LA CIGALE ET LA FOURMI
La cigale^ ayaut chanté Tout Tété,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
5 Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Ohez la fourmi, sa voisine,
La priant de lui prêter lo Quelque grain, pour subsister
Jusqu^à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle.
Avant Taoût, foi d^animal.
Intérêt et principal.
15 La fourmi n^est pas prêteuse;
G^est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse. —
Nuit et jour à tout venant ao Je chantais, ne vous déplaise. —
Vous chantiez I f en suis fort aise.
Eh bien I dansez maintenant.
, La FoKTAiio:.
166 LBCTUBES FRANÇAISES.
LE PETIT PIEBEE.
Je suis le petit Pierre,
Du faubourg Saint-Marceau,
Messager ordinaire.
Facteur et porteur d'eau.
J'ai plus d'une ressource 5
Pour faire mon chemin ;
Je n'emplis pas ma bourse.
Mais je gagne mon pain.
Je n'ai ni bois, ni terre.
Ni chevaux, ni laquais, 10
Petit propriétaire.
Mon fonds est deux crochets.
Je prends comme il arrive
L'ivraie et le bon grain.
Dieu veut que chacun vive, 15
Et je gagne mon pain.
Contre un bel édifice J'ai placé mon comptoir ; Là, sans parler au suisse, On peut toujours me voir.
Pour n'oublier personne Je me lève matin, Et la journée est bonne.
Quand je gagne mon pain.
Comme le disait Biaise, ^
Feu Biaise, mon parrain.
On est toujours à Taise Lorsque l'on n'a pas faim.
Dans les jours de misère Je m'adresse au voisin ; Il a pitié de Pierre, Et je trouve mon pain.
B. DE Perthes.