‹ Iphigenie (volume 2)Chapitre 55 sur 59 · ACTE V. SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V. SCÈNE II

Présenter, pour tout fruit d’un déplorable effort, Un spectacle à mes yeux plus cruel que la mort. Allez; laissez aux Grecs achever leur ouvrage, Et quittez pour jamais un malheureux rivage; Du bûcher qui m’attend, trop voisin de ces lieux, La flamme de trop près viendrait frapper vos yeux. Surtout, si vous m’aimez, par cet amour de mère, Ne reprochez jamais mon trépas à mon père.

CLYTEMNESTRE

Lui, par qui votre cœur à Calchas présenté...

Pour me rendre à vos pleurs que n’a-t-il point tenté ?

Par quelle trahison le cruel m’a déçue1)!

Il me cédait aux dieux dont il m’avait reçue.

Ma mort n’emporte pas tout le fruit de vos feux: De l’amour qui vous joint vous avez d’autres nœuds; Vos yeux me reverront dans Oreste mon frère. Puisse-t-il être, hélas ! moins funeste à sa mère !

D’un peuple impatient vous entendez la voix. Daignez m’ouvrir vos bras pour la dernière fois. Madame: et, rappelant votre vertu sublime... Eurybate, à l’autel conduisez la victime.

\ Scène IV.

CLYTEMNESTRE, ÆGINE, gardes.

CLYTEMNESTRE

Ah! vous n’irez pas seule; et je ne prétends pas... Mais on se jette en foule au-devant de mes pas. Perfides, contenez votre soif sanguinaire.

1) tôufdjeiî, tfntergeljen.

\ ÆGINE.

Où courez - vous, madame? Et que voulez-vous faire?

Hélas! je me consume en impuissants efforts,

Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors.1 Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie!

ÆGINE.

Ah! savez- vous le crime, et qui vous a trahie. Madame? Savez-vous quel serpent inhumain Iphigénie avait retiré dans son sein?

Eriphile, en ces lieux par vous-même conduite,

A seule à tous les Grecs révéle votre fuite.

CLYTEMNESTRE

O monstre, que Mégère1) en ses flancs a porté! Monstre, que dans nos bras les enfers ont jeté ! Quoi! tu ne mourras point! quoi ! pour punir son i crime...

Mais où va ma douleur chercher une victime? Quoi! pour noyer2,) les Grecs et leurs mille vaisseaux.

Mer, tu n’ouvriras pas des abîmes nouveaux !

Quoi ! lorsque, les chassant du port qui les recèle® L’Aulide aura vomi leur flotte criminelle,

Les vents, les mêmes vents si longtemps accusés, Ne te couvriront pas de ses vaisseaux brisés,

Et toi, soleil, et toi, qui dans cette contrée Beconnais l’héritier et le vrai fils d’Atrée,

Toi,' qui n’osas du père éclairer le festin,

Recule, ils t’ont appris ce funeste chemin!

Mais cependant, oh ciel! ô mère infortunée!

De festons3) odieux ma fille couronnée

Tend la gorge aux couteaux par son père apprêtés

1) eut fa6el$afte§ UngeÇeuer. 2) ertrânfen. 3) Slttmen flemntc.

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