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l'émotion

a. Analyse psychophysiologique : les éléments consti-

tutifs de l'émotion, psychologiques et physiologiques.

J'ai déjà indiqué (p. 83) comment, en se compliquant, la sensation devient émotion. Un des signes essentiels qui caractérisent l'apparition de l'émotion est le développement de troubles vasomoteurs et en général de troubles extrapsychiques (éléments physiologiques des auteurs).

Ces phénomènes physiologiques, très étudiés dans ces derniers temps1 font vraiment partie intégrante, essentielle et nécessaire de l'émotion. Mais il ne faut pas qu'ils fassent oublier l'élément psychique ou psychologique qui est primitif, initial, sans lequel ces phénomènes physiologiques eux-mêmes n'existeraient pas.

Tout le monde d'ailleurs reconnaît l'existence de ces deux ordres d'éléments dans l'émotion. La divergence commence quand il s'agit de déterminer leurs rapports et leur filiation mutuelle.

b. Théorie physiologique ou périphérique de Lange.

William James et Sergi2.

a. Exposé.

1° Lange, professeur d'anatomie pathologique à l'Université de Copenhague, grand praticien pour les maladies nerveuses,

1. Voir notamment le livre de Mosso sur la Peur et celui de Georges Dumas sur la Tristesse et la joie (Paris, F. Alcan).

2. Lange, Les émotion-;. Étude psychophysiologique, trad. d'après l'édition

veul donner à l'étude des émotions un point de départ scientifique fi remplacer l'introspection de la conscience par l'élude des caractères objectifs. Ces caractères objectifs sonl précisément les phénomènes physiologiques^ les variations organiques.

Ainsi, dit-il, « voici par exemple la joie. Analysons l'ensemble des caractères qui l'expriment : dans les muscles de relation, l'innervation est augmentée; l'homme joyeux se sent léger, il gesticule des enfants sautent et frappent des mains); le visage prend une forme arrondie, le larynx fonctionne de lui-même; ce sonl des chansons, des éclats de voix et des cris... L'innervation vasomotrice diminuée, les artérioles se dilatent; la peau qui reçoit plus de sang, rougit et s'échauffe ; les sécrétions, celles de la salive en particulier, augmentent visiblement et les larmes viennent souvent aux yeux. La circulation plus rapide facilite la nutrition des tissus; toutes les fonctions s'accomplissent mieux, le corps est plus robuste et plus sain, l'esprit plus actif; on dit avec raison que la joie rajeunit ».

Lange étudie ainsi les diverses émotions et note les phénomènes physiologiques qui correspondent à chacune. Puis (voici la nouveauté) il se refuse adiré, avec le bon sens ancien, pour exposer Tordre des phénomènes : I" un événement heureux est arrivé à ma connaissance; 2° j'ai une émotion agréable; 3° les phénomènes physiologiques se produisent. Non. Voici l'ordre : 1° connaissance de l'événement heureux; 2° divers phénomènes physiologiques (tous sous la dépendance de la circulation) ; 3° émotion psychique qui est la conséquence de la conscience de ces variations organiques. — Voilà la théorie physiologique ou périphérique de l'émotion.

u2" William James, docteur en médecine lui aussi et professeur de physiologie avant d'être professeur de psychologie, a formulé une théorie qui, quoique différente par certains détails (Georges Dumas), est identique comme principe à celle de Lange : pour lui, « les changements corporels suivent Immédiatement la perception du fait excitant el le sentimenl que nous avons de ces changements, à mesure qu'ils se produisent, c'est l'émotion ».

Et il ajoute : « le sens commun dit : nous perdons notre

allemande de Kurello par Georges Dumas. Biblioth. de philos, contemp., 2< édition, 1002 (Paris, F. Alcan). — William James, La Théorie de l'émotion, trad. de l'anglais avec une introduction par Georges Dumas. Même bibliothèque, 1003 (Paris, F. Alcan). — Sergi, Les Émotions, trad. par Raphaël Petrucci. Biblioth. internat, do psych. expérim. normale el pathol,, 1001.

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fortune, nous sommes affligés et nous pleurons ; nous rencontrons un ours, nous avons peur et nous nous enfuyons; un rival nous insulte, nous nous mettons en colère et nous frappons. L'hypothèse que nous allons défendre ici est que cet ordre de succession est inexact, qu'un état mental n'est pas immédiatement amené par l'autre, que les manifestations corporelles doivent d'abord s'interposer entre eux et que la formule la plus rationnelle consiste à dire : nous sommes affligés parce que nous pleurons, irrités parce que nous frappons, effrayés parce que nous tremblons... Sans les états corporels qui la suivent, la perception serait de forme purement cognitive, pâle, décolorée, sans chaleur émotionnelle. Nous pourrions alors voir l'ours et juger à propos de fuir, recevoir l'insulte et juger bon de frapper; mais nous n'éprouverions réellement ni frayeur ni colère. »

« Essayons, dit Georges Dumas exposant cette théorie, de concevoir la peur sans modifications cardiaques ou respiratoires, sans troubles viscéraux, sans la chair de poule... Essayons de concevoir la rage sans l'agitation extérieure, sans la coloration du visage, la dilatation des narines, le grincement des dents, l'impulsion à frapper... William James doute que nous y puissions parvenir; à la place de la peur, de la rage, de la tristesse, il ne restera plus, suivant lui, que des jugements abstraits, d'après lesquels tel objet est dangereux, regrettable, affligeant... Dissociée de son expression corporelle, l'émotion lui apparaît comme inconcevable. »

Et James conclut : « toute humeur, affection ou passion que je ressens est bien réellement constituée par ces changements que nous appelons d'ordinaire son expression ou sa conséquence et elle est faite de ces changements. »

3° Sergi a encore étendu et développé cette même théorie.

James n'appliquait sa théorie qu'aux émotions grossières (coarser) : chagrin, rage, colère, peur... et non aux émotions délicates [sublier) : le « plaisir qui s'attache par exemple à entendre une harmonie musicale, à suivre un raisonnement logique, la peine que produit une note ou un raisonnement faux. »

Sergi au contraire s'élève contre celte distinction : tout cela c'est de l'émotion; il n'y a pas deux catégories d'émotion et, avec Baldwin, il accuse James de détruire lui-même son ancienne théorie et de revenir à l'orthodoxie. La même théorie s'applique aux émotions les plus élevées : émotions altruistes et émotions esthétiques, morales et religieuses.

(jhasset. — Introduction. i5

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:. Discussion.

I Je considère d'abord comme une erreur de la psychologie contemporaine de croire se donner une base plus scientifique en remplaçant les données de l'introspection psychique par les

données objectives de la physiologie et des appareils enregistreurs. Je crois que les tambours de Mare y ont beaucoup nui aux progrès de la psychologie dans ces derniers temps. Les liâtes de laboratoire comme ceux du livre de Mosso complètent très bien une étude de la peur, mais ne peuvent pas constituer toute Phisloire de cette émotion.

En parlant des anciennes théories de l'émotion, Lange dil : « la joie, la tristesse, la colère sont des énergies mystérieuses qui s'expriment par les mouvements qu'elles impriment au corps ». Le mystère ne sera pas moindre si les mouvements précèdent cet acte psychique émotionnel qu'on ne peut pas supprimer. « On se contente vraiment de trop peu, continuc-t-il, quand on explique la pâleur de l'angoisse, en disant que l'angoisse fait pâlir. » Ne sommes-nous pas vraiment obligés de nous contenter d'aussi peu quand, avec Lange, nous disons inversement que c'est la conscience de notre pâleur qui nous angoisse?

La ligueur d'un tracé entraine la précision du phénomène enregistré; mais c'est une illusion de croire qu'elle entraine la précision des phénomènes à côté.

James parle aussi de la « faculté corporelle de sentir » qui est nécessaire pour l'émotion et il semble élever sa théorie corporelle en face de la théorie opposée qui ne le serait pas. Mais les faits psychiques, les éléments psychologiques de l'émotion, tels que nous les éludions, sont tout aussi corporels que les éléments physiologiques. Ce qui différencie ces deux groupes d'éléments, c'est qu'ils se passent dans des neurones différents; voilà tout.

2° Supprimez tous les phénomènes physiologiques dans une émotion, disent Lange et James : l'émotion n'existe plus. — Soit. Cela prouve que ces phénomènes physiologiques sont des éléments constitutifs essentiels de l'émotion. Cela prouve qu'ils sont nécessaires; cela ne prouve pas qu'ils sont suffisants ni qu'ils sont antérieurs aux phénomènes psychologiques.

Si, à la vue de l'ours dont parle .lames, je n'ai pas de phénomènes physiologiques, je n'aurai pas d'émotion. Très bien. Mais je n'en aurai pas non plus si je n'ai pas d'abord l'élément psy-

chologique, c'est-à-dire la connaissance de l'ours et des circonstances dans lesquelles il se présente. Je ne tremble et je ne fuis que parce que je sais que je suis sans arme, que l'ours est plus fort que moi, qu'il risque de m'atteindre, etc. Si au contraire j'ai un bon fusil, si je suis à l'affût pour chasser cet ours, etc., je n'aurai pas d'émotion ou du moins je n'aurai pas la même. Ce sont donc bien les phénomènes psychologiques qui sont primitifs, qui font naître l'émotion et en déterminent la forme et l'expression.

L'élément psychique fait naître l'élément physiologique; et quand celui-ci s'est développé, le premier ne disparait pas et persiste, comme élément constitutif de l'émotion, lui aussi.

3° On conçoit des émotions avec des phénomènes physiologiques tellement réduits qu'ils peuvent être latents et méconnus, alors que l'émotion est intense. C'est ce qui arrive clans les émotions délicates de James (altruiste, esthétique). L'intensité de l'émotion n'est en rien proportionnelle à l'intensité des phénomènes physiologiques.

•4° Il n'y a pas une série de types spéciaux de phénomènes physiologiques correspondant, un à un, aux différents types spéciaux d'émotion (ce qui devrait être dans la théorie que je discute). Des phénomènes physiologiques banaux, toujours les mêmes, expriment des émotions très diverses : le frisson et la chair de poule expriment la peur, l'horreur, l'admiration intense. On rougit ou on pâlit, le cœur se précipite pour des émotions absolument opposées.

François Franck \ qui a étudié de très près et très scienlitiquement ces phénomènes physiologiques, a montré qu'ils varient, non suivant la qualité, mais uniquement suivant la quantité des émotions. — Il détermine expérimentalement une élévation de pression aortique semblable à celle que peut déterminer une excitation psychique : il en résulte une sensation de gêne, de plénitude circulatoire, mais pas une émotion vraie de

I. Los premières recherches de François Franck datent de ISTii. [Comptes rendu* du laboratoire de Murex, ISTii. t. 11). Voir ensuite : Leçons sur l'expression des émotions. Cours du Collège de France, - semestre 1900; Critique de la théorie dite physiologique des émotions, \llï Congrès international de médecine, Paris, 1900. Section de physiologie, physique et chimie biologiques, p. 196 el Les expressions extérieures et profondes des émotions chez l'homme et les animaux. Bulletin de l'Institut général psychologique, 1906, t. VI, m" 2, p. 83.

colère ou autre. Les effets de l'émotion sur les vaisseaux sont les mômes que ceux de la sensibilité générale ou de l'excitation directe de certains points du cerveau : ce sont des effets banaux.

5° En pathologie, ce qui fait la maladie de rémotion, ce n'est pas le degré pins ou moins grand des phénomènes physiologiques, mais le degré de Vémotivité, fonction essentiellement psychique. Celui qui rougit trop facilement n'en devient malade que si son psychisme affaibli se laisse dominer par l'érythrophobie. — Voilà bien une nouvelle preuve de la plus grande importance de l'élément psychologique dans la constitution de l'émotion.

G0 L'acte psychique, nécessaire à la constitution de l'émotion, peut d'ailleurs être très rapide et inconscient.

A l'appui de sa théorie James dit : « le cas est fréquent où les phénomènes physiques suivent manifestement la perception, sans aucun intermédiaire. Tel enfant s'évanouit en voyant saigner un cheval sans qu'aucune émotion psychique se soit interposée entre la perception et la syncope; telle personne ne pourra rester sans frayeur près d'un canon que l'on tire, tout en sachant qu'il n'y a de danger ni pour elle ni pour personne. »

Si l'enfant s'évanouit sans acte psychique intermédiaire, il n'y a pas d'émotion, il y a simple acte réflexe; donc, pas d'acte psychique, pas d'émotion. Si au contraire il y a acte psychique, il y a émotion, alors même que, contrairement a la froide raison, c'est le polygone du sujet qui, en vertu de ses associations d'idées et de souvenirs, a peur du canon que 0 sait inoffensif. Il \ a émotion parce qu'il y a acte psychique inconscient.

7° Paul Sollier1 a développé toute celte discussion do la théorie de Lange et de James.

L'émotion persiste, dit-il, quand, le cerveau étant intact, les phénomènes de l'émotion corporelle sont supprimés comme dans les sections de la moelle et du sympathique. Inversement l'émotion disparaît si le cerveau est détruit; malgré la production des réactions émotionnelles corporelles. — Les phénomènes corporels de l'émotion peuvent très bien survivre au sentiment qui la constitue : on tremble, on sue, le pouls est encore agité, alors qu'on n'a plus peur.

I. Paul Sollier, Le Mécanisme des Emotions, Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1908 (Paris, F. Alcan).

James pensait que sa théorie aurait une démonstration capitale dans l'étude des sujets anesthésiques (intérieurs et extérieurs), non paralytiques : resteraient-ils émotifs? il cite plusieurs cas à l'appui de sa manière de voir. Sollier qui, en 1894, avait abouti, sur ce point, aux mêmes conclusions que James, est revenu sur sa première idée et actuellement conclut contre James après avoir discuté les faits de cet auteur et cité les siens propres. Sollier étudie spécialement à ce point de vue des hystériques anesthésiques ou des aneslhésiques par suggestion.

A vrai dire, je n'attache pas une très grande importance à ces observations parce que, dans ces cas, l'anesthésie s'accompagne d'un état cérébral psychique qui explique la diminution ou l'absence de l'émotion, en dehors du trouble périphérique de la sensibilité. Une aneslhésie pure avec anesthésie et intégrité absolue du cerveau psychique paraît irréalisable par l'expérimentation ou par la maladie.

Plus importantes à ce point de vue sont les expériences de Sherrington ', qui coupe la moelle à des chiens dans la région cervicale inférieure. Toutes les connexions sont ainsi rompues entre le cerveau et les viscères thoraciques, pelviens et abdominaux, excepté celles qui existent par l'intermédiaire de certains nerfs crâniens. Ainsi on « isole, en outre du centre vasomoteur bulbaire, tous les vaisseaux sanguins, excepté quelques minimes communications par la voie des nerfs crâniens. La peau et les organes moteurs sont, depuis les extrémités inférieures jusqu'à l'épaule, également privés de toute communication avec le cerveau ». Et l'émotivité persiste. « Un trouble de nature émotionnelle est survenu chez un animal après que toute réaction nerveuse vasomotrice a été rendue impossible et après que la majeure partie des réactions viscérales a aussi été empêchée. »

Je crois pouvoir conclure que tous les physiologistes sont unanimes pour combattre la théorie de Lange, James, Scrgi, qui met l'émotion essentiellement dans les phénomènes physiologiques et ne voit dans les phénomènes psychologiques qu'une conscience de ces phénomènes physiologiques8.

1. Voir Renault d'Allonnes. L'explication physiologique de L'émotion. Journal tir Psychologie normale et pathologique, 1906, |>. 137 (Paris, F. Alcan).

2. 1 1 « mi ri Pieron conclut ainsi une récente étude sur ■ la théorie tirs émotions et les données actuelles de la physiologie » (Journal de psychologie normale et pathologique, 1907, p. 439) : •• la théorie qui veut s'opposer a la conception périphérique de l'émotion n'est pas pour cela, comme on le répète

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c. Théorie psychologique ou intellectualiste.

En face et en opposition est la théorie qui no veut voir dans rémotion que le seul élément psychologique.

« La théorie intellectualiste, qui est de vieille date, dit Ribot, a trouvé sa plus complète expression dans Herbartet son école, pour qui tout état affectif n'existe que par le rapport réciproque

des représentations; tout senliment résulte de la coexistence dans l'esprit d'idées qui se conviennent ou se combattent; il est la conscience immédiate de l'élévation ou de la dépression momentanée de l'activité psychique, d'un état de tension libre ou entravée, mais il n'est pas par lui-même; il ressemble aux accords musicaux et dissonances qui diffèrent des sons élémentaires, bien qu'ils n'existent que par eux. Supprimez tout état intellectuel, le sentiment s'évanouit ; il n'a qu'une vie d'emprunt, celle d'un parasite. »

Cette théorie, dit Georges Dumas d'après Nahlowsky, « ne tient pas les sentiments pour quelque chose de réel [étiras), mais pour une manière d'être, agréable ou pénible, qui résulte de la coexistence, dans l'esprit, d'idées qui s'accordent ou qui ne s'accordent pas... C'est la subordination absolue de l'ordre affectif à l'ordre mental. »

Je fais deux objections à cette théorie : 1° à l'inverse de la précédente, elle ne tient pas un compte suffisant des éléments physiologiques qui deviennent un accessoire alors qu'ils font partie intégrante de l'émotion; 2° elle méconnaît même la base psychologique elle-même de l'émotion en la confondant avec la représentation, alors qu'il existe vraiment un état psychique affectif : l'idée et la sensation répondent à des neurones différents, quoique psychiques les uns et les autres.

(1. Théorie psychophysiologique.

Un même reproche peut être fait aux deux précédentes théories, malgré leur opposition. Chacune part de la constatation

toujours, une théorie spirituahste ; elle reste tout aussi physiologique, mais c'esl une théorie centrale. Au lieu de voir dans l'émotion le simple résultat d'une cénesthésie, elle y voil un phénomène mental gardanl sou individualité au même titre que les phénomènes intellectuels, el qui engendre des réactions organiques donl la répercussion peul avoir une influence sur l'émotion même, mais qui n'est pas engendré par les réactions. Et, au poinl de vue de la genèse des émotions, les faits se présentent, dans cette conception, de façon singulièrement plus cohérente et plus simple

exclusive d'un élément constitutif réel. Aucune ne tient un compte suffisant de V activité propre des neurones clans l'émotion. L'une et L'autre donnent un rôle beaucoup trop passif aux centres nerveux émus. Pour Lange et James, le cerveau prend simplement et passivement conscience des phénomènes physiologiques; pour les intellectualistes, le cerveau prend simplement et passivement conscience des phénomènes mentaux. Les uns et les autres méconnaissent l'état fondamental de l'émotion qui est un processus psychique actif spécial.

Ce processus psychique est formé de deux ordres d'éléments, également constitutifs de l'émotion : les éléments psychologiques et les éléments physiologiques. Pour la caractériser entièrement, il faut môme ajouter à l'émotion son expression extérieure, la mimique.

On voit que cette théorie reste cérébrale.

Divers auteurs, d'AUonnes entre autres, voient l'origine de la théorie de Lange et James dans les idées de Descartes et de Malehranchc qui admettent « que les passions de l'àme sont conditionnées par des phénomènes cérébraux consécutifs à l'ébranlement violent des nerfs conducteurs qui vont des divers organes au cerveau. Voilà l'idée mère qui désormais demeure la directrice générale de toutes les théories physiologiques ultérieures de l'émotion ». Soit; mais de notre théorie, comme de celle de Lan»e et James l.

e. Les centres de rémotion.

La discussion des théories n'est pas indifférente à la discussion de la localisation des centres.

Pour Sergi « les sentiments de douleur et de plaisir n'ont pas leur origine dans le siège même où se développe la pensée », leur centre est dans la moelle allongée. C'est là qu'est le centre émotif commun. Hack Tuke, Willis, Todd, Brown-Séquard... ont déjà localisé dans cette région le centre des émotions. Pour Lange c'est le centre des vasomoteurs dans la moelle allongée, comme pour Monselice c'était le grand sympathique.

Tout ce que j'ai dit plus haut ne permet pas d'accepter cette manière de voir qui est à peine supérieure à l'idée populaire qui place le centre des émotions dans le cœur.

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