ACTE V, SCÈNE VT
D'un sinistre avenir je menaçai ses jours. Sous un nom emprunté sa noire destinée Et ses propres fureurs ici l'ont amenée. Elle me voit, m'entend, elle est devant vos yeux; Et c'est elle, en un mot que demandent les dieux. » Ainsi parle Galchas. Tout le camp immobile L'écoute avec frayeur et regarde Ériphile. Elle étoit à l'autel ; et peut-être en son cœur Du fatal sacrifice accusoit la lenteur.
Elle-même tantôt, d'une course subite, Étoit venue aux Grecs annoncer votre fuite. On admire en secret sa naissance et son sort. Mais puisque Troie enfin est le prix de sa mort. L'armée, à haute voix, se déclare contre elle, Et prononce k Galchas sa sentence mortelle. Déjà pour la saisir Ctlchas lève h i)ras : « Arrête, a-t-elle dit, et ne m'approche pas. Le sang de ces héros dont tu me fais descendre Sans tes profanes mains saura bien se répandre, a Furieuse, elle vole, et, sur l'autel prochain, Prend le sacré couteau, le plonge dan? .son Fein. A peine son sang coule et fait rougir la terre. Les dieux font sur l'autel entendre le tonnerre; Les vents agitent l'air d'heureux frémissemens, Et la mer leur répond par des inugissemens; La rive au loin gémit blanchissante d'écume : La flamme du bûcher d'elle-même s'allume; Le ciel brille d'éclairs, s'entr'onvre, et parmi nous Jette une sainte horreur qui nous rassure tous. Le soldat étonné dit que dans une nue Jusque sur le bûcher Diane est descendue ; Et croit que, s'élevant au travers de ses feux. Elle portoit au ciel notre encens et nos vœux. Tout s'empresse, tout part. La seule Iphigénie, Dans ce commun bonheur, pleure son ennemie. Des mains d'Agamemnon venez la recevoir; Venez : Achille et lui, brûlant de vous revoir. Madame, et désormais tous deux d'intelligence,
Sont prêts k confirmer leur auguste alliance.
CLYTEMNESTRE
Par quel pris, quel eacens, ô ciel, puis-je jamaÎ! Récompenser Achille, et payer tes bienfaits!
VJ-X » IPHIGENIE.