‹ Invasion du Canada et siège de québec en 1775-76Chapitre 5 sur 8 · AUX HABITANS DE LA PROVINCE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

AUX HABITANS DE LA PROVINCE DE QUÉBEC

Nos Amis et Concitoyens,

" Nous, les Délégués des Colonies du Nouveau Hamp- *' shire de Massachusetts Bay, de Ehode-Island et des " Plantations de Providence, de Connecticut, de la ISTou- " velle-York, du Nouveau- Jersey, de la Pennsylvanie, " des Comtés de New-Castle, Kent et Sussex sur le fleuve " de la Ware, du Maryland, de la Virginie et des Caro- " lines Septentrionale et Méridionale, ayant été députés " par les Habitants des dites Colonies pour les représenter " dans un Congrès général à Philadelphie, dans la pro- " vince de Pennsylvanie, et pour consulter ensemble sur " les meilleurs moyens de nous procurer la délivrance " de nos oppressions accablantes ; nous étant en consé- •' quence assemblés et ayant considéré très-sérieusement " l'état des affaires publiques de ce continent, nous avons ** jugé à propos de nous adresser à votre Province, comme " à une de ses parties qui y est des plus intéressée.

" Lorsqu'après une résistance courageuse et glorieuse " le sort des armes vous eut incorporé au nombre des

" sujets Anglais, nous nous réjouîmes autant pour vous " que pour nous d'un accroissement si véritablement '< précieux ; et comme la bravoure et la grandeur d'âme " sont jointes naturellement, nous nous attendions que " nos courageux ennemis deviendraient nos amis sincères, " et que l'Etre Suprême répandrait sur vous les dons de " sa providence divine en assurant pour vous et pour " votre prospérité la plus reculée les avantages sans prix " de la libre institution du Gouvernement Anglaie> qui "est le privilège dont tous les sujets Anglais doivent " jouir.

" Ces espérances fVirent confirmées par la déclaration " du Eoi donnée en 1763, engageant la foi publique pour " votre jouissance complète de ces avantages.

" A peine aurions-nous pu alors nous imaginer que " quelques Ministres futurs abuseraient avec tant d'au» " dace et de méchanceté de l'autorité royale, que de vous " priver de la jouissance de ces droits irrévocables aux* " quels vous aviez un si juste titre.

" Mais puisque nous avons vécu pour voir le tems " imprévu, quand des Ministres d'une disposition corrom* *' pue ont osé violer les pactes et les engagemens les " plus sacrés, et comme vous aviea été élevés sous une " autre forme de gouvernement, on a soigneusement " évité que vous fissiez la découverte de la valeur inex- " primable de cette forme à laquelle vous avez à présent " un droit si légitime ; nous croyons qu'il est de notre " devoir de vous expliquer quelques-unes de ses parties " les plus intéressantes, pour les raisons pressantes men» " tionnées ci-après.

" ' Dans toute société humaine,' dit le célèbre Marquis " de Beccaria, ' il y a une force qui tend continuellement " à conférer à une partie le haut du pouvoir et du bon- " heur, et à réduire Tautre au dernier degré de faiblesse " et de misère. L'intention des bonnes loix est dé s'oppo- " ser à ^.etie force, et de répandre leur influence également " et universellement.^

" Des Chefs incités par cette force pernicieuse, et des « sujets animés par le juste désir de lui opposer de bonnes " loix, ont occasionné cette immense diversité d'événe- « nemens dont les histoires de tant de nations sont rem- ♦* plies. Toute» ces histoires démontrent la vérité de

'* cette simple pOHÎtion, que d'exister ati gré d'un seul "• homme, ou de quelques-uns, est une source de misères " pour tous.

" Ce fut sur ce principe comme sur un fondement " solide que les Anglais élevèrent si fermement l'édifice " de leur gouvernement qu'il a résisté au tems, à la " tyrannie, à la trahison, et aux guerres intestines et " étrangères, pendant plusieurs siècles. Et comme un " Auteur illustre et un de vos compatriotes cité ci-aprèS) '* observe. ' Ils donnèrent au peuple de leurs Colonies la " forme de leur gouvernement propre : et ce gouverne- " ment portant avec lui la prospérité, on a vu se former " de grands peuples dans les forêts même qu'ils furent " envoyés habiter.'

" Dans cette forme le premier et le j)rincipal droit> " est, que le peuple a part dans son gouvernement par " ses représentans choisis par lui-même, et est par con- " séquent gouverné par des loix de son approbation, et '- non par les édits de ceux sur lesquels il n'a aucun " pouvoir. Ceci est un rempart qui entoure et défend sa " propriété, qu'il s'est acquise par son travail et une " honnête industrie; en sorte qu'il ne peut être privé de " la moindre partie que de son libre et plein consente- " ment, lorsque suivant son jugement il croit qu'il est " juste et nécessaire de la donner pour des Usages publics, " et alors il indique précisément le moyen le plus facile, " le plus économe et le plus égal de percevoiï" cette partie " de sa propriété.

" L'influence de ce droit s'étend encore plus loin. Si " des Chefs qui ont opprimé le peuple ont besoin de sub- " sides, le peuple peut les leur refuser jusqu'à ce que *' leurs griefs soient réparés, et se procurer paisiblement, '' de cette manière, du soulagement sans avoir recours à " présenter des requêtes souvent méprisées, et sans trou- " bler la tranquillité publique.

" Le second droit essentiel consiste, à être jugé par " une Jurée. On pourvoit par .là qu'un Citoyen ne peut " perdre la vie, la liberté ou les biens, qu'au préalable " Sentence n'ait été rendue contre lui par douze de ses " égaux et compatriotes de mœurs irréprochables, sous " serment, pris dans son voisinage, qui par cela mémo *' on doit raisonnablement supposer doit êti*e informé

•' de son caractère et de celui des témoins, et cela après «* des enquêtes suffisantes faee^ à face, à huis ouverts, " dans la cour de justice, devant tous ceux qui voudront " se trouver présent, et après jugement équitable. De •' plus cette Sentence ne peut lui être préjudiciable, sans " injurier en même temps la réputation et même les inté- '• rets des Jurés qui l'ont prononcée.

" Car le cas en question peut-être sur de certains points " qui ont rapport au bien public ; mais s'il en était au- « trement, leur Sentence devient un exemple qui peut " servir contre eux-mêmes sHls venaient à avoir un " semblable procès.

" Un autre droit se rapporte simplement à la liberté *• personnelle. Si un Citoyen est saisi et mis en prison, «' quoique par ordre du gouvernement, il peut néanmoins " en vertu de ce droit, obtenir immédiatement d'un Juge '* un ordre que l'on nomme Jlabeas-Corpus, qu'il est obligé " sous serment d'accorder, et se procurer promptement «* par ce moyen une enquête et réparation d'une déten^ '* tion illégitime»

" Un quatrième droit consiste dans la possession des» " terres en vertu de légères rentes foncières^ et non par " des corvées rigoureuses et opprimantes qui forcent " souvent le possesseur à quitter sa famille et ses occupa-* •' tions pour faire ce qui dans tout état bien réglé, devrait " être l'ouvrage de gens loués exprès pour cet effet.

" Le dernier droit dont nous ferons mention regarde la " liberté de la presse. Son importance outre les progrès " de la vérité, do la morale et des arts en général, consiste " encore à répandre des sentiments généreux sur l'adtni- " nistration du gouvernement, à servir aux Citoyens à se " communiquer promptement et réciproquement leurs " idées et, consèquemment contribue à l'avancement " d'une union entr'eux, par laquelle des supérieurs tyran- " niques sont induits, par des motifs de honte ou de " ci'ainte, à se comporter plus honorablement et par des " voies plus équitables dans l'administration des aftaires. " Ce sont là ces droits inestimables qui forment une " partie considérable du système modéré de notre gou- " vernement, laquelle en répandant sa force équitable sur " tous les ditterens rangs et classes des Citoyens, défend " le pauvre du fiche, le faible du puissant, l'industriexis:

** de Tavide, le paisible du violent, les vassaux des Sei*

^' gneurs, et tous de leurs supérieurs.

" Ce sont là ces droits sans lesqu'els une nation ne peut être libre et heureuse, et c'est sous la protection et l'encouragement que procure leur influence que ces Colonies ont jusqu'à présent fleuri et augmenté si étonnément. Ce sont ces mêmes droits qu'un ministère abandonné tâche actuellement de nous ravir à main ai'mée, et que nous sommes tous d'un commun accord résolus de ne perdre qu'avec la vie. Tels sont enfin ces droits qui vous appartiennent, et que vous devriez dans ce moment exercer dans toute leur étendue. " Mais que vous offre-t-on à leur place par le dernier Acte du Parlement ? La liberté de conscience pour votre religion : non^ Dieu vous l'avait donnée, et les Puissances temporelles avec lesquelles vous étiez et «tes à présent en liaison, ont fortement stipulé que vous en eussies la pleine jouissance : si les loix divines et humaines pouvaient garantir cette liberté dea caprices despotiques des méchans, elle l'était déjà auparavant. A-t-on rétabli les loix Françaises dans les atîaires civiles ? Cela paraît ainsi, mais faites attention à la faveur circonspecte des Ministres qui prétendent devenir vos bienfaiteur ; les paroles du Statut sont, que l'on se réglera sur ces loix jusqu'à ce qu'elles aient été modifiées ou changées par quelques ordon* nances du Gouverneur et du Conseil. " " Est-ce que Ton vous assure pour vous et votre posté* rite, la certitude et la douceur de la loix criminelle d'Angleterre avec toutes ses utilités et avantages, laquelle on loue dans le dit Statut, et que l'on reconnaît que vous avez épi'ouvé très sensiblement ? Non, ces loix sont aussi sujettes aux " changements " arbitraires du Gouverneur et du Conseil, et on se réserve en outre très expressément le pouvoir d'ériger " telles Cours de judicature 'criminelle, civile et ecclésidstique que l'on jugera nécessaires. "

" C'est de ces conditions si précaires que votre vie et votre religion dépendent seulement de la volonté d'un seul. La couronne et les ministres ont le pouvoir auta&t qu'il a été possible au Parlement de le con*

** céder, d'introduire le tribunal de l'Inquisition même " au milieu de vous.

" Avez- vous une assemblée composée d'honnêtes gens " de votre propre choix sur lesquels vous puissiez vous ** reposer pour former vos loix, veiller à votre bien-être, " et ordonner de quelle manière et en quelle proportion ^' vous devez contribuer de vos biens pour les usages " publics ? non, c'est du Gouverneur et du Conseil que " doivent émaner vas loix, et ils ne sont eux-mêmes que ** les créatures du Ministre, qu'il peut déplacer selon son *' bon plaisir. En outre, un autre nouveau Statut formé ^' sans votre participation vous a assujettis à toute la " rigueur d'un impôt sur les denrées que l'on nomme ** Excise^ impôt détesté dans tous les états libres. En " vous ari'achant ainsi vos biens par la plus odieuse de " toutes les taxes, vous êtes encore exposés à voir votre ^' repos et celui de vos familles troublé par des collec- *' teurs insolens, pénétrans à chaque instant jusque dans " l'intérieur de vos maisons, qui sont nommées les For- " teresses des Citoyens Anglais dans les livres qui trai- ^' tent de leurs loix.

" Dans ce même Statut qui change votre Gouverne- " ment, et qui parait calculé pour vous flatter, vous " n'êtes point autorisés " à vous cotiser poifr lever et *' disposer d'aucun impôt ou taxe, à moins que ce ne *' soit dans des cas de peu de conséquence, tels que de " faire des grands chemins^ de bâtir ou de réparer des *' Edifices publics ou pour quelqu'autres convenances *' locales dans l'enceinte de vos villes et districts Pour- *' quoi cette distinction humiliante ? Est-ce que les biens *' que les Canadiens se sont acquis par une honnête in- " dustrie ne doivent pas être aussi sacrés que ceux des " Anglais ? L'entendement des Canadiens seroit-il si " borné qu'ils fussent hors d'état de participer à d'autres *' affaires publiques qu'à celle de rassembler des pierres ^' dans un endroit pour les entasser dans un autre ? " Peuple infortuné qui est non-seulement lezé, mais " encore outragé. Ce qu'il y a do plus fort, c'est que " suivant les avis que nous avons reçus, un ministère *' arrogant a conçu une idée si méprisante de votre juge- *' ment et de vos sentimens, qu'il a osé penser, et s'est << même persuadé que par un retour de gratitude pour ■ê

" les injures et outrages qu'il vous a récemment offert, " il vous engagerait, vous nos dignes Concitoyens, à " prendre les armes pour devenir des instrumens en ses " mains, pour l'aider à nous ravir cette liberté dont sa " perfidie vous a privée, ce qui vous rendrait ridicules et " détestables à tout l'Univers.

" Le résultat inévitable d'une telle entreprise, supposé " qu'elle réussit, seroit l'anéantissement total des espé- " rances que vous pourriez avoir, que vous ou votre " postérité fussent jamais rétablis dans votre liberté : " car à moins que d'être entièrement privé du sens " commun, il n'est pas possible de s'imaginer qu'après " que vous auriez été employés dans un service si bon- *' teux ils vous traitassent avec moins de rigueur que *' noiis qui tenons à eux par les liens du sang.

" Qu'aurait dit votre compatriote l'immortel Montes- " guieu, au sujet du plan du Gouvernement que l'on " vient de former pour vous ? Ecoutez ses paroles avec " cette attention recueillie que requiert l'importance du " sujet. /Dans un état libre, tout homme qui est sensé " avoir une âme libre, doit être gouverné par lui-même, " il faudrait que le peuple en corps eût la puissance *' législative; mais comme cela est impossible dans les " grands états, et est sujet à beaucoup d'inconvéniens " dans les petits, il faut que le peuple fasse, par ses " représentans, tout ce qu'il ne peut faire par lui-même.' " — ' La liberté politique dans un Citoyen est cette tran- '* quillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun " a de sa sûreté; et pour qu'on ait cette liberté, il faut " que le Gouvernement soit tel qu'un Citoyen ne puisse '* pas craindre un autre Citoyen. Lorsque dans la même " personne ou dans le même corps de Magistrature, la " puissance législative est réunie à la puissance exécu- " trice, il n'y a point de liberté ; parce qu'ôïi peut craindre " que le même Monarque ou le même Sénat ne fassent " des loix tyranniquea pour les exécuter tyrannique- *' ment.'

" ' La puissance de juger ne doit pas être donnée à un " Sénat permanent, mais exercée par des personnes '* tirées du corps du peuple dans certains tems de l'an- *< Bée, do la manière prescrite par la loi, poar former un

"** tiïbunal qui ne dure qu'autant que la nécessité le '*' requiert. '

" ' Les Militaires sont d'une profession qui peut-être ■" utile, mais devient eouvent dangereuse. ' * La jouis- " sance de la liberté consiste en ce qu'il soit permis à ■" chacun de déclarer sa pensée et de découvrir ses senti- *' mens, '

*' Appliquez à votre situation présente ces maximes " décisives, qui ont la sanction de l'autorité d'un nom ■" que toute l'Europe révère. On pourrait avancer que ** vous avea un Gouverneur revêtu de la puissance exécit- ^' <n'c€ ou des pouvoirs de V ad/ninist ration j c'est en lui *' et en son Conseil qu'est placée la puissance législative: '*•' vous avea; des Juges qui doivent décider dans tous les *' cas où votre vie, votre liberté, ou vos biens sont en " danger, et effectivement, il semble qu'il se trouve ici " une distribution et répo.rtition, de diverses puissances en " des mains différentes qui se repriment l'une l'autre, ce '' quieot l'unique méthode que Pesprit humain ait jamais *' imaginée pour contribuer à l'accroissement de la liberté *' et de la prospérité des hommes.

" Mais vous servant de cette sagacité si natui-elle aux ** Français, et dédaignant d'être décens ])ar le faux ^' brillant de cet extérieur, examinez la plau.sibiiité de *' ce plan, et vous trouverez (pour me servir des paroles " de la Sainte Ecriture) que ce n'est qu'un " sépulchre *' blan<;hi>,'' pour ensevelir votre liberté et vos biens avec " votre vie.

" Vos Juges et votre (soit-disant) Conseil JAgislaiif ** dépendent de votre Gouverneur, et lui-même dépend dt-s •' serviteurs de la Couronne, en Angleterre. Le moindre *' signe du Ministre fait agir ces puissances législative " cxécutri-ce et celle de juger. Vos privilèges et vos *' immunités n'existent qu'autant que dure wi feveur, et *' son courroux fait évanouir leur forme chancellante.

" La i>erfidie a été employée avec tant d'artifice dara " le Ctide des loix que l'on voi^s a récemment offert, que ^' quoique le commencement de chaque paragraphe pa- " raisse être plein de bienveillance, il se termine cepen- ■" dant d'une manière destructive ; et lorsque le tout est ** dépouillé des expressions flatteuses qui le décorent, U "■• ne cou Lient autre chose, sinon, que la Couronne et sea

" Ministres seront'aussi absolus dans toute l'étendue der " votre vaste Province, que le sont actuellement les des- " postes de l'Asie et de l'Afrique. Qui protégera vos biens " contre les Edits d'impôts et contre les rapines des supé- " rieurs durs et nécessitetix ? Qui défendra vos personnes *' de Lettres de Cachets, de Prisons, de Cachots et de '' corvées fatigantes, votre liberté et votre vie contre des " Chefs arbitraires et insensibles ? Vous ne pouvez, en " jettant les yeux de tous côtés, apercevoir une seule " circonstance qui puisse vous promettre d'aticune façon, '* le moindre espoir de liberté pour vous et votre posté- " rite, si vous n'adoptez entièrement le projet d'entrer *' en union avec nos colonies.

" Quel serait le conseil que vous donnerait Cet hotnme " si véritablement grand, cet Avocat pour la liberté et " l'humanité, que nous venons de citer, fut-il encore '' vivant et sçût-il que nous nos voisins puissans et nom- " breux, inspirés d'un juste amour pour nos droits enva- " his et unis par les liens indissolubles de l'affection etde' " l'intérêt, vous auraient invités au nom de tout ce que " vous devez à vous-même et à vos enfans (comme nous " le faisons à présent) de vous unir à nous dans une •* cause si juste, pour n'en faire qu'une entre nous, et " courir la même fortune pour nous délivrer d'une sub- '< jection humiliante sous des Gouverneurs, Intendans et "tyrans Militaires, et rentrer fermement dans le rang " et la condition de libres Citoyens Anglais, qui ont " appris de leurs ancêtres àfaire trembler ceux qui osent " seulement penser à les rendre malheureux.

" Ne serait-ce pas par un discours semblable qu'il " s'adresserait à vous ? Et dirait, saisissez l'occasion que " la Providence elle-même vous offre, votre conquête " vous a acquis la liberté si vous vous comportez comme " vous devez, cet événement est son ouvrage : vous n'êtes " qu'un très-petit nombre en comparaison de ceux qui " vous invitent à bras ouverts de vous joindre à eux ; uu "instant de réflexion doit vous convaincre qu'il convient '* mieux à vos intérêts et à votre bonheUi', de vous pro- '* curer l'amitié constante des peuples de l'Amérique '« septentrionale, que de les rendre vos implacables en- «• nemis. Les outrages que souffre la ville do Boston, ont '• alarmés et unis ensemble toutes les Colonies, depuis U,-

*' nouvelle Ecosse jusqu'à la G-eorgie, votre Province est " le seul anneau qui manque pour completter la chaîne " forte et éclatante de leur union. Votre pays est nutu- " Tellement joint au leur, joignez-vous aussi dans vos " intérêts politiques ; leur propre bien-être permettra " jamais qu'ils vous abandonnent ou qu'ils vous trahis- " sent : soyez ])ersuadés que le bonheur d'un peuple " dépend absolument de sa liberté et de son courage " pour la maintenir. La valeur et l'étendue des avan- " tages que l'on vous offre e>t immense ; daigne le Ciel " ne pas permettre que vous ne reconnaissiez ces avan- " tages pour le plus grand des biens que vous pourriez " posséder, qu'après qu'ils vous auront abandonnés à " jamais. "

" Nous connaissons trop bien la noblesse de sentiment ^ " qui distingue votre nation, pour supposer que vous " fussiez retenus de former des liaisons d'amitié avec " nous par les préjugés que la diversité de religion pour- " rait faire naître. Vous sçavez que la liberté est d'une " nature si excellente qu'elle rend, ceux qui s'attachent " à elle, supéiieurs à toutes ces petites foi blesses. Vous " avez une preuve bien convaincante de cette vérité dans " l'exemple des Cantons Suisses, lesquels quoique com- " posfs d'états Catholiques et Protestans, ne laissent pas <' cependant do vivre ensemble en paix et en bonne in- " telligence, ce qui les a mis en état d-puis qu'ils se " sont vaillamment acquis leur liberté, de braver et de " repousser tous les tj^rans qui ont osé les envahir.

" S'il se trouvait quelques uns parmi vous (comme " cela est assez fréquent dans tous les états,) qui pnfé- " reraient la ûiveur du Ministre et leurs intérêts p.irti- " culiers au bien-être de leur patiie, leurs inclinations " intéressées les porteront à s'op])oser fortement à outes " les mesures tendanees au bien public, dans l'espi rance '■' que leurs supérieurs les récompenseront amplentent " pour leur services honteux et indignes : mais nous ne "doutons ])as que vous ne serez en garde contre de " telles gens, et nous espéions que vous ne ferez ])oiiit *' un saoïitice de la liberté et du bonheur de tous les " Canadiens, ])Our gratifier l'avarice et l'ambition de -^* quelques particuliers.

-'^ Nous ne requérons pas de vous dans cette adresse

" d'en venir A des voies de fait contre le Gouvernement " de notre Souverain, nous vous engageons seulement à '' consulter votre gloire et votre bien-être, et à ne pas- " souffrir que des Ministres infâmes vous persuadent et "vous intimident jusqu'au point de diA'Cnir les instru- " mens de leur ciuîiuté et de leur despotisme. Nous " vous engageons aussi à vous unir à nous par un pacte " social, fondé sur le principe libe'ral d'une liberté (gale, " et entretenu yur une suite de bons offices réciproques^ " qui puissent le rendre ])erpetuel. A dessein d'effectuer " une union si désirable, nous vous jirions de considérer " s'il ne serait pa.s convenable que vous vous assembliez. " chacun dans vos villes et districts respectifs, pour élire " des députf s de chique endroit qui formeraient un " C'otigrès Provincial, duquel vous pourriez choisir des " Délégués pour être envoj'és,. comme les représentans " de votre Province, au Congrès général de ce continent " qui doit ouvrir ses séances à Philadelphie, le 10 de " Mai 1775.

" Pans le présent Congrès qui a commencé le 5 du " mois passe, et a continué jusqu'à ce jour, il a été résolu " unanimement et avec une satisfaction universelle, que " nous regarderions la violation de vos droits, opérée " par l'acte pour changer le Gouvernement de votre " Province, comme une violation des nôtres propres, et " que nous vous inviterions à entrer dans notre confédé- " ration, laquelle n'a d'autres objets en vue qiie la par- " faite assurance des droits civils et naturels de tous les " membres qui la composent, et la yirèservation d'une "liaison heunuse et peimaiiente avec la Grande Bre- " tagne, fondée sur le.- ju-incipes fondamentaux et salu- " tai.es que nous avons expliqués ci-devant. C'est pour " parvenir à ces lins que mus avons fait présenter au " Eoi, une Pequêle humble et lo^-ale, le supi)liant de "vouloir bien nous dtlivier de nos oppressions. Nous " avons aussi formé un accord, par lequel nous suspen- " dons l'imiKu-tation de toutes sortes de marchandises "de la Glande Bretagne et de l'Irlande, après le pre- " mier de JJi cembre prochain. Comme aussi nous nous " engageons à ne rien traisporter de chez nous dans ces^ " Eoyaumes ou aux Jsles de l'Amérique, après le dixième

" de Septembre prochain, si nous n'avons pas encore " obtenu, dans ce temps là, la réparation de nos griefs. " Que le Tout-Puissant daigne vous porter d'inclina- " tion à approuver n^s démarches justes et nécessaires, '' et à vous joindre à nous, et que lorsque l'on vous offrira " quelques injures que vous serez résolus de ne point " soutfrir, à ne pas faire dépendre votre sort du peu " d'influence que pourrait avoir votre seule Province " mais des puissances réunies de l'Amérique septen- " trionale ; et qu'il veuille accorder à nos travaux unis, " un succès au>si heureux que notre cause est juste, est " la fervente prière de nous, vos sincères et afléctionnes " Amis et Concitoyens.

" Par ordre du Congrès, " 26 Octobre 1774.

Henry Middleton, Président. "

Note C.

SOUFFRANCES ENDURÉES PAR l'aRMÉE d'aRNOLD d'après HENRY. W

" Corning fo a long, sandy beach of the Chaudière, for we sometimes had such, some of our company were observed to dart from the file, and with their nails tear out of the sand, roots, which they esteemed eatable, and ate fhem raw, even without washing. Languid and woe-begone as your father wns, it could not but croate a smile to observe the whole Une watcbing with Argus eyes ihe motions of a few raen who knew the indications in the sands of those roots. The knowing ono sprung; half a (iozen followed; he who obtained it ate the root insiantly. Through hunger urged, it was f\ir from me to contend in that way with so powerful raen as thèse were.

(1) .Tohn Joseph Henry, plus tard pr^îsident du second district judiciaire

de la P. nsylvanie, faisait partie de l'année d'Arnold. Il a pub ho sous

le titre de Compair,,, ayainsi Québec, un récit très-intéressant de 1 cxpé-

■ dition d'Arnold. Nous en tirons cet extrait qui donne une idée des

misères qu'ont souffertes les Américains daoa cette excursion.

" During this day's mardi (aboiit 10 or 11 a.m.,) my fclioe having given out again, we came to a fire, where were some of Captain Thaj^er's orTopham's men. Simpson was in front; trudging after, slipshod and tired. I sat down on the end of a long log, aguinst which the iire was built, absolutely fainting from hnnger and fatigue, my gun standing betAveen my knees. Seating mytself, that very act gave a cast to the kettle, it being placed partly against the log, in such a way as to spill two-thirds of its contents. At that moment a large man sprung to his gun, and pointing it towaids me, he threatened to shoot. It created nofear; his life was with much more certainty in my power. Death would hâve been a Avelcome vis^itor. Simpson soon made us friends. Coming to their fire, they gave me a ciip of their brotb. A table spoonful was ail that was ta.sted. It had a greenish hue, and they said it was made from the flesh of a bear. This was instantly known to be untrue, from the taste and smell. It was that of a dog. He was a large black Newfoundland dog, belonging to Xbayer, and very fat. We left thèse merry fellows, for they were actually such, mangre ail their wants, and marching quickly, towards evening encamped. "We had a good tire, but no food. To me the world had lost its charms. Grladly would death bave been received as an auspicious herald from the Divinity. My privations in every way were such as to produce a willingness to die. Without food, without clothing to keep me warm, without money, and in deep and devions wilderness, the idea occurred, and the means were in my haiids, of ending existence. The (-Jod of ail goodness inspired other and better thoughts. One principal cause of change (under the fostering hand of Providence) in my sentiments, was the jovial hihirity of my friend Simpson. At night, warming our bodies at an immense fii'e, (our compatriots joined prnmiscuously aiound) to animale the Company, he would sing "Plato," his sonorous voice gave s])irit to my heart, and the ïnorality of the song, consolation to my mind. In truth the music, though not as correct as lîandel, addcd i-trcngth and vigor to our nerves. This evcn'rg it was, that somo of our comj^anîons, whose stomachs had not received food

the last forty-eight hoiirs, adopted the notion that leather, though it had been inanufactured, might be madc palatable food, and would gratify the a]ipotite. Observing their discourse, to me iheexpcriment became a nnatter of curiosity. Tliey washed their moose-skin moccasins in the first place in the river, scraping nv>'i\y the dii-t and sand with great care. Thèse were bronght to the kettle and boiled a considérable time, under the vague, but consolatory hope that a mucilage would take place. 'J'he boiling over, the poor fellows chewed the leather, but it was leather still, not to be macerated. My teeth, though young and good, succeeded no better. Disconsolate and weary, we passed the night. "

Note D.

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