LIVRE X. J^l
au poste qui lui est assigné; et la dame de Saint-Chrisogone, dont les paroles coulaient comme l'huile perpétuelle de la cnicbe du prophète (i), reprend avec une nouvelle force :
<( — Noble Provence! royaume des Bo- » zons ! tu vas secouer enfin le joug d'un >) despotisme sans vigueur. Bientôt va dis- » paraître avec la fille de Raymond ce gou- )) vernement à face changeante, à vue » courte, à marche rampante, à pensée rase , » qui , se méfiant sans cesse des serviteurs » de la grande dynastie, regarde comme » séditieux tout souvenir d'antique gloire, )) toute exaltation des cœurs libres, tout )) essor d'esprit élevé , tout enthousiasme » de génie. Oui! demain même sera anéanti )) ce gouvernement à conceptions rétrécies, )) à routes sinueuses, à lumières occultes, » qui se croit étendu, et qui n'est pour » ainsi dire qu'aplati. ))
( 1 ) Elle chez la yeu\e de Sarepta , Livre des Rois, ch. XVI.
A ce dernier mot, à cette dernière imaj^e, Alamède, bien que l'âme triste et serrée y n'a pu retenir un sourire; et, grâce à l'épithète aplati, la brillante sortie d'ipsiboé contre Zénaïre , ne lui présentant plu»
qu'une plu-ase facétieuse , a manqué sur lui son effet.
Le jouvencel attendait impatiemment la Im de ces mouvemens oratoires, comme certains estomacs affamés la conclusion d'une séance législative quand sonne l'heure du repas ; m.als la dame de Saint-Chrisogone était en verve , et semblait , grosse de pensées , avoir retiré de sa chute une véhémence virile , à l'exemple du roi Antée , qui , dans ses luîtes contre Hercule , ne se montrait jamais plus fort que lorsqu'il était renversé.
« — Duc , » continue Tpsiboé , (( en \ os » mains est le pacte sacré qui doit lier le » prince au peuple. Songez qu'il faut, avant » trois jours , que par vous il soit promul- :» gué.
» Quant à moi, ma tâche n'est point tery> minée. Je n'aspire point seulement à ré-