rétrécissement du champ de la conscience; un certain nombre de phénomènes élémentaires, sensations et images, cessent d'être perçus et paraissent supprimés de la perception personnelle; il en résulte une tendance à la division permanente et complète de la personnalité, à la formation de plusieurs groupes indépendants
78 MOYENS D ÉTUDE DBS DEUX PSYCHISMES
les uns des autres ». plus succinctement, « l'hystérie es! une forme de désagrégation mentale caractérisée par la tendance au dédoublement permanent et complet de la personnalité »...
De toul cela, il faut retenir ce fait que dans l'hystérie il y a très souvent (sinon toujours) un état de désagrégation suspolygonale qui fait de cette névrose un bon moyen d'étude de l'activité séparée des psychismes.