VIII INVENTAIRE DES TITRES
premier seigneur de Billy-sur-Ourcq; mais il peut n'être pas sans intérêt d'indiquer ces trois faits :
Le fief de Billy-sur-Oureq n'est qu'à 8 licues au sud de Coucy-le-château.
Dès le milieu du xn' siècle (20 et 21), le seigneur de Billy porte Ie surnom de Cosset, qui a pu dériver de la forme latine du nom de Coucv, Cociacus, Coceiacus, Coceius, Cos- SIACUS ?,
À partir de 1350, les Billy portent « de vair à 2 fasces » de gueules (150), et Coucy portait « fascé de vair et de gueules de 6 pièces ».
Il peut y avoir, dans ectte proximité, ce surnom sans étymologie certaine ct cette parité d'armoirics, de quoi tenter la patience et la sagacité d'un chercheur érudit.
Quant à l'origine toscane attribuée par quelques bonnes vicilles chroniques à la Maison de Billy, Jean du Bouchet l’a justement réfutée (1218). Ne soupconnant pas la haute ancienneté de ce noble lignage de Picar-
1 1183: « Fgo Radulfus dominus de Coceiaco ». (Moreau, XC, 202.) — 1143: « Guido castellanus de Coceio », (Id., EX, 192.) — 1218: « Elisabeth ,uxor nobilisviri Robeiti de Cossiaco»: (Co77, de Picardie, CCXXX1, 14.) — 1122: « Fulco de Cocei », (Gall. christ, x, Instrun.,, 16.) = 1133: « Bernardus de Coce », et « Robertus de Cais», cadet de Coucy, sont témoins d'une donation d'Enguerrand, site de Coucy et de la Fère. (Moreau, Lv1, 50.)
die, et rencontrant, dès la fin du xu* siècle, à Florence, dans un rang distingué, une maison du même nom, tel généalogiste d'antan a facilement intervertiles rôles. Les Pigli (prononcez Pilli) ou Billi florentins ont pu venir de nos Billy, beaucoup de vicuxlignages normands et picards étant représentés en Italie dès la fin du xi° siècle, mais certainement Îles seigneurs de Billy-sur-Ourcq ne sont pas d’origine toscanc ; c'est une race très purement francaise.
Ce sont, le croirait-on?les commentateurs de la Dirina Commedia qui ont contribué, très innocemment, à accréditer la légende florentine. On ne s'attendait guère à voir le Dante en cette affaire! C’est que dans le chant AVI de son Paradis (vers 103), exaltant les vicilles gloires de sa patrie, le Poète dit:
Grande era già la colonna del vaio!
« Grande était déjà la colonne de rair! » I désignait ainsi par son blason la noble famille « Pigli », que Villani appelle « Billi», et il est au moins curieux de retrouve! dans ce blason le vair et le gueules de l'écu des Billy du Soissonnais. « Ces Pigli, dit Landino, sont les Billi d'à présent, dontics armes sont un écu de gueules à une colonne de rair. » —
1 Le P, Bald. Lombardi, La Divina Commedix di Dante 1°
oo X INVENTAIRE DES TITRES
Peut-être les Billi, établis à Gubbio, dansle duché d'Urbin, et desquels était François, Évêque de Gubbio en 1407, et Jacques, célèbre théologien en 1486 !, se rattachatent-ils aux Billi Florentins ; toutefoisleurs armoiries (So4) n'avaient aucun rapport avec celles de leurs homonymes de Florence ou de Picardie.
Quant aux Billy « sortiz de Flandres » ct venus «au royaumede Naples» (495), c'étaient des Robles, titrés barons de Billy par alliance et comtes d'Anappes, éteints vers 1731. Voici, au demeurant, comment leur était échue la baronnie de Billy-Montigny, en Artois: en 1409, Jacquemart Couppelot l'avait achetée à Jean de Lannoy ; en 1454, Gérard, sonfils, la vendit à Jean de Saint-Quentin, dont l’arrière-petite-fille, Jeanne de Saint-Quentin, baronne de Billy, épousa Gaspard de Robles ?.
Il faut donc reléguer dans le domaine de la légende tout ce passage d’une ancienne généalogie manuscrite
«I y a unchistoire véritable, en cette famille de Billy, qui a cesté escrite autrefois et qui
Alighieri. Rome, 1815-16, t HT, p. 260. — Cf. L. Ratisbonne, Le Paradis du Dante trad. en vers français, 180), t, IT, p.252 Notes du chant XVI.
1 Mazzucchelli, Seriét, ifal., 1760, 1T, 225.
t Dancoisne, p. 302. — Cf, Rymer, xvi, 55, et Rictstap, au nom de Robles,
3 Archives de M. de Billy.
depuis plus de 300 ans a esté constamment cruc et tenuc par tradition : Qu'un gentilhomme de ce nom ct armes, ayant fait divers exploits généreux en présence et pour le service d’un roy de France, il le prit en telle aflection qu'il lui donna grande part de sa bienveillance, l'honorant de sa confiance, de quoy quelques courtisans et grands du rovaume ayant Jalousie, l’un d'eux offensa dans le cabinet de S. M. le dit de Billy, qui, ne pouvant soulfrir l'injure ni attendre à la faire réparer et en demander raison en quelque autre temps ct lieu, la colère le porta d'oublier le respect qu'il y devoit rendre et donna un soufflet à celuy qui l'avoit outragé de mespris, ce qui blessa le roy à tel point que pour éviter sa fureur et Île chastiement dontille vouloit punir, il fut contrainct de s'évader, ct après setransporta en Italie pour se mettre en scurcté, où estant il se présenta des discors et guerres, tant dans le royaume de Naples qu'autres lieux dependants de la Maison d'Autriche, que le ditde Billy fut employé en diverses rencontres, esquelles ayant signalé sa valeur et fait épreuve de son courage, de sa vertu et sage conduicte, il fut envoré cn Bourgogne et dans les provinces de Flandres, où ses descendans ont cu divers commandements, charges et gouvernements,