LANAUDIÈRE
M"" Vo Benoist au môme.
Monlréal, le 3 S^re 1775.
3Ion cher frcre^
J'ai reçu hier ta lettre du ÎS dernier, qui nous a fait un vrai plaisir. Je me divertis des terreurs paniques qu'on donne dans Québec. Il est probable qu'il n'y a rien à craindre pour vostre ville de la part des yenqués tant qu'ils n'auront pas Montréal et S' Jean qui est une place trop forte pour leur artillerie. Les inquiétudes de Monlréal ont été mieux fondées, mais aussy elles ont été portées à l'extrême un jeudy, 21 du dernier, sur les neuf heures du soir. On fut averty, à ce moment, que les ennemys avaient pris possession de La-Prairie et de Longueuil. Leur nombre augmentait par tous ceux qui en parlaient. L'épouvante fut encore plus grande le lendemain, quand on vit toutes les troupes faire charger leurs bagages dans des bâtiments. Les Dames, les femmes et les enfants furent aussy embarqués. Tous les citoyens déménageaient comme dans un incendie. Ceux qui n'avaient pu avoir place dans les bâtiments étaient tous prêts à lever le pied. Les Sauvages qui étaient en nombre à Lachine et qui devaient traverser pour S' Jean s'en retournèrent chacun chez eux : les Iroquois venaient de conclure un traité avec les ennemys. Nous nous voyions donc au moment d'estre abandonnés de toute part ; nous n'avions de ressource que dans la Providence qui en effet nous a sauvés du danger pressant dans lequel nous étions.
1 Blanc (lanï le Ms. Le Col. Allan ?
LINVASION AMERICAINE. 317
Nousreritàuios dans cette triste position jusqu'au 15 quand ils vinrent, les Bastonais, à nos portes comme des enragés dans le dessein, de nous piller sans miséricorde, et c'est cette promesse de pillage qui encourageait nos coquins de Canadiens à venir prendre la ville. Dans le moment qu'on apprit que les ennemys étaient en deçà de la Longue Pointe et que les habitants les avaient reçus, je me trouvais à sortir d'une grand'messe à Bonsecours. Gomme on disait que l'on voyait traverser les ennemys à pleins bateaux, en bas de l'Isle Ronde, j'avançai anprès des murs de la Ville ; je ne vis autre chose que le reste du butin de la ti-oupe, qui était sur la grève et qu'on portait en toute diligence aux bâtiments qui étaient tous ensemble vis-à-vis l'Isle Ste. Hélène. Je ne voyais faire d'autre mouvement que pour embarquer. Je t'avoue que cela m'afiligea plus que l'approche des Bastonais. Enfin une demi heure après, on battit l'alai'me, ce qui me ranima le courage, espérant, comme cela arriva, que des mesures allaient estre prises pour aller au devant de l'enneniy. Tout le monde de la Ville seulement s'assembla au Champ de Mars et tous, d'une voix unanime, demandèi-ent à sortir ; on le leur permit. Tu as vu la réussite. La main de Dieu y est visible et la protection de la Ste. Vierge.
Les choses ont bien changé de face depuis cette affaire, les habitants se rendent icy de presque toutes les Paroisses; on commence aujourd'hui à traverser pour aller establir un camp à Longueuil afin d'y assembler assez de monde pour aller ensuite donner la chasse à nos Bastonais et débarasser nos messieurs de S' Jean. Tu as sans doute appris qu'on a reçu Dimanche dernier des lettres de Messieurs de Beleslre et de Longueuil qui annoncent qu'ils sont tous bien portants et qu'ils ont tant de prisonniers et de déserteurs qu'ils ne scavent où les mettre. !Ma chère mère le fait ses compliments; elle a assez bien soutenu Ions les assauts, mais il est vrai que nous l'avons toujours bien préparée ; les jours du combat, elle n'a pas eu la moindre peur.
Messieurs les Rebelles ont fait passer ycy une Gazette de Nouvelle York, où ils ont fait insérer que le Détroit était au moment de se rendre et que M. Baby n'avait pu gagner les sauvages en nostre faveur. On no donne pas dans le panneau, étant persuadé (juo c'est une nouvel b; ruse de la part de ces imposteurs. J'apprends (juc iiostre monde ne poiiri-a lrav(>rser peut estre que dans deux
jours. Ou a fait partir liieruu bateau [lour aller ciserclier des fusils qui sout abord de Dugault qui est h S' Sulpice. Il manque toujours quelque chose qui retarde nos bons projets : ce qui souvent les a fait échouera
Ton affectionnée &œur