‹ Inventaire sommaire des documents relatifs a l'histoire de Suisse (volume 2)Chapitre 1 sur 161 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ce volume — le deuxième de V Inventaire sommaire — embrasse la période de trente-huit années, comprise entre la mort de Henri IV et la conclusion des traités de Westphalie.

Nous ne reviendrons pas sur l'économie générale de cette publication et nous renvoyons le lecteur à l'avertissement qui précède la première partie de ce travail, parue en 1882.

Les sources, en effet, demeurent les mêmes, à ceci près cependant que leur importance respective se modifie peu à peu et que ce n'est plus de la Bibliothèque Nationale, mais des Archives des Affaires Étrangères et de la Guerre qu'il faut attendre désormais la principale contribution à la correspondance échangée entre les ambassadeurs de France en Suisse et leur gouvernement.

En ce qui concerne la méthode de récolement, on a jugé qu'il n'y avait pas lieu de se départir de celle qui fut suivie il y a trois ans. Toutes les fois donc qu'une similitude de noms ou de dates a pu faire supposer que des erreurs s'étaient glissées dans le classement des pièces, toutes les fois, en un mot, que Tétat-civil du document a paru faussé, des recherches ont été entreprises et souvent avec succès.

C'est ainsi que, d'une part, des lettres émanées d'ambassadeurs aux ligues ont été retrouvées, contre toute attente, dans des manuscrits relatifs à l'histoire de la Turquie, et que, de l'autre, on a réussi à combler certaines lacunes dans la correspondance de la Cour avec ses agents en Suisse en utilisant les dépêches adressées par ces derniers à leurs collègues des autres ambassades ou les réponses de ceux-ci.

Ce ne sont pas là, toutefois, les vraies causes de la très grande disproportion qui existe, quant à l'étendue de la période embrassée.

entre ce volume et celui qui Ta précédé. Aussi bien les documents apparaissent plus fréquents au fur et à mesure que Ton avance dans le XVIP siècle. Très irrégulière encore sous François I®*" et Henri II, la correspondance diplomatique échangée entre Paris, Soleure et Coire est déjà pour le moins hebdomadaire sous les règnes de Henri IV et Louis XIII. Les grandes archives, d'ailleurs, sont à la veille de se constituer. D'intelligentes mesures vont enlever aux familles des ministres décédés la disposition et partant le trafic possible des papiers d'État qui jusqu'alors faisaient partie de leur succession. Que si l'on songe enfin aux améliorations apportées depuis deux siècles à la conservation des manuscrits ; au très réel amoindrissement des chances de destruction — par incendies ou autres sinistres — qui en résulte, on comprendra que les lacunes à signaler dans ce deuxième volume ne soient pas, en somme, plus considérables.

En rev^anche, un danger subsiste auquel tous les règlements en vigueur dans les grandes collections publiques ne sauraient de longtemps remédier. Nous voulons parler des vols d! autographes qui, pour ne point dater d'hier, ne se sont pas moins multipliés pendant ces dernières années dans une inquiétante proportion.

Jadis au moins, le produit de ces indélicatesses profitait avant tout à certains portefeuilles connus. Les pièces soustraites n'étaient pas irrémédiablement perdues, puisque, par achats, dons ou ordres royaux, plusieurs de ces collections devaient dès lors faire retour aux diverses Archives de Paris. Mais en ce temps-ci, où l'on trafique de tout, où les objets les moins négociables se Aboient attribuer une valeur marchande, il était difficile que les sources auxquelles puise l'histoire ne subissent pas la loi commune.

Pour exploiter ce genre d'affaires, des maisons ont été fondées un peu partout : à Londres, à Paris, à Leipzig, à Prague. D'aucunes, il faut le reconnaître, sont réputées fort honorables et justifient pleinement la confiance des collectionneurs qui leur ont remis la garde de leurs archives; d'autres sont moins avantageusement connues. Celles-là se font un devoir de prévenir les intéressés dès qu'elles conçoivent

un soupçon sur Torigine du document qui leur est soumis. Celles-ci mènent grand bruit autour de restitutions dictées par l'intérêt bien entendu de leur industrie et ne se font pas faute d'écouler sous le manteau des pièces que Tabsence seule de tout scrupule empêche de rendre à leurs légitimes propriétaires.

Il existe donc, au vu et au su de tout le monde, un marché de pièces volées. Circonstance aggravante, ce marché est international. Il s'alimente «beaucoup dans les collections particulières — ce qui est son droit — et un peu dans les bibliothèques publiques — ce qui ne Test pas.

Laissons de côté les vols commis sur une vaste échelle, ceux qui portent sur des manuscrits entiers — M. Léopold Delisle en a fait la très attachante histoire dans. son lumineux rapport sur les déprédations de Libri — et occupons-nous uniquement des vols de pièces détachées, analogues à ceux que signale M. Flammermont dans son intéressante étude sur les Vols â! autographes aux Archives de la Marine.

Le procédé, fort simple si la pièce est conservée dans un carton, n'apparaît pas beaucoup plus compliqué s'il s'agit d'un manuscrit relié, et il ne reste le plus souvent à l'administration lésée que la satisfaction, fort platonique d'ailleurs, de constater après coup les circonstances dans lesquelles s'est produit le délit, soit que le voleur, profitant d'une absence momentanée de surveillance, ait arraché violemment le document, soit qu'il ait fait appel au travail plus lent mais plus sûr d'un canif pour obtenir ses fins.

Si la pièce dérobée ne trahit sa provenance par aucun signe extérieur, ou s'il suffit de la rogner ou de lui faire subir une préparation chimique pour faire disparaître son cachet d'origine, elle est jetée sans retard dans la circulation. Au cas contraire, ou si sa disparition n'a pas passé inaperçue, elle entre dans une période de repos et n'apparaîtra sur le marché qu'en temps et lieu opportun.

C'est le moment où l'on procède à la toilette du document. Coté, étiqueté, celui-ci reçoit bientôt les honneurs d'un catalogue spécial. S'agit-il d'une lettre, elle est toujours fort belle, les sentiments qui y

sont exprimés sont toujours remarquables^ son importance est rarement de second ordre. Le nom du signataire, enfin, placé en vedette, est accompagné d'une courte notice biographique, à laquelle les rédacteurs les plus consciencieux et les plus honnêtes ne parviennent pas toujours à donner un tour original.

A partir de ce moment on peut dire, neuf fois sur dix, que la pièce est définitivement perdue pour les Archives auxquelles elle a été soustraite. Libre à ces dernières, il est vrai, de la racheter et de subir les conditions draconiennes d'un détenteur contre lequel elles ont d'autant moins de recours que l'objet du litige a passé par plus de mains.

Tel est l'état de choses que nous avions à cœur de signaler et que nous livrons à la réprobation de toutes les personnes intéressées à la conservation de nos grandes Archives.

Mais, demandera-t-on, existerait-il un moyen de répression à regard de ce scandaleux trafic?

Oui, certes! Et tout d'abord c'est aux Archives qu'il incombe de se défendre dans la limite de leurs règlements. A elles donc de favoriser la création de vastes salles de communications, la surveillance — souvent inconsciente — exercée par chaque travailleur sur son voisin y étant plus effective que celle de tous les bibliothécaires réunis ; à elles aussi de veiller à ce qu'aucun manuscrit ne soit livré au public, s'il n'a été au préalable paginé et revêtu sur chacun de ses folios d'un timbre humide, et cela en un endroit assez central pom' qu'il ne puisse en être enlevé sans que cet acte de vandalisme devienne aussitôt patent.

Mais en dehors de ces mesures préventives d'ordre intérieur, il en existe d'autres, plus radicales, et ces mesures consisteraient, selon nous, dans la conclusion d'une convention entre les États intéressés. Pour être absolument efficace, celle-ci aurait à réclamer de plus l'accession des États-Unis d'Amérique, où le commerce des autographes d'outre-mer a pris depuis peu une certaine extension.

Le but de cette convention serait le suivant :

Assurer aux documents historiques en général et aux autographes

vn

en particulier une protection au moins égale à celle dont jouissent certains objets d'art;

Autoriser leur saisie provisoire jusqu'à fin d'enquête et ordonner leur restitution aussitôt la preuve faite de leur provenance illicite;

Décider en principe que toute pièce adressée au gouvernement d'un Etat, à un souverain, ses ministres ou autres fonctionnaires n'a sa place marquée dans une collection particulière qu'autant que cette pièce n'a jamais fait partie d'une Archive publique ;

Imposer en conséquence au détenteur bona fide de pièces dérobées antérieurement à la convention la restitution de ces pièces, contre le remboursement des frais d'achat;

Soumettre toute vente de pièces manuscrites au contrôle d'archivistes-paléographes délégués par l'Etat et ne faisant pas eux-mêmes le commerce des autographes. Nous insistons tout particulièrement sur cette mesure qui refroidirait le zèle de certains acheteurs quand même et compromettrait la valeur marchande des pièces dont la provenance licite ne serait pas duement établie.

Enfin, comme par suite d'une interprétation que l'on peut qualifier de fâcheuse, le vol d'autographes n'est pas toujours assimilé à un délit ordinaire, nous ne verrions, pour notre part, aucun inconvénient à ce qu'il fût fait de lui une mention spéciale lors du renouvellement des traités d'extradition.

Tel est, en somme, le vœu que nous croyons devoir exprimer ici, vœu fort réalisable, on le voit, et qui se réalisera au moins en partie — nous en avons l'intime conviction — quand bien même le succès ne couronnerait pas dans un avenir prochain les persévérants eff^orts de M. Léopold Delisle et ses justes revendications à l'égard de la succession de lord Ashburnham. Cette question et d'autres encore en suspens pourraient être réservées.

Paris y Septembre 1885.

ROTT.

sont exprimés sont toujours remarquables, son importance est rarement de second ordre. Le nom du signataire, enfin, placé en vedette, est accompagné d'une courte notice biographique, à laquelle les rédacteurs les plus consciencieux et les plus honnêtes ne parviennent pas toujours à donner un tour original.

A partir de ce moment on peut dire, neuf fois sur dix, que la pièce est définitivement perdue pour les Archives auxquelles elle a été soustraite. Libre à ces dernières, il est vrai, de la racheter et de subir les conditions draconiennes d'un détenteur contre lequel elles ont d'autant moins de recours que l'objet du litige a passé par plus de mains.

Tel est l'état de choses que nous avions à cœur de signaler et que nous livrons à la réprobation de toutes les personnes intéressées à la conservation de nos grandes Archives.

Mais, demandera-t-on, existerait-il un moyen de répression à l'égard de ce scandaleux trafic?

Oui, certes! Et tout d'abord c'est aux Archives qu'il incombe de se défendre dans la limite de leurs règlements. A elles donc de favoriser la création de vastes salles de comviunications, la surveillance — souvent inconsciente — exercée par chaque travailleur sur son voisin y étant plus effective que celle de tous les bibliothécaires réunis ; à elles aussi de veiller à ce qu'aucun manuscrit ne soit livré au public, s'il n'a été au préalable paginé et revêtu sur chacun de ses folios d'un timbre humide, et cela en un endroit assez central pour qu'il ne puisse en être enlevé sans que cet acte de vandalisme devienne aussitôt patent.

Mais en dehors de ces mesures préventives d'ordre intérieur, il en existe d'autres, plus radicales, et ces mesures consisteraient, selon nous, dans la conclusion d'une convention entre les États intéressés. Pour être absolument efficace, celle-ci aurait à réclamer de plus l'accession des États-Unis d'Amérique, où le commerce des autographes d'outre-mer a pris depuis peu une certaine extension.

Le but de cette convention serait le suivant :

Assurer aux documents historiques en général et aux autographes

en particulier une protection au moins égale à celle dont jouissent certains objets d'art;

Autoriser leur saisie provisoire jusqu'à fin d'enquête et ordonner leur restitution aussitôt la preuve faite de leur provenance illicite ;

Décider en principe que toute pièce adressée au gouvernement -d'un État, à un souverain, ses ministres ou autres fonctionnaires n'a sa place marquée dans une collection particulière qu'autant que cette pièce n'a jamais fait partie d'une Archive publique ;

Imposer en conséquence au détenteur bona fide de pièces dérobées antérieurement à la convention la restitution de ces pièces, contre le remboursement des frais d'achat;

Soumettre toute vente de pièces manuscrites au contrôle d'archivistes-paléographes délégués par l'État et ne faisant pas eux-mêmes le commerce des autographes. Nous insistons tout particulièrement sur cette mesure qui refroidirait le zèle de certains acheteurs quand même et compromettrait la valeur marchande des pièces dont la provenance licite ne serait pas duement établie.

Enfin, comme par suite d'une interprétation que l'on peut qualifier de fâcheuse, le vol d'autographes n'est pas toujours assimilé à un délit ordinaire, nous ne verrions, pour notre part, aucun inconvénient à ce qu'il fût fait de lui une mention spéciale lors du renouvellement des traités d'extradition.

Tel est, en somme, le vœu que nous croyons devoir exprimer ici, vœu fort réalisable, on le voit, et qui se réalisera au moins en partie — nous en avons l'intime conviction — quand bien même le succès ne couronnerait pas dans un avenir prochain les persévérants efforts de M. Léopold Delisle et ses justes revendications à l'égard de la succession de lord Ashburnham. Cette question et d'autres encore en suspens pourraient être réservées.

Paris, Septembre 1885.

ROTT.

Abréviations.

Avertissement.

B. N. = Bibliothèque Nationale;

f. fr. =: fonds français;

A. N. = Archives Nationales;

A. E. = Affaires Étrangères;

[ ] indique une restitution, soit de date, soit de suscription.

L'ordre suivi pour le classement continue à être, sauf indication contraire. Tordre chronologique.

Les pièces relatives à chaque ambassade avaient été primitivement groupées sous êept rubriques. Ce nombre a été réduit à quatre pour le présent volume: L Mémoires en général. Toutes dépêches reçues par l'ambassadeur. IL Dépêches de l'ambassadeur en Cour ou à ses collègues. m. Dépêches aux cantons et aux particuliers des Ligues. Propositions aux

diètes.

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