LIVRE IX
Zénaïre en un fauteuil royal est assise , entourée de ses cliambellans et de ses dames. Il la salue profondément ; et non loin d'elle il a pris place en un siège resté vacant.
Près du sénéchal, par malheur, le jouvencel se trouve assis. Ce proche parent de la reine est le plus hautain des guerriers. Bien qu'à l'hiver de ses années, il se figure être au printemps. Quoique sans talent poétique , il se croit un fils d'Apollon, Son costume est celui des jeunes chevaliers j et ses discours maniérés , ceux des faux élèves du Pinde.
La lecture , un instant suspendue , va être reprise. L'élève d'Eral a porté les yeux sur l'auteur qu'écoutait l'assemblée j il l'a reconnu^ c'est DroUon, le descendant de Roscius.
« — Sire chevalier ! » dit-il au sénéchal , » oserais- je vous demander quel est le titre » du poëme ?
» — La vie et la mort d/ Hosannah ( i ) , » répond le puissant dignitaire.
( 1 ) C'était encore là une des folies du temps :
IPSIBQÊ.
)y — D^Hosannahl répète Alamède. Le )) plaisant héros à chanter !
j) — En ce poëme remarquable , » a repris £,fravement le chef, a Drollon conduit » V Hosannah personnifié depuis son bery> ceau jusqu'à sa tombe; et sa muse sème )) de fleurs le sentier de sa noble vie.
» — Sa lecture est- elle avancée?
)) — Le poëme est au dénouement. Ho- )) sannah a perdu la vie.
» — 11 n'est plus!... )) poursuit l'orphelin avec |une expression pathétique : ce Ah ! )) combien je me reproche de n'avoir point )) assisté à ses derniers momens î
)) — Silence ! » dit le sénéchal.
Drollon tient son cahier et déclame.
Helas ! devers l'ancien des siècles disparus
Sa belle âme avait fui... Hosannah n'iitait plus.
on personnifiait tout , et on faisait de la poésie sur les objets les plus antipoétiques : c'étaient des tours de force qui charmaient les lecteurs. Voyez Duradier, Récréât. hisL^ t. I. — Hist. de Nîmes j torae III