JEAN-BAPTISTE- MARIE PIERRE
2° Cabinet de la Reine.
En 1749, à l'occasion de la mise en état des petits cabinets de Marie Leczinska (1) Pierre fut chargé de décorer c le petit cabinet par delà le grand et qui touche à la Salle des Gardes (3) ». Le a3 février, de Tournehem donnait en ces termes ses instructions à Coypel (3) :
c Je vous envoyé cy joint, les mesures de cinq tableaux à faire pour un cabinet de la Reine. Ce cabinet est si petit qu'il n'a pas à peinne 6 pieds de large (une fois au plus de longueur). Vous verez par le plan de ces tableaux qu'il en faut cinq, qu'il faut par la position de la pièce que ces tableaux soient très clairs. J 'au roi s jetté les yeux pour les faire faire sur M. Boucher ou sur M. Oudry, attendu que je les veux avoir en très peu de temps et très gracieux. Je crois qu'il les faut de la même main. Cependant avant de me déterminer, je veux avoir votre avis là dessus et que ceux qui s'en chargeront m'aportent promptement l'esquisse de ces tableaux pour qu'ils puissent être présentés à la Reyne. Votre avis promptement, je vous prie, atîin que je puis aller en avant. »
A défaut de Boucher et d'Oudry, Coypel choisit Pierre, à qui l'on recommanda de faire diligence (4), et qui travailla sur les indications suivantes (5) :
(1) De Nolhac, op. cit., p. 128.
(2) Luynes, Mémoires, X, p. 140.
(4) La Reine, en effet, montrait la plus grande impatience et voulait d'urgence les tableaux de son petit cabinet. Le 10 mars, de Tournehem écrivait ainsi à Coypel : « La Reine, impatiente de son petit cabinet, voudroit que deux fussent chargés de ces tableaux un pour la Veillée de village, et M. Pierre fairoit ceux des Quatre Saisons. Je n'ai point envie de faire de peinne à personne et encore moins à M. Pierre. Je vous prie de le prévenir là dessus et en conséquence de me marquer celuy que je chargerais de la Veillée. -
Mais Coypel dut intervenir en faveur de son camarade, et la totalité de la commande fut maintenue à Pierre; le lendemain, 11 mars, en effet, de Tournehem envoyait cette lettre : « Je recois, par votre exprès, votre lettre de ce matin. Ce n'est pas sans peinne, que je voulois ôter à M. Pierre le tableau des veillées. S'il fait bien, il commencera par là et encore mieux s'il peut fournir à la Reyne les tableaux demandés vers le retour de Marly, qui sera au plus tard le i3 de may. Scachez de lui quand il en aura fait au moins plusieurs. Je vous [diray quand j'auray l'honneur de vous voir ce que j'imagine qui a engagé la Reine à changer. Mais je luy dirai que M. Pierre a commencé et qu'il est déjà avancé affin d'obtenir d'elle qu'elle laisse la disposition qui avoit été faitte. »
3g6 TABLEAUX COMMANDES POUR LE ROI
« Ces quatre tableaux seront paysages et représenteront chacun une saison de l'année au naturel, hors la moisson qu'il ne faudra pas représenter pour l'été, qu'il faudra indiquer par d'autres attributs de l'été. Il faut du lointain dans ces cinq tableaux, tant des quatre saisons que celuy de la veillée, et les tenir très clairs, la pièce recevant très peu de jour, le bas de tous ces tableaux est à 4 pieds du dessus du parquet. Comme la pièce est très petite, il faut des personnages proportionnés à la pièce, a
Voici le mémoire de l'artiste (t) :
Mémoire des ouvrages faits pour le cabinet de la Reine à Versailles, par ordre de M. de Tournehem, par Pierre, peintre ordinaire du Roy, pendant l'année 1749.
Premièrement un tableau, haut de 4 pieds 6 pouces sur 2 pieds, représentant une Veillée de paysans et paysannes.
Plus quatre tableaux, de môme hauteur sur 3 pieds et quelques pouces de large, représentant les Quatre Saisons de l'année.
Tous lesdits tableaux dans le genre pastoral.
Estimés ensemble 2,5oo livres.
Le paiement est en date du 9 octobre 1751 (Exercice 174g) :
Au sieur Pierre, peintre, 900 livres pour faire, avec 1 ,600 à luy ordonnés acompte des fonds de l'exercice 1749 les 3o janvier et 23 may derniers, le parfait payement de 2,5oo livres à quoy montent les tableaux qu'il a faits pour le cabinet de la Reine à Versailles pendant l'année 1749.
Mais la Reine n'eut aucune satisfaction de ces tableaux : « La Reine — rapporte Luynes en novembre 1749 — vient de faire un petit changement dans ses cabinets de Versailles. Dans le petit cabinet qui est par delà le grand et qui touche à la salle des Gardes, elle avoit fait mettre cinq tableaux faits par un peintre nommé Pierre ; quatre représentent les Quatre Saisons et le cinquième une Veillée de village. La Reine a trouvé les figures trop fortes pour un aussi petit endroit ; elle les a faits mettre dans des cadres dorés et les a placés dans son cabinet en bas à Fontainebleau. Oudry, fameux peintre, vient d'en faire cinq autres, qui seront posés ces jours-ci ; ils représentent les Cinq Sens • (2).
Peut-être même ces tableaux furent-ils par la suite retirés de Fontainebleau, car, en 1754, Pierre agrandissait quatre d'entre eux, en même temps
(1) A. N. O" 1933 a, (a) Cf. page 3 60 supra.