ULYSSE, CLYTEMNESTRE, ARCAS, ÆGINE
^ ULYSSE
Non, votre fille vit et les dieux sont contents. Rassurez-vous: le ciel a voulu vous la rendre.
CLYTEMNESTRE
Elle vit! et c’est vous qui venez me l’apprendre!
ULYSSE
Oui, c’est moi, qui longtemps contre elle et contre vous.
Ai cru devoir, madame, affermir votre époux; Moi qui, jaloux tantôt de l’honneur de nos armes, Par a’austères1) conseils ai fait couler vos larmes; Et qui viens, puisqu’enfin le ciel est apaisé, Réparer tout l’ennui que je vous ai causé.
CLYTEMNESTRE
Ma fille! Ah prince! Oh ciel! Je demeure éperdue2).
Quel miracle, seigneur, quel dieu me l’a rendue?
ULYSSE
Vous m’en voyez moi-même, en cet heureux moment,
Saisi d’horreur, de joie et de ravissement.
Jamais jour n’a paru si mortel à la Grèce.
Déjà de tout le camp la discorde maîtresse Avait sur tous les yeux mis son bandeau fatal, Et donné du combat le funeste signal.
De ce spectacle affreux votre fille alarmée Voyait pour elle Achille, et contre elle l’armée: Mais, quoique seul pour elle, Achille furieux Epouvantait l’armée, et partageait les dieux. Déjà de traits en l’air s’élevait un nuage;
1) fireng. 2) 5<fj bin aut?er mir.