Alveola I eburnea, in quathus continetur
Les inventaires du xc siècle sont tellement rares que jusqu'ici on n'en a signalé que six, qui sont ceux de la cathédrale de Glermont (2), de la basilique de La-
(1) Frisi, t. III, p. 72.
(2) Revue archéologique, t. X, 1853, p. 160 et suivantes, art. de M. Douet d'Arcq.
Iran (I), de l)églisc Saint- Valentin , à Rome (2), de l'abbaye Saint-Père, à Chartres (3), et de la chapelle royale, à Monza. De cette façon il est possible de donner une suili1 aux inventaires du Liber Ponlificalis, qui partent du rvc siècle, mais s'arrêtent au ixQ inclusivement.
Les deux inventaires de Monza sont des plus précieux , quoique très-courts, car ils énumèrent les principaux objets de la chapelle de Bérenger Ier, qu'ils aient été offerts par lui ou qu'ils provinssent de la succession de Théodclinde, comme les deux couronnes d'or inscrites au n° 15.
Faisons d'abord, en quelques lignes , connaître le souverain.
Le règne de Bérenger commença l'an 888 (Frisi , t. III, p. 67). Muratori fixe sa mort au mois de mars de l'an 924, tandis que le Nécrologc de Monza la rapporte au 7 avril de la même année : « YII idus apr. O(biit) Berengarius imperator anno ab Inc. d.cccc.xxiiii. » (Frisi, t. III, p. Ho.)
Frisi a fait graver son sceau d'après un diplôme de l'an 920. Il est de forme circulaire et représente l'empereur en buste, le front orné d'un bandeau, la chlamyde agrafée sur l'épaule droite et tenant une lance dans la main gauche. On lit autour : berengarivs imp (eralor) agvs(Zus). (Frisi, t. II, p. 19.)
Le même historien n'hésite pas à attribuer à ce monarque la donation généreuse de tous les objets portés
(1) Rohault de Flcury, le Latran au moyen âge, p. 93.
(2) Crescimbeni, Storia di S. Maria in Cosmedin. — Dom Guéranger, Institut. lilurg., t. III, p. 'il 7-5 18.
(3) Annales archéol, t. VII, p. 88.
dans les deux inventaires, dont il donne le texte (1). Il n'y a à cela aucune difficulté sérieuse, car la basilique royale et la chapelle du souverain ne faisaient qu'un seul et même édifice. Toutefois, s'il est vraisemblable qu'on lui doit le Sacramentaire à couverture d'ivoire, il n'est pas absolument certain que les trois diptyques actuellement conservés dans le trésor puissent lui être sûrement imputés.
Le début précise nettement la raison d'être de l'inventaire, fait en vue d'une remise ou consignation.
Le mot capella se prend dans quatre acceptions diverses, signifiant à la fois un oratoire, l'ensemble de tout ce qui est nécessaire au culte liturgique, les ornements sacrés, et enfin, plus particulièrement, les vases ou ustensiles nécessaires à la célébration des saints mystères. C'est exclusivement dans le second sens que s'exprime l'inventaire, qui, en cela, suit la tradition consignée par Eginhard dans sa Vie de Charlemagne : « Capella, id est, ecclesiasticum ministerium, tam id quod ipse fecit atque congregavit, quam quod ad eum ex paterna hœreditate pervenit, ut integrum esset, neque ulla divisione scinderetur , ordinavit. Si qua autem invenirentur aut vasa, aut libri, aut alia ornamenta, quse liquido constaret eidem capellœ ab eo collata non fuisse, hsec qui habere vellet, dato justœ sestimationis pretio, emeret et haberet. »
Nous n'avons pas ici toute la chapelle du roi, mais
(1) Ces inventaires ont été également publiés dans ]e tome XITI, col. 570-71 , de l'ouvrage intitulé : Historiœ patfiœ monumenta. Codex diplomaticus Langobardiœ, avec cet en-tête : Inventarium donorum régis Berengarii basilicœ Modoetiensi S. Johannis factorum.
seulement une partie, comme l'expliquent les premiers mots de l'inventaire, ecclesiastice rei de capella. Les objets enregistrés, au nombre de vingt-huit, peuvent se répartir en quatre catégories : l'orfévrcrie-joaillerie, l'ivoirerie, les reliquaires et les tissus.
N° \. Capsa est une expression très- vague (1), et la définition de Papias n'en apprend pas plus long à son sujet que si l'on disait simplement : C'est un contenant quelconque, « capsa dicta quod capiat in se atque servet aliquid.» Jean de Garlande, dans ses Synonymes, en fait l'équivalent de coffret, thèque, ciste et écrin, ce qu'il exprimait, suivant l'usage du temps, en deux vers mnémotechniques :
« Die arcas, thecas, cistas, vol sciïnia, capsas Capsula, capsella, de capsa diminuuntur. »
Ordinairement, la capse ou châsse contient des reliques; mais telle n'est pas ici son adaptation, ainsi qu'on peut le conclure des articles 9, 10 et 11, qui présentent une mention spéciale pour les reliquaires. 11 n'y aurait donc pas lieu de songer au riche coffret de saint Jean-Baptiste, et il serait plus rationnel de croire que cette capse d'or fut une boîte dans laquelle s'enfermait lï'vangéliaire. A l'appui de cette opinion, déjà énoncée
(I) Le mot capsa indiquait si peu par lui-même une forme déterminée, qu'en \ 470 on l'appliquait à un bras d'orfèvrerie destiné à contenir un os du bras de saint Juste, martyr, à Chateau-Gontier (Mayenne) : « Ibi sunt particulla? brachii beati .lusti... repositive in presenti capsa. » (Robert Charles, Notice archéologique sur les monuments de Chdteau- Gontier, p. 32.)
plus haut à propos de saint Grégoire, qu'il me suffise de citer les deux chroniques d'Adon de Vienne et d*Hariulfe de Saint-Riquier : « Viginti capsas evangeliorum ex auro purissimo, gemmario opère cœlatas. » — « Evangelium auro scriptum unum, cura capsa argentea, gemmis etlapidihus fabricata. Aliae capsœ evangeliorum duse, ex auro et argento paratse (1). »
Nos 2, 3, 5, 6. Les six croix ne peuvent être toutes des croix de suspension, puisqu'il n'y a que deux couronnes d'or. Deux sont en cristal monté en or, deux en or ou en or gemmé, une en or rehaussé de sept cabochons de cristal, et enfin la dernière simplement en argent doré. Peut-être pourrait-on voir aussi dans quelques-unes des croix de procession.
Frisi se presse trop d'assimiler l'article 4 à la croix de Bérenger, que ses grandes dimensions et sa longue pendeloque empêchent d'être une croix pectorale : de plus, il n'est pas très-affirmatif sur son usage, car il s'en rapporte sur ce point au bruit public qui veut qu'elle ait servi au couronnement du roi d'Italie : « Corre opinione che fosse costume di appendersi al collo dei rè d'Italia nel tempo, che celebravasiinMonza la loro coronazione (2). » Il se trompe aussi quand il
(1) La capsa à reliques, dit le pape Léon IV au ixc siècle, se place sur l'autel : « Super altare nihil ponatur nisi capsa cum reliquiis sanctorum. » (De cura pastorali.) Pour le xe siècle, on peut consulter l'ouvrage de W. Steuerwaldt, Die mittelalterlichen Kunstschaetze der Schlosskirche zu Quedlinburg, pi. 32-34, où sont figurées les cassettes données par les deux empereurs Henri Ier et Othon Ier; cette dernière est décrite dans la Revue de l'art chrétien, t. XXVIII, p. 325, note 6.
(2) « La croce, che solea portare al collo Berengario,
croit que les jours laissés au-dessous des pierres pour leur donner plus d'éclat étaient autant de petites niches à retiques : « Nella posterior parte di questa croce ricoperta anch'essa con lastra d'oro, e lavorata a punteggio, veggonsi tredici nicchie, ed in quella di mezzo assai piu grande trovansi ancora i non dubbj segni del chiavcstello, con cui si assicuravano le Santé Pieliquie in quelle nicchie riposte. » (T. III, p. 73.) Au cas où il y aurait eu effectivement des reliques sous les cabochons, il était nécessaire de les protéger par une lame métallique, et sur cette lame auraient été écrits les noms des saints, comme le montre la belle croix pectorale du xne siècle dont est fier le couvent des Barnabites de Rome. Or, il n'y a pas trace de ce revêtement nécessaire que nous aurions certainement encore avec son contenu précieux.
Que Bérenger ait porté une croix: au cou au moins en certaines circonstances solennelles, ce fait ne doit pas surprendre : en effet, les textes nous apprennent que les empereurs de Byzance n'agissaient pas autrement, au moins pour ce qui est des reliques, auxquelles ils demandaient surtout assistance dans le danger, car la thèque ne fut pas toujours invariablement une croix (1).
detta poi Crux Regni, per l'uso che di questa si fece nelle coronazioni dei re d'Itaîia. » (Frisi, t. I, p. 93.) Mais je ferai observer que, sur le bas-relief du couronnement, l'empereur n'a pas la croix pectorale, ce qui rend très-suspectes et la tradition et l'assertion du chanoine.
(I) Pour l'époque voisine de celle qui nous occupe, je citerai deux textes importants, établissant pleinement l'usage de la croix pectorale pour les rois.
Anastase le Bibliothécaire rapporte que, sous le pontificat de Grégoire II, au viuc siècle, Luitprand, roi des Lombards,
Le beau triptyque d'or qui fait partie du trésor de Saint-Pierre de Rome, contient sur la plaque centrale une petite croix plus ancienne, mais qui n'a rien de Gonstantinien, bien qu'on lui assigne cette date reculée (1). Ce reliquaire est du genre de ces deux que décrit l'ouvrage du comte Riant : Exuvise sacrse Con~
déposa dans la basilique Vaticane, sur le tombeau de saint Pierre, un manteau, un sagum, un baudrier, un estoc, une épée dorée, une couronne d'or et une croix d'argent: « Sic ad tantam compunctionem piis rnonitis flexus est, ut quee fuerat indutus exueret et ante corpus apostoli poneret mantum, armillausium, baltheum, spatam atque ensem deauratam, nec non coronam auream et crucem argenteam. » Or, comme tous ces objets lui étaient personnels et qu'il les dépouilla à l'instant même, il s'ensuit rigoureusement qu'il portait sur lui la croix et la couronne, et que celles-ci étaient les insignes propres de sa royauté, non une couronne votive avec croix pendante à l'intérieur, comme l'ont imaginé quelques commentateurs.
Quand l'empereur Othon II descendit, à Aix-la-Chapelle, dans le caveau qui contenait le corps de Charlemagne tel qu'il avait été enseveli, il détacha en souvenir la croix qui pendait à son cou et quelques fragments de ses vêtements : ce Karoli Csesaris ossa ubi requiescerent cum dubitarent, rupto clam pavimento, ubi ea esse putavit, fodere quousque hœc in solio inventa sunt regio jussit. Crucem auream, queein collo ejus pependit, cum vestimentorum parte adhuc imputribilium sumens cœtera , cum veneratione magna reposuit. » (Thietmari, Chron., lib. IV, apud Pertz, tome V, p. 781.)
(1) Voir ma brochure les Souterrains et le Trésor de Saint- Pierre à Rome (Rome, 1866), p. 60. M. de Linas attribue cette croix « au vnc siècle ». (Revue de l'art chrétien, t. XXI, p. 404.)
stantinopolitanae. (Genève, 1876, tome I, p. 125, 150.)
Le moine Gunther, de l'abbaye de Pairis, raconte qu'après la prise de Constantinople par les croisés, il rapporta en 1207, à Philippe, empereur des Romains, « Domino Philippo , serenissimo imperatori , » un tableau, en or gemmé, contenant des reliques et deux grosses pierres : sur l'une d'elles était sculptée la Crucifixion et sur l'autre la Majesté de Dieu. Ce tableau se suspendait au cou de l'empereur, à l'aide d'une chaîne d'or, lors des solennités.
« ïabulam videlicet quamdam inestimabilis fere pretii, auro et gcmmispretiosis operosissime exornatam et plurima sanctarum reliquiarum gênera, longe auro et gemmis pretiosiora, ibi diligenter recondita, continentem ; quam tabulam Grecorum imperator, in solemnibus festis, velut quoddam certum pignus imperii, gestare consueverat, de collo suo catena aurea dependentem ; cui tabule, prêter aurum vel alias gemmas quamplurimas, jaspis unus mire magnitudinis infixus est, passionem Domini sibi insculptam et béate Virginis et Joannis evangeliste ymagines hinc inde assistentes : est etiam sapphyrus ibi quidam admirande quantitatis, cui divina majestas (que.nulla prorsus ymagine proprie représentai valet, artificiose tamen ita ut iieri potuit) insculpta est. »
Je ne connais pas de saphirs ainsi sculptés, mais j'ai signalé au musée chrétien du Vatican, dans ma Bibliothèque Vaticcine, plusieurs petits médaillons byzantins en jaspe et historiés, qui ont perdu leur monture. On fit même, à cette époque, des imitations en pâte de verre, et le même musée en possède quelques échantillons.
Dans la relation du transport d'un morceau de la vraie croix à Bramholm, en Angleterre, il est question
de cette relique, enfermée dans une thèque précieuse, qu'à l'exemple des empereurs grecs le nouvel empereur Baudouin avait oublié de porter dans une bataille. u Erat autem (in capella sua) quedam sancta crux, ab antiquo tempore de ligno Dominice crucis secta, in quadam theca preciosa recondita, quam imperatores secum asportare consueverant in bello eu m inimicos suos expugnabant, ut per virtutem sancte crucis de hostibus possent triumphare. Factum est postmodum quod imperator Balduinus duxit exercitum suum contra regem Blakum apud Adrianopolim civitatem Tracie, septimana Pasce, oblitusque est secum ferre predictam crucem, sicut moris erat. Quapropter misit festinanter pro predicta cruce predictum capellanum, sibi familiarem, usque Gonstantinopolim. »
La tradition romaine a donc son côté vrai. La croix du Vatican ainsi enchâssée a pu être portée dans les combats au cou d'un empereur byzantin ; mais rien n'autorise à croire qu'elle ait personnellement appartenu à Constantin. Sa présence sur le triptyque, comme sur les objets de cette espèce, ne suffit pas pour le lui attribuer.
N° 7. Six cristaux sont montés , quatre en or et deux en argent. Gomme ils ne sont pas tous groupés ensemble, il ne faudrait pas y voir une de ces pièces de couronnement de châsse, comme en possède le musée du Louvre. Viollet-le-Duc l'a dessinée dans son Dictionnaire du mobilier, pi. XXXIV. Autour d'un camée central rayonnent neuf saphirs, qui se prolongent en petites boules de cristal. Cette œuvre de joaillerie provient de Saint-Denis, et date du règne de Charlemagne.
M. Labarte dit, avec ingéniosité, que ces cristaux
constituaient des amulettes, entendant par là les médaillons byzantins gravés dans l'ouvrage de Frisi; mais il n'observe pas que les médaillons cités n'ont jamais dépassé le nombre de trois, tandis qu'ici nous en comptons le double. Si les trois premiers cristaux étaient entièrement séparés, les autres étaient, au moins deux fois, unis ensemble , in unum conjuncti , ce qui dérange l'interprétation.
Le premier groupe est de trois cristaux, le second d'un cristal et d'une pierre, le troisième de deux cristaux.
Voici peut-être qui aidera à la solution. On remarque des groupes de trois gemmes pendant à l'extrémité des chaînettes fixées au pourtour de la couronne royale de Hongrie, œuvre authentique du xic siècle. {Revue de l'art chrétien, t. XXI, p. 378.) Or, à cette date, nous sommes fort rapprochés du règne de Bérenger , dont la couronne pouvait, sans difficulté, être ornée de pendeloques gemmées.
N° 8. Le lion de cristal trouve son analogue, non pas comme destination, mais comme forme, dans le lion de bronze qui appartient au musée de Naples. Celui-ci était fait pour être suspendu et on y brûlait des parfums, tandis que le lion de l'inventaire, orné de deux cabochons, formait un phylactère, c'est-à-dire un récipient pour des reliques minuscules (I).
(1) Le dessin ci-joint m'a été obligeamment fourni par M. le commandeur Fiorelli, directeur du musée de Naples. La disposition de la boîte était telle, qu'on pouvait aussi bien l'affecter à la conservation des saintes reliques , les trous du couvercle n'étant destinés qu'à l'évaporation de J'encens.
Nous sommes, en effet, arrivés aux reliquaires.
Nos 9, 10, 11. Les reliques sont enfermées dans deux boîtes d'ivoire ou de bois et dans une cassette de cette dernière matière. Buxa indique qu'à l'origine ces boîtes furent faites en buis. Le mot, par ses diminutifs, s'est changé en buxula et bussula, d'où nous est venu le français boussole. Buxa a produit aussi buxis, qui, par un vice de prononciation, s'est transformé enpyxis.
Une charte de Hugues , duc de Bourgogne , donnée en 1077 en faveur de l'église d'Avallon, mentionne jusqu'à onze boîtes d'ivoire : « Bustulse eburnese 2 — Bustulœ eburneae 9, » et Y Histoire du monastère du Bec dit qu'on y mettait des reliques : « In duabus bustulis argenteis, de reliquiis quae rétro sunt descriptœ, ibi sunt positœ. » Enfin, Odon de Gluny, rapportant la translation de saint Maur , parle de reliques renfermées dans une boite de bois : « Quse (reliquice) in buxtula lignea reconditœ fuerunt. »
Les boîtes, ainsi que les phylactères, se suspendaient parfois, afin qu'ils fussent plus en vue : «Desuper quoque appendantur philacteria, sive buxœ reliquiarum. » (Martène, De ant. Eccl. rit., t. III, col. 20.)
Un des plus curieux spécimens de ce genre de reliquaire est celui qu'a publié le commandeur de Rossi dans le Bulletin d'archéologie chrétienne, 1872, pi. XII. Cette boîte d'argent fut découverte à Grado, dans un autel. Elle date du ve ou du vie siècle. L'extérieur est gravé et représente, dans des médaillons, une série de saints. Les reliques déposées à l'intérieur sont désignées par des inscriptions gravées sur de petites plaques d'or.
M. Rohault de Fleury me signale , au musée de Rimini, une petite boîte en argent, qu'il date du
vie siècle et qu'il a gravée pour son grand ouvrage sur la Messe. Sa forme est rectangulaire et son ornementation consiste , sur chaque face, en une croix latine dont toutes les extrémités sont pattées. La croix du couvercle, qui est plat et contourné d'un filet, a pour accompagnement les deux lettres grecques alpha et oméga, à la hauteur du croisillon.
La Revue de l'art chrétien (t. XXVIII, p. 308) a publié en lithographie un petit coffret en cuivre, doré et émaillé, que M. de Linas estime du vin0 siècle. Il a la forme d'un sarcophage , avec couvercle à quatre pentes. La face principale est décorée d'une aiguë marine , flanquée de deux croix pattées. Au revers, on voit, en bas, des rinceaux et, en haut , un vase d'où sortent des palmettes : le même calice se répète sur les côtés, ainsi qu'à la partie inférieure, ornée parce qu'elle devait être visible. En efl'et, des traces d'anneaux sur les côtés permettent de croire que cette boite a été faite pour être suspendue. L'intérieur porte encore deux rainures qui indiquent des cloisons établies indubitablement pour séparer les reliques.
Nos 13 et 14. L'orfèvrerie compte encore deux calices, l'un en or, l'autre en argent. Le premier est accompagné de sa patène, également en or (1) : elle manque au second.
M. Alfred Darcel décrit ainsi un calice du vme siècle, dont la photographie se trouve dans le commerce en Autriche :
(I) Voir sur les patènes du me au xnc siècle les recherches de M. Darcel dans les Annales archéologiques, t. XIX, pages 3i3-;Ui.
« A l'exposition de Vienne, l'œuvre la plus ancienne qui y fut exposée était un grand calice exécuté par ordre de Tassilo, duc de Bavière, cet acharné défenseur de la liberté saxonne contre Charlemagne, qui le vainquit en 788 et l'exila à l'abbaye de Jumiéges, où il mourut.
« Ce calice, en cuivre doré, décoré de plaques d'argent niellées , est formé d'une coupe semi - ovoïde , portée sur un pied très-étroit et conique par l'intermédiaire d'un nœud. Toutes ces parties, qui semblent être fondues d'un seul morceau, sont reliées par des courbes d'un dessin un peu mou. Ciselées après coup, puis dorées, elles ont reçu des plaques ou des filets d'argent niellé. Les plaques d'argent, au nombre de cinq sur la coupe, représentent le Christ barbu, à longs cheveux, orné du nimbe crucifère, tenant le livre et bénissant à la grecque, et les quatre symboles évangéliques à tête humaine, comme c'est la coutume assez ordinaire dans ces époques reculées. Sur le pied, quatre autres plaques représentent quatre saints vus en buste.
«L'encadrement de ces médaillons est formé d'entrelacs en relief, bordés par des filets d'argent niellé. Des monstres, moitié animaux, moitié végétaux, des ornements feuillages, des cercles enlacés, décorent l'intervalle des médaillons. Tout est barbare dans cette œuvre; mais dans ces entre-lacs nous trouvons le système adopté pour la décoration des bijoux mérovingiens, et suivi avec de si magnifiques développements dans les lettres tournures des manuscrits carlovingiens. Ce signe nous semble caractériser les traditions d'un art national , luttant et persévérant contre les influences byzantines et latines, que le grand empereur voulut introduire de force en ses États. Ce calice, conservé de longues années
dans l'abbaye de Kremsmunster, où il sert encore aux principales fêtes de l'année, est daté par l'inscription suivante, qui est gravée en capitales sur le bord du pied, au milieu d'ornements en rapport avec la forme des lettres et avec le style. général de la décoration, ce qui exclut la pensée d'une supercherie :
TASSILO DVX FORTIS LIVTHRG VIRGO REGALIS.
« Tassile épousa, en effet, Luitperge, fille de Didier, roi des Lombards; duc en 748,, il cessa de régner en 788. » [Mémoires lus à, la Sorbonne en 1861, Archéol., p. 222-223.)
Le calice de saint Gozlin, qui fut évêque de Toul de 922 à 962, offre un beau type de calice du xe siècle. La coupe, à lèvre gemmée , est soutenue par deux anses : le nœud est entièrement uni et le pied a pour ornements un rebord et des bandes verticales gemmées. La patène est également sertie de pierres précieuses au pourtour et à l'intérieur, qui dessine une rose à cinq lobes. Ce vase sacré, publié d'abord par M. de Gaumont, dans le Bulletin monumental et Y Abécédaire d 'archéologie religieuse, 5e ©dit., p. 118-119, figure aussi en gravure sur bois dans le Bulletin de la Société d'archéologie lorraine , t. II, où il est accompagné d'un mémoire de M. Digot.
N° lo. Passons sur les deux couronnes d'or, car il a été déjà assez longuement traité de cette sorte de décoration, appliquée surtout aux autels, ce que semble d'ailleurs indiquer leur place immédiatement après les reliquaires, les autels portatifs et les calices.
N° 12. Les deux autels de cristal doivent être des autels portatifs, avec bordure métallique. C'est la pre-
mière fois que je rencontre des autels faits en cette matière (1), le droit canonique n'admettant pour la consécration et la célébration que le marbre et la pierre. Le cristal fut donc assimilé aux pierres précieuses et, si Ton y tailla parfois des. coupes de calice, on put se croire autorisé à l'employer aussi comme table d'autel, en raison de sa richesse et de sa valeur intrinsèque.
La question des autels portatifs a été suffisamment développée par M. Darcel dans les Annales aichéologiques, t. XVI, p. 77-89. Je ne lui emprunterai que quelques documents, parce qu'ils se réfèrent plus particulièrement à l'autel de Théodelinde et à celui de Bérenger, au moins comme identité de dates: « Bède le vénérable (de 675 à 735) parle de deux missionnaires anglo-saxons, en Frise, qui, tous deux nommés Heward, célébraient chaque jour le sacrifice de la messe, ayant avec eux des vases et une table d'autel consacrés : « Gotidie sacriiicium Deo victimœ salutaris « offerebant, habentes secum vascula et tabulam altaris « rite dedicatam. » (Acta sanctorum ordinis S. Be?ied., Mabillon, Préface du siècle m.)
« Au IXe siècle, les rois eux-mêmes purent avoir dans leur trésor des autels portatifs, destinés à servir à
(1) M. Mallet s'est peut-être aventuré quand il a écrit (Revue de V art chrétien, t. XXVIII, p. 59) qu' « on employait souvent pour ces autels (les autels portatifs) les pierres précieuses, telles que le marbre, le porphyre, le jaspe, l'onyx, le cristal de roche ». Malheureusement, à l'appui de son assertion, il ne cite ni un monument ni un texte. Jusqu'à preuve contraire, le cristal de roche demeure donc une rareté et une exception.
Bulicàn Monumental /SSO
/abatha en bronze, au Musée de Naples (IXesiècl
Grandeur naturelle
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leurs chapelains dans les expéditions guerrières et même dans les chasses, témoin le récit de la fondation du couvent dHildenesheim par Louis le Débonnaire : « Ludovicus, tara paternse religionis quam potestatis « hœres, venandi affectu in loco, quem nunc Hildenis- « heimensis occupât ecclesia, tentoria fixisse, ibique « allatis regiae capellae reliquiis missam audivisse. » (Ibid., siècle rv, partie II, p. 260.)
« Hincmar (mort en 882), dans le troisième capitulaire, défend de célébrer la messe sur un autel non consacré, ou sans une table soit de marbre, soit de pierre noire, soit d'une ardoise convenable, consacrée par un évêque : « Ut nullus celebret in altari non cono secrato, vel sine tabula ab episcopo consecrata, que a sit de marmore vel nigra petra, aut litio honestisa simo. » [Ibid., préface du siècle m.)
« Plus tard, Charles le Chauve (840-877) donne au monastère de Saint-Denis un autel portatif. » (Ibid., Préface du siècle m.)
« Au xe siècle, saint Gérard , abbé de Braine-le- Comtc, emporte de l'abbaye de Saint-Denis l'autel itinéraire que la tradition attribuait à saint Denis, le premier évèque de Paris. » (Ann. archéol., t. IV.)
« A la fin du même siècle, Gotefredus, archidiacre de Milan, envoie à saint Bénigne de Dijon un autel d'onyx, convenablement décoré de lames d'or et d'argent : « Altare onychium auro et argento rite decoratum. » (Bourassé, Dictionnaire d'archéologie sacrée, t. I, col. 4121.)
« Quant aux textes, il nous suffira de citer le grand saphir de Glasconberye, que saint David, archevêque de Gladstone, avait donné, et que l'abbé Henri fit décorer, en 1126, d'or; d'argent et de pierres pré-
cieuses. » (Rock, The church of ourfathers, t. 1, p. 254.)
Ce grand saphir, transrais par tradition et monté seulement au xne siècle, n'était qu'une table de verre bleu, d'une certaine épaisseur, comme le sacro catino de Gênes. De ce texte je suis en droit de déduire que les pierres précieuses étaient alors assimilées au marbre, et que si, en Angleterre, on avait pris pour faire un autel portatif ce que l'on estimait être du saphir, et qui, en réalité, n'était que du verre bleu, comme la coupe de Théodelinde, on pouvait bien, en Italie, affecter au même objet du cristal de roche, en raison de la rareté et de la beauté de la matière.
Mon docte ami M. Rohault de Fleury, que j'ai consulté sur les autels portatifs du x° siècle, me dit n'en pas connaître un seul de cette époque, mais m'en signale deux plus anciens qu'il compte publier : l'un , du viie siècle, dit de saint Guthbert (1), est en bois recouvert d'argent; l'autre, du vme siècle, est en Angleterre, et aurait servi à saint Acca.
N° 46. Frisi, à l'occasion du sacramentaire garni d'ivoire monté en argent, serait d'avis de le retrouver dans le sacramentaire des archives de Monza, qu'il décrit minutieusement, t. III, p. 66-75, et auquel il assigne la date du vme siècle. La couverture sculptée pourrait bien convenir à cette date et la monture est, en effet, d'argent filigrane.
Nous avons un spécimen de l'écriture, t. III, pi. XVII. Dans YExullet il est question de Bérenger et de sa femme : « et serenissimo rege nostro Berengario atque domna nostra gloriosissima Byreila regina. » C'est
(1) Je ne crois pas que ce soit un autel, et l'objet n'est peut-être pas aussi ancien qu'on le prétend.
aussi dans ce même manuscrit, mais à la fin, que sont inscrits les deux inventaires que je reproduis : la date d'exécution ne serait donc peut-être pas aussi ancienne que l'a cru le chanoine de Monza.
Je relève dans ce même livre liturgique l'oraison spéciale du couronnement, où il n'est nullement question de la couronne de fer. Ce document est d'autant plus précieux qu'il est contemporain ou à peu près de cette célèbre couronne : « De coronatione imperatoris. — Accipe signum glorise in nomine Patiis, et Filii et Spiritus sancti, ut, spreto antiquo hoste spretisque contagiis omnium viciorum, sic judicium diligas et misericorditer vivas, ut ab ipso Domino nostro Ihu Xpo in consortio sanctorum œterni regni coronam percipias, qui cum Pâtre et Spiritu sancto vivit et régnât Deus per infinita ssecula saeculorum. Amen. » (Frisi, t. III, p. 68.)
N° 17. Au compte de l'ivoirerie, il faut encore porter un diptyque et une boîte à encens. Les deux tables d'ivoire, réunies ensemble, forment ce qu'on appelle diptyque, de deux mots grecs qui signifient deux feuilles.
La destination des diptyques était multiple. Nous apprenons par ceux qui existent encore et par les textes des auteurs ecclésiastiques qu'on s'en servait comme de catalogue officiel pour la succession des évoques, et de nécrologe pour les bienfaiteurs décédés.
Ils ont aussi été employés en manière de retable aux autels pendant la célébration de la messe.
Le diptyque profane , usité sous le pontificat d'Adrien Ier, dans une église de Sicile, au vme siècle, contient une prière, espèce de Mémento, pour plusieurs
personnes, dont le nom se lisait à Faute! pendant le saint sacrifice.
« Publiée diaconus in ecclesia récitât offerentium nomina. » (S. Hieronym. in Ezech.) — « Diaconus in circuitu sacram mensam thurificat, ac defunctorum ac
vivorum diptycha percurrit. » (S. J. ChrysosL, in
Liturgia.) — « Etiam hodie Romana Ecclesia récitât nomina ex diptychis. » (Remig. Antissiodoren., De célébrât, missœ.) — « Abstulerunt de diptychis ecclesiarum nomina Patriarcharum. » [Lib. Pont., in vita S. Vitahani.)
Celui que possède l'église de Saint-Lambert, à Liège, est fort curieux, parce que c'est le plus ancien exemple du livre pontifical connu sous le nom de Canon et des cartons que l'on place au milieu de l'autel pour aider le célébrant : on y a gravé en quarante-deux lignes la prière Communicantes.
Dans un missel du ixe siècle, qui fait partie de la bibliothèque du chapitre de Monza, il est question des noms des défunts, inscrits probablement sur les diptyques. <( Omnium videlicet fidelium catholicorum orthodoxorum , quorum commemorationem agimus , vel quorum nomina ante sanctum altare tuum scripta adesse videntur. » — « ïribue, quseso, ut eorum nomina que hic continentur digesta. » — « Quorum animas ad mémorandum conscripsimus. » (Frisi, t. III, p. 81.) Cette formule se trouve répétée dans un manuscrit du xne siècle et d'origine française , car l'oraison pour l'empereur se termine ainsi : secnra tibi serviat Francorum libertas, per... (Frisi, t. III, p. 90.)
Je ne citerai qu'un seul exemple de ces diptyques sacrés, parce qu'il concorde presque avec les inven-
taires : c'est celui de Rambona (I). Il a été publié dans les Tavole cronologiche (2), et j'en ai parlé dans ma Bibliothèque Valicane (Rome, 1867, p. 66).
Le diptyque du monastère de Rambona (ixe siècle) est conservé au musée chrétien du Vatican. En haut, deux anges tiennent, dans une auréole circulaire, le Christ enseignant et bénissant à la manière grecque (3) : ego svm ms nazarenvs. Au centre, la mort du Christ, que pleurent la sainte Vierge et saint Jean. Le soleil, sol, et la lune, lvna, ont une forme humaine et tiennent une torche allumée. Au bas, la louve allaite les deux fondateurs de Rome : romvlvs et rkmvs a lypa nvtriti. Sur le côté gauche, la Vierge est assise entre
(1) Rambona est dans le Picenum, à trois milles de Tolentino. Gori a publié ce diptyque (Thés. vet. diptych., Florent., 1759), p. 135, avec les notes du P. de Montfaucon, qui le dit du ixe siècle et qui restitue ainsi l'inscription : Confessoribus Domini sanctis Gregorio, Sylvestro, Flaviano, cœnobium Rambona Ageltruda construxi, quod (diptychon) ego Odelricus inflmus Domini servus et abbas sculpire mini sit in Domino. Amen. Or, Ageltrude (Agiltrude ou Jngitrude) fut femme de Guy I,duc de Spolète, qui devint roi d'Italie, puis fut proclamé empereur en 891 . Un diplôme de l'an 898, et du roi Bérenger, lui donne la terre de Rambona , sur laquelle était déjà construit le couvent qui avait pour patron principal saint Flavien.
(2) On sourit quand on y lit que le nombril du Sauveur en croix a la forme d'un œil, et que cet œil est symbolique à cette place.
(3) Pour bénir à la manière grecque, la main doit former le monogramme du nom de Jésus-Christ. L'index reste droit et le médius se recourbe, ce qui produit 1 C ; le pouce croisé sur l'annulaire et le petit doigt recourbé simulent X C.
deux chérubins, garnis de six ailes ocellées; l'enfant Jésus, qu'elle porte assis sur ses genoux, bénit à la grecque.
L'inscription constate l'érection d'un monastère par une nommée Geltrude, Oldéric étant abbé : Confessoribus Dm scis Gregorim, Silvestro Fia \ viani cenobio (1) Rambona Ageltruda construxi j quod ego Odelricus infimus Dm serbm et abbas \ sculpire mini sit[2) in Domino. Amen.
L'ange qui est sculpté au bas me paraît symboliser les quatre éléments : Y air où il vole ; la terre par les fruits de la vigne ; Y eau par une plante aquatique; le feu par la torche allumée; tous attributs que cet être céleste (c'est pour cela qu'il est nimbé) tient à la main ou dont il est entouré. A l'intérieur sont peints plusieurs saints (3).
N° 28. Notons la dénomination de la navette, qualifiée alveola, mot insolite pour désigner cet ustensile, car il s'applique généralement, comme en fait foi Du Gange, à des vases servant à laver, soit les mains, soit les pieds. C'est aussi un des plus anciens exemples de
(1) « Inter cœnobium et monasterium ita distinguit Cassianus quod monasterium etiam unius monachi habitatio nuncupari, cœnobium vero nonnisi plurimorum.»(S. Isidor., De Offic. eccl, lib. II.)
(2) Peut-être faut-il lire Sculpire me fesit?
(3) Le P. Garrucci a publié, dans sa Storia dell'Àrte cristiana, Pitture, pi. 156, l'intérieur du diptyque de Brescia, qui est peint et représente, d'un côté, la résurrection de Lazare, et de l'autre, les trois docteurs saint Jérôme, saint Augustin et saint Grégoire. Il l'estime « diptyque des morts » et « non antérieur au vmc siècle ».
la navette, qui semble ne devoir pas figurer dans les monuments avant le vi° siècle (1).
M. Darcel écrivait dans les Annales archéologiques, t. XIV, p. 263 : « Nous n'avons encore pu trouver de navette à encens, soit mentionnée dans un texte, soit
représentée en figure, antérieurement au xie siècle
Anasthase (sic) le Bibliothécaire, si minutieux dans tous les détails qu'il donne sur le mobilier des églises romaines pendant les neuf premiers siècles, ne mentionne jamais la navette dans son histoire, qui n'est qu'un immense inventaire , quoique les aromates , l'encens et l'encensoir y figurent dès le commencement du ive siècle, sous Sylvestre Ier. Cependant, nous trouvons dans la vie de Benoit III un vase à encens, sans pouvoir discerner si c'est un encensoir sans couvercle pour le brûler , comme ceux qui sont employés encore en Grèce, ou un bassin pour le conserver : « Ipse quoque insignis et beatissimus « papa in basilica beat! Pétri apostoli ex argento « mundissimo auroque fusam cantharam interrasilem « in quam thus mittitur, obtulit. » (Anasthase le Bibliothécaire, Vie de Benoît 111, pape de 855 à 858). »
Ces assertions ne sont pas absolument exactes. Par l'inventaire de Bérenger, nous savons d'une manière authentique que les navettes existaient au moins dès le xc siècle. Le canthare, vase à anses, était suspendu
(1) Je ne puis, dans la mosaïque de saint Apollinaire in classe, à Ravenne, qui est du vie siècle, voir qu'une boîte à encens dans la coupe circulaire et peu profonde que porte le clerc qui ouvre la marche et précède immédiatement le diacre tenant l'encensoir. Mais ce tableau a beaucoup souffert et a subi une restauration au xvnc siècle.
devant les autels ou les corps saints : il servait d'ornement, et parfois on y mettait des cierges ou on y faisait brûler de l'encens. Il me semble impossible que ce mot puisse se prendre dans le sens de vase à encens, tandis qu'Anastase emploie une autre expression qui a échappé aux investigations de M. Darcel et du chanoine Barraud : ce dernier, dans sa Notice archéologique et liturgique sur l'encens et les encensoirs (Gaen, 1860), ne nomme ni Yalveola ni la cantulla.
La cantulla est une boîte ou coffret. Nous en retrouvons la forme latine altérée dans l'expression italienne sciatuglia. Au ixe siècle, le pape Etienne VI offrit à l'église du Soracte cantullam argenteam imam. Du Gange a fait remarquer que la cantulla vient dans l'inventaire d'Etienne YI après le thymiaterium. Ce rapprochement est ingénieux, mais il n'est pas suffisamment justifié par les monuments , où l'on rencontre des encensoirs et non des navettes. Au xne siècle, on disait acerra et acerna; c'est à peu près l'époque d'une fresque de la crypte de Saint-Clément, à Rome, où la boîte à encens paraît sous une autre forme que celle d'un coffret ou d'un petit bateau. Elle est ronde, plutôt allongée dans le sens de la hauteur, et terminée par une petite calotte hémisphérique.
Le dénombrement des tissus est peu chargé, et il n'y a guère lieu de s'y arrêter, tellement les articles en sont clairs pour tous ceux qui sont familiers avec les anciens inventaires. Il y est question de cinq pailles (nos 18, 19), de quatre chasubles (nos 20, 21), de manches parées (n° 22), de deux dalmatiques pour le diacre et le sous-diacre (n° 23), d'une étole (n° 24), de deux manipules (n° 25), d'une mitre (n° 26) et d'un cordon (n° 27).
Nos 18, 19. Je n'insisterai que sur quelques points particuliers. On remarquera la richesse de ces trois pailles, enrichis d'or et de perles. Quand une de ces tentures est dite parée, cela signifie qu'il y a une bordure et que cette bordure est plus riche que le fond, tandis que l'expression non "parée indique l'absence de cette même bordure. Nous avons d'anciens exemples de ces sortes de pailies, qui furent encore en usage jusqu'au siècle dernier, grâce à la munificence des papes qui en décoraient chaque année les basiliques majeures (1).
Quoique je préfère ici la signification de tentures pour le mot pallia, je ne puis dissimuler que, dans d'anciens textes, il a aussi celle de parements d'autels. L'italien a conservé cette tradition dans le vocable palliotto, qui est employé pour les devants d'autel, aussi bien en métal qu'en étoffe (2).
Nos 20, 21 . Casucula est un diminutif de casula, et Ton comprend facilement que sur cette pente on soit arrivé à faire le mot français chasuble, qui n'est que la traduction littérale des autres altérations : casubvla, cassibula et casubla.
(1) Voir ma brochure les Fêtes de Pâques à Rome (Rome, 4866, p. 48-19).
(2) Les Annales archéologiques, t. I, p. 102-104, ont donné la description d'une « nappe d'autel brodée au ixe siècle ». Le mot nappe n'est probablement pas exact, je préférerais lui substituer celui de parement. Malheureusement l'objet n'existant plus, tout contrôle est devenu impossible : encore la description est-elle empruntée à un ouvrage de 4671, époque à laquelle on se piquait peu d'exactitude à l'endroit
. de l'archéologie.
Une chasuble, nihil parata, est une chasuble unie, sans aucun orfroi.
Je proposerais de lire, au lieu de dioc, qui n'offre aucun sens, de oclapulo. Voctapulum est un tissu à huit fils, comme le quadrapolis en a quatre et le samit six. Ce mot, dans Anastase, est répété quinze fois, deux au vme siècle et les autres au ixe. L'interprétation du P. Martin [Mélanges d'archéol., t. II, p. 250), qui fait de Voctapulum une étoffe à médaillons octogones, ne soutient pas un seul instant l'examen.
N° 22. Dans les liturgies orientales, on voit encore les prêtres passer sur l'aube des manches en étoffe semblable à l'ornement. C'est assurément l'unique reste d'une tradition fort ancienne, puisque la Légende d'or rapporte que saint Martin les reçut de la main d'un ange, pendant qu'il célébrait (I). Le bénédictional
(1) Saint Martin ayant donné sa tunique à un pauvre, au moment de célébrer, en demanda une autre à son archidiacre, qui la lui apporta trop courte de manches. « Ingressus Martinus secretarium tunicam suam illi ( pauperi )
tribuit Compulsus ille (archidiaconus) ad forum vadit et
quinque argenteis tunicam vilem et curtam ante pedes
Martini iratus projecit. Quam ille secreto induit, cujus
manicœ usquead cubitum protendebantur, et sic missam
celebraturus procedit Gum in missamanusad Deum, ut
moris est, levaret , manicis linteis rétro labentibus
remanserunt eidem brachia nuda. Tune miraculose torques aurei et gemmati deferuntur ab angelis, et brachia decenter operiuntur. » (Leg. aurea, cap. clxvj.)
Un manuscrit du xve siècle, à la Bibliothèque nationale, dans la miniature qui représente cette scène, traduit torques aurei par de véritables parements de manches en drap d'or qu'un ange apporte du ciel.
de saint Ethelwold, qui date du Xe siècle, nous montre les manches de l'aube terminées par une très-large bordure d1or qui forme parement. [Archeologia, t. XXIV, pi. XXXII.)
N° 23. D'après le cérémonial de l'église de Monza, qui date du xmc siècle, le diacre et ]e sous-diacre ne portaient ni dalmatique ni tunique, du mercredi des cendres au jeudi saint : « Post letanias incipitur missa, diaeono et subdiacono revestitis absque dalmaticis usque ad diem jovis sancti. » (Frisi, t. III, p. 192.)
N° 24. Consulter sur l'origine, l'usage et les transformations de l'étole, un article de M. Victor Gay, dans les Annales archéologiques, t. VIII, p. 65-76. Une inscription du xrvc siècle désigne, comme remontant au pape saint Sylvestre, une étole qui ne m'inspire pas une confiance absolue : « Stola de S. Selvestro papa. »
N° 25. Frisi s'est mépris sur le sens du mot mapula, dont il fait à la fois un mouchoir et un dais pour l'évêque. Il ne faut y voir, avec les anciens auteurs, que le manipule, espèce de nappe blanche ou mouchoir qui se porta d'abord entre le pouce et l'index, puis sur le poignet, jusqu'à ce que, pour plus de commodité, il fut relégué sur l'avant-bras : « Mappula, quœ in sinistra
parte gestatur dicitur et manipulus. » (Alcuùi). —
« Ad extremum sacerdos fanonem in sinistrum brachium ponit, qui et mappula et sudarium vocatur, per quod olim sudor et narium sordes extergebantur. » {Honorius Augustod., lib. I, col. 208.) — « Subdiaconus regionarius porrigit ei (papœ) mappulam ; subdiaconis vero si congruse vestes (prebendœ) quœ apud quosdam subdiaconales nominantur, et mappulœ in sinistra manu ferendse. » [Ordo Romanus.)
Au ixe siècle, Raban Maur appelait mappula le mani-
pule : « Oportet sacerdotes et ministros altaris mappulas manibus tenere. » (Lib. I, cap. 18.) Voir sur le manipule un article complet de M. Victor Gay, dans les Annales archéologiques, t. VII, p. 143-150.
Un manipule des plus intéressants, s'il était authentique, serait celui du pape saint Sylvestre (ryc siècle), conservé à Rome dans l'église Saint-Martin-des-Monts , avec cette étiquette : « Sudarium seu manipulum S. Sylvestri papœ. Gingulum brachiale ad circumfirmandum manipulum seu sudarium ejusd. Pontif. »
N° 26. Infula signifie en même temps chasuble et mitre. Le premier sens n'est pas acceptable ici, puisque nous avons vu précédemment plusieurs chasubles. D'autre part , il faut avouer que la mitre à cette époque était encore bien rare et une concession spéciale du Saint-Siège. Gomment se pourrait-il qu'elle eût été octroyée à Farchiprêtre de Monza, quand la plupart des évoques ne l'avaient pas encore (1)? Il n'est pas absolument impossible que la faveur des rois lombards ait obtenu prématurément un tel privilège; mais il serait peut-être plus logique de penser que, faute e plus ample développement et de précision topique à l'article 26, cette mitre fut celle d'un archevêque de Milan, comme plus tard un autre archevêque légua
(4) M. Aguilhon m'écrit à ce sujet : « Comme ces inventaires ont été écrits entre les années 888 et 915, peuton croire que l'archi prêtre de Monza jouît déjà du privilège de la mitre et des ornements pontificaux? Bérenger aurait-il envoyé une mitre à Monza, en attendant que l'insigne fût accordé par le souverain pontife? Ce n'est qu'à la fin du xue siècle que nous voyons le chef de notre clergé en possession de cette distinction. »
au trésor de Monza ses ornements pontificaux ; ou encore cette mitre aurait pu être réservée aux jours solennels, lorsque quelque évêque officiait en présence du roi ou à sa chapelle.
N° 27. Voir sur la ceinture l'article de M. Victor Gay, Annales archéologiques, t. VI, p. 168-169. Il y est question de celle de saint Birin, évêque de Dorchester au vne siècle, à laquelle pendait une bourse garnie de poires d'or. La ceinture de saint Salvius, auviir0 siècle, est « d'or, garnie de perles et de pierres précieuses ».
DEUXIÈME INVENTAIRE (Xe SIÈCLE).
(( De capella domni Perengarii (1) régis, quando ego Adalbertus magislro meo Egilolfo presentavi.