‹ Iphigenie (volume 2)Chapitre 2 sur 59 · ACTE I. SCÈI^E I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈI^E I

Lé vent qui nous flattait nous laissa dans le port. Il fallut s’arrêter, et la rame inutile Fatigua vainement une mer immobile.

Ce miracle inouï me fit tourner les yeux Vers la divinité qu’on adore en ces lieux;

Suivi de Ménélas, de Nestor, et d’Ulysse,

J’offris sur ses autels un secret sacrifice.

Quelle fut sa réponse! et que devins-je, Areas, Quand j’entendis ces mots prononcés par Calcbas! Vous armez contre Troie une puissance vaine, Si, dans un sacrifice auguste et solennel,

Une fille du sang d’Hélène De Diane en ces lieux n’ensanglante l’autel. Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie, Sacrifiez Iphigénie.

arcas.

Votre fille!

AGAMEMNON

Surpris, comme tu peux penser,

Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer: Je demeurai sans voix, et n’en repris l’usage Que par mille sanglots qui se firent passage.

Je condamnai les dieux, et sans plus rien ouïr1), Fis vœu, sur leurs autels, de leur désobéir.

Que n’en croyais-je alors ma tendresse alarmée ! Je voulais sur-le-champ congédier l’armée. Ulysse, en apparence approuvant mes discours, De ce premier torrent laissa passer le cours; Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie,

Il me représenta l’honneur et la patrie,

Tout ce peuple, ces rois, à mes ordres soumis, Et l’empire d’Asie à la Grèce promis;

De quel front, immolant2) tout l’Etat à ma fille, Eoi sans gloire, j’irais vieillir dans ma famille, l) Çôren. 2) opfern.

Moi-même, je l’avoueS}, vec quelque pudeur, Charmé de mon pouvoir, et plein de ma grandeur. Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce Chatouillaient1) de mon cœur l’orgueilleuse faiblesse

Pour comble de malheur, les dieux, toutes les nuits, Dès qu’un léger sommeil suspendait mes ennuis, Vengeant de leurs autels le sanglant privilège, Me venaient reprocher ma pitié sacrilège,

Et, présentant la foudre à mon esprit confus,

Le bras déjà levé, menaçaient mes refus.

Je me rendis, Areas; et, vaincu par Ulysse,

De ma fille, en pleurant, j’ordonnai le supplice. Mais des bras d’une mère il fallait l’arracher! Quel funeste artifice il me fallut chercher! D’Achille, qui l’aimait, j’empruntai le langage: J’écrivis en Argos, pour hâter ce voyage,

Que ce guerrier, pressé de partir avec nous, Voulait revoir ma fille, et partir son époux.

ARCAS

Et ne craignez- vous point l’impatient Achille? Avez-vous prétendu que, muet et tranquille,

Ce héros, qu’armera l’amour et la raison,

Vous laisse pour ce meurtre abuser de son nom? Verra-t-il à ses yeux son amante immolée?

AGAMEMNON

Achille était absent, et son père Pélée,

D’un voisin ennemi redoutant les efforts.

L’avait, tu t’en souviens, rappelé de ces bords! Et cette guerre, Areas, selon toute apparence, Aurait dû plus longtemps prolonger son absence. Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent? Achille va combattre, et triomphe en courant;

Et ce vainqueur, suivant de près sa renommée, l) ft&efu. 2) ©djmetaen.''

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