‹ Inventaire de Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de FranceChapitre 2 sur 88 · D A U P H [ X E DE FRANCE · texte numérisé non relu

D A U P H [ X E DE FRANCE

Carton exécute par Gravelot pour être exécuté par la ma nu facture des Gobelins pour Madame la Dauphine.

(Communiqué par M. Darcel, administrateur fies Gobelins, membre du comité des travaux historiques.)

MARIE-JOSE PHE DE SAXE

Ce fut le 4 novembre i j‘3 1 que naquit à Dresde Marie-Josèphe de Saxe, fille de Frédério- Auguste et de Marie-Josèphe, fille de l’empe-

recut dans sa famille une éducation des plus soignées1 et puisa auprès de sa mère les premiers principes d’une piété des plus solides.

i . Elle était d’une exactitude rigoureuse à ses leçons et était parvenue à expliquer à livre ouvert et avec la plus grande aisance les auteurs de la langue latine et de la langue italienne, aussi bien poètes que prosateurs. On ignorait ses connaissances si variées, car elle n’en faisait usage que dans ses réunions les plus intimes. »

La Dauphine , Marie-Josèphe (le Saxe, mère de Louis XL I, par le P. Émile Régnault, de la compagnie de Jésus. Paris,

DAUPHINE DE F II A N C E

Elevée par une mère pieuse, Marie-Josèphe

MARIE-J OSEPHE DE SAXE

Tout naturellement, elle acquit à la cour de Dresde, au milieu des merveilles de toutes sortes réunies par le soin de ses aïeux et de son père, une connaissance parfaite des beaux-arts, et toute sa vie elle ne cessa de montrer le goût héréditaire de la famille de Saxe* 1.

La future Dauphine était encore bien jeune et continuait son éducation auprès de Mme de Martinitz2, sa gouvernante, lorsque la première Dauphine de France, Marie-Thérèse d’Espagne, mourut en couches à Versailles3.

in-12, 187 1. Ouvrage fort curieux, composé principalement sur les archives encore inexplorées du château de Dampierre et de la ville de Troyes.)

1. Nous avons vu à Dresde, dans le musée des porcelaines, différentes pièces qui lui ont servi dans son intimité. M. le conseiller aulique Graesse, directeur de ce musée, a bien voulu nous les montrer et nous en donner la liste avec différents renseignements dans une lettre qu'on trouvera aux pièces justificatives à la lin de cette publication.

2. Mme de Martinitz, d’une des plus anciennes familles de Bohême, était gouvernante de Marie-Josèphe lorsqu’elle devint Dauphine et l’accompagna en France. Ce lut pour cette princesse une amie dévouée et sûre; elle lui survécut de quelques années. Dans sa correspondance, la Dauphine parle souvent de Mme de Martinitz. (Lettres des Archives de Nicolaï communiquées par M. de Boislisle.)

3. Marie-Thérèse-Antoinette-Raphaëlle, seconde li lie de Phi-

Eh ce moment la jeune princesse de Saxe, malgré la prédiction d’une religieuse et un rêve qu’elle fit dans sa première enfance, se doutait bien peu qu’elle dût devenir Dauphine de France *.

Le Dauphin était inconsolable de la mort subite de sa première femme qu’il avait profondément aimée. Plus que jamais, il s’était éloigné de toutes les distractions de la cour et s’était entièrement adonné à l’étude, sans jamais oublier un seul instant sa chère Marie-Thérèse. A plusieurs reprises, il avait même déclaré ne vouloir jamais se remarier.

Mais il importait absolument au Roi Louis XV que son fils eût un héritier pour le trône de France, et, sans s’occuper des regrets de Louis

lippe V et d’Elisabeth Farnèse, naquit à Madrid le 1 1 juin 1726. Le mariage du Dauphin avec l'Infante fut déclaré au mois d’août 1 73g. Il fut célébré à Madrid le 18 décembre 1744 et à Versailles le 28 février 1745. Elle accoucha, le 19 juillet 1746, d’une princesse qui ne vécut que deux ans; le 22 du même mois, elle-même mourut à Versailles des suites de ses couches.

1 . La princesse avait rêvé qu’étant à la pêche avec plusieurs de ses compagnes, elle était montée sur un vaisseau nommé l’Espérance , et qu’ayant lancé son filet, elle avait pris un dauphin. D après Chevignard de Chevigny.) La Dauphine Marie- Josèphe à Tropes, par Albert Babeau, Troyes, 1879.

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et de la profonde aversion qu'il avait pour tout mariage, il s’occupa de chercher en Europe une princesse dont l’union avec le Dauphin lui procurât une alliance importante pour sa politique.

On pensait déjà à la sœur de la première Dauphine et le duc de Huescar1, ambassadeur d’Espagne, soutenu par le duc de Noailles2, le personnage le plus influent de Versailles, se donnait des « mouvements infinis » et parlait fort haut à la cour. Le Roi avait pensé aussi à la sœur de Frédéric avec lequel il était allié en

1. Le duc de Huesca ou de Huescar de la maison de Silva Mendoza, Don Ferdinand de Silva de Pastrane, grand d’Espagne, lieutenant général des armées du roi d’Espagne, son grand écuyer, etc., etc., fut envoyé comme ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire à la cour de France en décembre 1746. Il fut nommé chevalier des Ordres le 25 mai 1749, retourna en Espagne le 19 octobre suivant, où il fut nommé doyen du conseil d’Etat en mai 1751 et grand maître de la maison du Roi le 18 novembre 1753.

2. Adrien-Maurice, duc de Noailles, maréchal de France, fds de Anne-Jules, maréchal de France, et de Marie-Françoise de Burnonville, né à Paris le 29 septembre 1678, président du conseil des finances sous la Régence, quitta ce poste en 1718, commanda l’armée française à la journée de Dettingen (1743). Ambassadeur en Espagne, puis ministre d’Etat, il mourut doyen des maréchaux de France à 88 ans. Ses mémoires ont été publiés par l’abbé Millot en 1777.

DAUPHINE DE FRANCE. n

ce moment ; mais cette princesse avait vingt-six ans et était protestante ; aussi tout l’avantage était-il à la cour d'Espagne.

Il restait encore une princesse, Marie-Josèphe de Saxe1 ; toutefois une union avec elle semblait difficile. Son père Frédéric- Auguste II, électeur de Saxe2, était le roi de Pologne qui avait détrôné Stanislas Leczinski, père de la reine de France. Aussi, à \ ersailles, voyait-on d’un mauvais œil toute alliance de ce côté ; mais le maréchal Maurice de Saxe3, l’oncle de Marie-Josèphe, s’était voué à la réussite de ce projet, et il savait

1. Pour les détails diplomatiques du mariage de la Dauphine, nous renvoyons nos lecteurs à l’ouvrage si remarquable et si intéressant de M. le comte Witzthum d’Eckstaedt, ancien ministre plénipotentiaire de Saxe de S. M. le roi de Saxe auprès de S. M. la reine d’Angleterre.

2. Auguste III, fils d’Auguste II, également roi de Pologne et électeur de Saxe, naquit en 1696; en 1733 il fut élu roi de Pologne, mais il ne fut reconnu qu’en 1736. Deux fois, en 1746 et en 1756, Frédéric II, roi de Prusse, lui enleva la Saxe; la paix d Hubertsbourg, en 1763, lui rendit son duché. Il mourut peu de temps après. Ce prince, d’une nature un peu indolente, résidait plus à Dresde qu’à Varsovie. Le 3 septembre 1719 il avait épousé Marie-Josèphe, fille de l’empereur Joseph Ier.

3. Maurice de Saxe, maréchal général de France, né à Dresde, en 1696, était fils d’Auguste le Fort et delà belle Au-

MARIE-JOSÈPIIE DE SAXE

mener les négociations avec autant d’habileté qu’il battait les Allemands. Puis, au milieu de toutes ces différentes intrigues « la nouvelle de la bataille de Raucoux vint appuyer les efforts de Maurice et le rendre maître de la situation, fl était difficile de rien refuser à un homme qui appuyait sa cause de si bonnes raisons* 1 ».

Désormais le mariage était décidé et il ne s’agissait plus que de remplir les diverses formalités nécessaires à sa conclusion.

Après toutes les démarches d’usage, la princesse fît son entrée à Strasbourg le 29 janvier 1 74-7 7 oh elle fut reçue par toutes les jeunes filles habillées en Allemandes ou en Polonaises.

A son arrivée à Troyes on joua devant elle une pastorale oh l’on exaltait avec trop d’exagération ses qualités et ses talents. Ayant su que ce panégyrique avait été imprimé, et crai-

rore de Kœnigsmark; mort en 1750. On voit le portrait de sa mère sur un émail en camaïeu dans la deuxième salle de la Grüne Gewelbe de Dresde.

1. Vie du Dauphin , par le prince Emmanuel de Broglie. Dans cet ouvrage des plus intéressants, M. de Broglie détruit toutes les imputations lancées contre le fds de Louis XV et lui rend la véritable figure qu’il doit avoir devant l’ histoire : celle d’un grand prince et d'un savant de mérite.

gnant qu’il 11e la rendit ridicule, elle fit racheter tous les exemplaires et ordonna de les brûler. Cette conduite dénotait déjà chez Marie - Josèphe une sûreté d’esprit fort remarquable pour une enfant de quatorze ans1.

La princesse qui allait épouser le Dauphin, sans être absolument jolie était, au dire de tous ses contemporains, fort séduisante. Voici le portrait que nous en a laissé le comte de Vaulgrenant, ambassadeur à Dresde :

« La princesse Josèphe est d’une taille proportionnée à son âge, parfaitement bien faite, le port noble, l’air doux et engageant, marchant bien et de bonne grâce; elle croît et se forme à vue d’œil; elle est blonde, elle a les yeux bleus, grands, vifs et doux en même temps, et la physionomie très spirituelle. On ne peut pas dire qu elle soit belle, mais on peut la regarder comme jolie et elle plaît généralement, elle a beaucoup d’esprit et tout du meilleur, une grande

i. Cette pastorale est conservée aux archives de Troyes dans le manuscrit de Sémillart, qui l a copiée. Il n en existe plus d’exemplaires imprimés; elle avait été éditée chez François et Bouiller. Vlbert Babeau, la Dauphine Marie-Joscphe <lc Saxe à Tropes.)

pénétration; elle a l’esprit juste et orné de sens droit, le caractère excellent, beaucoup de douceur ; elle est remplie de sentiments de piété et de religion et elle a eu la meilleure éducation qu’on puisse donner1 2. »

Les archives du marquis de Chabrillan possèdent aussi une lettre à Maurepas, donnant le portrait de la Dauphine, que nous reproduisons ici:

Monseigneur,

u J’exécute les ordres que vous m’avez fait l’honneur de me donner et j’hasarde de vous dire mon sentiment sur l’extérieur de Madame la Dauphine. Cette princesse a une physionomie qui plaît, les yeux beaux, les dents blanches, le visage un peu long, blonde cendrée, l’air spirituel et gracieux, la taille aisée ; elle ne paroît pas tout à fait si grande que Madame Adélaïde; l’habit polonois est fort avantageux à ce que je crois, mais tout le monde est persuadé qu’un vernis françois lui sera favorable....5 »

Strasbourg, i5 janvier 1^47*

Daymar.

A M. de Maurepas.

La Princesse, jusqu’alors, n’avait pas encore

1 . C’est le comte de Loos, ambassadeur de Saxe, qui fit copier cette note que d’Argenson consentit à présenter au Roi comme une pièce anonyme, qui aurait été envoyée au ministre dans une enveloppe cachetée d’un cachet inconnu.

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