‹ Iphigenie (volume 2)Chapitre 40 sur 59 · ACTE IV. SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE IV

Qui protégeait en vain ce qu’ils ont condamné. Ne vous assurez1) point sur ma faible puissance: Quel frein2) pourrait d’un peuple arrêter la licence, Quand les dieux, nous livrant à son zèle indiscret, L’affranchissent d’un joug qu’il portait à regret? Ma fille, il faut céder: votre heure est arrivée. Songez bien dans quel rang vous êtes élevée:

Je vous donne un conseil qu’à peine je reçoi;

Du coup qui vous attend vous mourrez moins que

moi :

Montrez, en expirant, de qui vous êtes née: Faites rougir ces dieux qui vous ont condamnée. Allez; et que les Grecs, qui vont vous immoler, Reconnaissent mon sang en le voyant couler.

CLYTEMNESTRE

Vous ne démentez3,) point une race funeste;

Oui, vous êtes le sang d’Atrée et de Thyeste: Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin Que d’en faire à sa mère un horrible festin. Barbare! c’est donc là cet heureux sacrifice!

Que vos soins préparaient avec tant d’artifice! Quoi! l’horreur de souscrire à cet ordre inhumain N’a pas, en le traçant, arrêté votre main ! Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ? Pensez -vous par des pleurs prouver votre tendresse ?

Où sont-ils ces combats que vous avez rendus? Quels flots de sang pour elle avez- vous répandus? Quel débris parle ici de votre résistance?

Quel champ couvert de mopts me condamne au silence?

Voilà par quels témoins il fallait me prouver, Cruel! que votre amour a voulu la sauver.

Un oracle fatal ordonne qu’elle expire!

1) fût werlaffen. 2) 3ügel. 3) »erlâug»ert.

Un oracle dit-il tout ce qu’il semble dire?

Le ciel, le juste ciel>u)ar le meurtre honoré,

Du sang de l’innocence est-il donc altéré1)?

Si du crime d’Hélène on punit sa famille,

Faites chercher à Sparte Hermione sa fille: Laissez à Ménélas racheter d’un tel prix Sa coupable moitié, dont il est trop épris.

Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa victime? Pourquoi vous imposer la peine de son crime? Pourquoi moi-même enfin, me déchirant le flanc. Payer sa folle amour du plus pur de mon sang?

Que dis-je? Cet objet de tant de jalousie, Cette Hélène, qui trouble et l’Europe et l’Asie, Vous semble-t-elle un prix digne de vos exploits2)? Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois î Avant qu’un nœud fatal l’unît à votre frère, Thésée avait osé l’enlever à son père:

Vous savez, et Calchas mille fois vous l’a dit, Qu’un hymen clandestin3) mit ce prince en son lit; Et qu’il en eut pour gage une jeune princesse Que sa mère a cachée au reste de la Grèce. Mais non, l’amour d’un frère et son honneur blessé Sont les moindres des soins dont vous êtes pressé : Cette soif de régner que rien ne peut éteindre. L’orgueil de voir vingt rois vous servir et vous craindre,

Sous les droits de l’empire en vos mains confiés. Cruel! c’est à ces dieux que vous sacrifiez;

Et, loin de repousser le coup qu’on vous prépare. Vous voulez vous en faire un mérite barbare: Trop jaloux d’un pouvoir qu’on peut vous envier. De votre propre sang vous courez le payer,

Et voulez par ce prix épouvanter4) l’audace De quiconque vous peut disputer votre place, l) ï)urpt0. 2) ^elbeitttyat. 3) 4) erfdjrccfen.

Page 1