‹ Inventaire descriptif et raisonne des principaux objets d'artChapitre 3 sur 30 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

Les œuvres anciennes de statuaire sont, en Forez, plus remarquables par la valeur esthétique ou archéologique que par le nombre. Etant donné d'ailleurs les difficultés de transport, on s'explique qu'il n'ait été rassemblé que 51 statues, bustes, médaillons, hauts ou bas-reliefs et statuettes en pierre, en marbre, bois, bronze, cire, ivoire ou terre cuite.

Œuvres de Guillaume Bonnet. — Nous ne parlerons que pour mémoire d'une vitrine réservée à notre sculpteur Guillaume Bonnet. Elle renfermait quatre médaillons et douze médailles ou camées, groupés autour d'un bas-relief en terre de Saint-Pothin présentant l'image de la Vierge aux fidèles de l'église de Lyon, esquisse modelée par le maître h sa sortie de l'Ecole lyonnaise du palais Saint-Pierre. — Pour donner le tableau complot de l'œuvre de notre compatriote, il eut fallu risquer le transport dangereux des nombreux moulages qui nous étaient ofTerts par leurs heureux possesseurs et de ceux qu'on eut pu faire exécuter sur place à Paris, à Lyon et à Montbrison. Il y aura là toute une patriotique et remarquable exhibition à préparer pour le

jour où, sur la place publique de Saint-Germain-Laval, sa patrie, sera installé le buste de notre grand artiste.

Figurines de Tanagra (pl. 1). — Deux figurines grecques, rendues par les tombes de Tanagra et faisant partie de la riche collection Gariod, ouvrent la suite chronologique des sculptures exposées. Rien de plus élégant, de plus coquet d'allure et d'ajustement que cette jolie promeneuse dont la tunique talaire, à petits plis verticaux, est en partie cachée sous un himation très court, à la fois peplum et voile encadrant le visage. Sur le sommet de la tête est posé le pétase, chapeau plat surmonté d'une pointe comme celui des Bressanes. L'autre statuette d'un jeune baigneur tenant à la main un strigiie et une fiole à parfums est moins gracieuse, mais beaucoup plus rare. Toutes deux sont posées sur une plinthe carrée très basse et sont munies dans le dos d'un trou d'évent rectangulaire. Les traces de peinture sont à peine visibles.

Nous avons là deux spécimens précieux de cette céramique de la Béotie du iv® siècle avant J.-C., qui, mieux que tous les marbres, nous fait pénétrer dans la vie intime des contemporains d'Alexandre, époque incomparable « où le sentiment artistique, comme l'a dit M. Rayet, était « cultivé jusqu'au raffinement, où l'habileté des plus humbles ouvriers était stimulée par la vue « de merveilleux chefs-d'œuvre. »

Vierge romane (pl. 2). — A la dernière période romane appartient une Vierge de procession de la collection de Quirielle. Elle est assise, sculptée en bois, marouflée et peinte, et provient des montagnes qui séparent le Roannais de l'Auvergne. C'est un des derniers produits de ce hiératisme byzantin qu'allait galvaniser le souffle franco-grec de notre école clunisienne. Les plis des draperies sont parallèles et réguliers comme des hachures et les yeux s'ouvrent grands et fixes sur un visage osseux et sévère. L'Enfant, dont le torse n'existe plus, se présentait de face, assis sur les genoux de sa Mère.

Vierge en ivoire du XIV^ siècle (pl. 3). — La petite Vierge en ivoire du quartier de Passe- Vite au Donjon, confins du Bourbonnais et du Forez, est très probablement une épave du trésor de l'abbaye de Marcigny, pillé par les huguenots de Poncenat, en 1562. Cette statuette de 12 centimètres de hauteur, remarquable par ses proportions correctes et le travail de refouillement des draperies, serait plutôt, comme le disait un de nos érudits collègues, M. R. de Quirielle, une œuvre d'orfèvre que d'imagier. Encore assise, mais non plus immobile et raide, sans avoir encore cependant les gracieuses inflexions de la dernière période gothique, elle appartient à la renaissance artistique de l'époque de Charles V et montre la distance franchie par la statuaire du xii® à la fin du xiv^ siècle.

La Vierge de Saint-Rigaud et la Sainte-Catherine de Saint- André (pl. 3). —

Mais c'est de la comparaison de deux importantes statues en pierre, la Vierge Mère de l'abbaye de SaintRigaud, près de Charlieu, et la Sainte-Catherine de Saint-André-d'Apchon que se dégage la plus saisissante et instructive leçon. — La Vierge, grande et mince, est un type de distinction et de grâce pudique. Ses formes élancées et maigres, ses mains fines et allongées, le jet hardi et naturel des draperies composent un ensemble d'une rare élégance s'alliant à un grand caractère religieux. L'œuvre est datée par le pilier gothique du xv® siècle auquel est adossée la statue. — Quant à la Sainte-Catherine, c'est une fort belle dame, aux formes très correctes, mais épaisses et sensuelles. Elle est drapée d'une façon prétentieuse et, malgi^é son beau regard inspiré, malgré la palme qu'elle tenait sans doute de la main droite, ce n'est qu'une très mondaine personne, produit du paganisme de la Renaissance ; ce ne sera jamais une sainte. — Ces deux statues ofi'rent donc le très vivant tableau de la transformation subie par l'esthétique religieuse en moins d'un demi-siècle.

La statue de sainte Catherine appartenait au beau portail de l'église de Saint-André-d'Apchon, admiré par Mérimée et malheureusement détruit, il y a peu d'années, lors des travaux d'agrandissement du collatéral sud de l'église.

Rétable italien. XV^ siècle (pl. 4 et 5). — A l'école italienne du xv« siècle appartient le splendide rétable en os sculpté, donné par le dernier abbé de Cluny à la famille Gillier de Saint- Chainond, qui a bien voulu nous confier cette pièce absoluuiont bors ligne.

Sur deux plintbes superposées et en retraite, décorées, l'une de certosine, l'autre d'une guirlande feuillue en relief, se dressent trois vastes panneaux terminés en frontons aigus avec crocbets sur les rampants. Cbacun d'eux possède un cadre dont les larges biseaux sont cbargés d'anges adorateurs étagés debout et les ailes dressées. Dans chaque panneau treize bas-reliefs représentent des scènes de la vie du Christ et de celle de saint Jean-Baptiste. L'album contient une vue d'ensemble du monument, plus une reproduction du compartiment central a une échelle qui en permet la facile lecture.

Impossible d'entrer ici dans une description détaillée. C'est d'ailleurs par le style et la correction que se recommande cette belle pièce. Elle n'offre aucune trace de l'influence de l'art antique, pas de raccourcis, pas de drame, point d'audaces de dessin, mais partout l'ordre équilibré dans la composition, le calme et la majesté des fresques florentines de la première moitié du xv^ siècle. C'est de l'art de l'époque Iteureusej qui s'inspire à la fois de la grâce sculpturale de Fra Angelico, le poète du rêve divin, et des types plus réels, plus énergiques de la chapelle des Brancacci. La place de ce rétable serait à Montbrison, dans notre cathédrale forézienne de Notre-Dame-d'Espérance, sinon au musée du Louvre, dans les salles aménagées par M. Courajod. C'est l'opinion qu'ont émise tous les visiteurs compétents.

L'Amour endormi. Marbre. XVIII'' siècle (pl. G). — Sur une même planche, à côté d'un des médaillons décoratifs du château de Saini-André, est reproduit un marbre du xviii® siècle, l'Amour endormi. Cette statue couchée est remarquable d'exécution. Sa morbidesse et son modelé à la fois souple et savant font penser à Versailles et aux frères Coustou.

Buste de pape, reliquaire du XVII*" siècle (pl. 7). — Portrait en cire colorée. XVII" siècle, (pl. 8). — Deux autres sculptures doivent à l'intérêt forézien qu'elles présentent l'honneur (le figurer dans notre recueil de planches.

L'une est le buste reliquaire d'un pape, sculpté en bois et argenté, appartenant à l'église de l'Hôpifal-sous-Rochefort : c'est un travail d'atelier, cli pratica, comme disent les Italiens, où l'habileté l'emporte sur le style, mais très supérieur pourtant à la plupart des nombreux bustes reliquaires qu'on trouve dans nos églises. Sa parenté artistique avec nos rétables de la première moitié du xvii® siècle est indiscutable, et l'on peut y voir, sans crainte d'erreur, l'œuvre d'un de nos imagiers foréziens de ce siècle, de celui peut-être qui sculpta l'excellent autel de Saint-Laurent-su r-Rochefort, paroisse voisine de l'Hôpital. Ce buste porte des deux côtés de sa base les armes de Paul de Chaponay, prieur de l'Hôpital, vers 1670.

L'autre est un profil en cire peinte, très finement modelé, d'un assez haut relief et appliqué sur fond noir. Il représente, en costume du temps de Louis XIII, Pierre de Berchoux, ancêtre du poète et notaire à Amplepuis au commencement du xvii® siècle. On sait que beaucoup de maîtres italiens de la Renaissance, Cellini en tête, faisaient en cire les modèles de leurs sceaux et de leurs médailles. Vasari rappoiic que Pastorino de Sienne avait trouvé un stuc durable. « pour faire des portraits qui étaient colorés au naturel, avec les teintes de la barbe, des cheveux et les couleurs de la chair, au point qu'ils paraissaient vivants. » Nos médailleurs lyonnais pratiquaient tous ce modelage à la cire et c'est au talent de l'un d'eux que Pierre de Berchoux aura fait appel pour l'exécution de son poi'trait.

Les limites imposées aux éditeurs de l'album n'ont pu malheureusement permettre la publication d'autres très excellents morceaux de sculpture, tels que la Vierge gothique flamande du château de Ressins, un portement de croix à sept personnages de même style et de même âge que les groupes du rétable d'Ambierle, un médaillon en raajolique d'Andréa délia Robbia, une grande Vierge de la Renaissance en cuivre repoussé et doré, plusieurs figurines en ivoire de Philibert Meugniot, de Dieppe, sœurs de celles qui sont au Louvre, et quelques précieuses statuettes en

bois de la fin du xv® siècle. A signaler parmi ces dernières une Vierge en bois de châtaigner, haute de 40 centimètres, qui provient du bourg, autrefois forézien, de Montaiguet. Très distinguée d'allure, elle a conservé sa peinture agatisée à peu près intacte et offre la rare particularité de deux poinçons (peut-être deux signatures) placés l'un sur le bas du manteau, l'autre sur le socle.

Ce dernier est peu lisible; l'autre se rapproche comme forme d'un M dont la barre de jonction n'offrirait qu'une très faible dépression.

Cette précieuse pièce fait partie de la collection archéologique de M. R. de Quirielle.

Page 1