‹ Iphigénie en Aulide; tragédie en cinq actes. With grammatical and explanatory notesChapitre 18 sur 67 · SCÈNE n. — AGAMEMNON, IPHIGÉNIE ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

SCÈNE n. — AGAMEMNON, IPHIGÉNIE ÉRIPHILE, DORIS

Seigneur, où courez-vous? et quels empressemen*

Vous dérobent sitôt à nos embrassemens?

A qui dois-je imputer cette fuite soudaine?

Mon respect a fait place aux transports de la reine ;

Un moment k mon tour ne vous puis-je arrêter 1

Et ma joie à vos yeux n'ose-t-elle éclater?

Ne puis-je.,..

AGAMEMNON

Hé bien, ma fille, embrassez votre père ; Il vous aime toujours.

Que cette amour m'est chère !

Quel plaisir de vous voir et de vous contempler Dans ce nouvel éclat dont je vous vois briller ! Quels honneurs! quel pouvoir! Déjà la renommée Par d'étonnans récits m'en avoit informée ; Mais que, voyant de près ce spectacle charmant, Je sens croître ma joie et mon étonnementl Dieux ! avec quel amour la Grèce vous révère! Quel bonheur de me voir la fille d'un tel père!

AGAMEMNON

Vous méritiez, ma fille, un père plus heureux.

Quelle félicité peut manquer à vos vœux? A de plus grands honneurs un roi peut-il prétendre? J'ai cru n'avoir au ciel que des grâces à rendre. AGAMEMNON, à part.

Grands dieux! à son malheur dois-je la préparer?

Vous vous cachez, seigneur, et semblez soupirer; Tous vos regards sur moi ne tombent qu'avec peine : Avons-nous. sans votre ordre abandonné Mycène?

AGAMEMNON

Ma fille, je vous vois toujours des mêmes yeux : Mais les temps sont changés aussi bien que les lieux. D'un soin cruel ma joie est ici combattue.

Hé ! mon père, oubliez votre rang à ma vue. Je prévois la rigueur d'un long éloignement : N'osez -vous sans rougir être père un moment? Vous n'avez devant vous qu'une jeune priacesse A qui j'avois pour moi vanté votre tendresse; Cent fois lui promettant mes soins, votre bonté. J'ai fait gloire à ses yeux de ma félicité : Que va-l-eiie fxeuser de votre inHinéreocôt

Acrr» n, SCÈNE n. %\

Ai-je flatté ses vœux d'une fausse esp»^rance? N'éclaircirez-vous point ce front chargé d'ennuis?

AGAMEMNON

Ah, ma iille 1

IPHIGÉME.

Seigneur, poursuivez....

AGAMEMNON

Je ne puis,

Périsse le Troyen auteur de nos alarmes!

AGAMEMNON

Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes.

Les dieux daignent surtout prendre soin de vos jours I

AGAMEMNON

Les dieux depuis un temps me sont cruels et sourds.

Calchas, dit-on, prépare un pompeux sacrifice?

AGAMEMNON

Puissé-je auparavant fiJchir leur injustice!

L'offrira-t-on bientôt ?

AGAMEMNON

Plus tôt que je ne veux.

Me sera-t-il permis de me joindre k vos vœux? Verra-l-on à l'autel votre heureuse famille?

AGAMEMNON

Hélas!

Vous vous taisez?

Vous y serez, ma fille.

Adieu.

Page 1