LIVRE XII
)) bien que ses péréj;rlnations , tant soit peu » libres et gaillardes , jettent du louche sur » sa pureté; mais pour obéir à mon roi, je » suis forcé, quoiqu'à regret, de vous dey) mander vos vrais noms; et vous m'allez )) montrer vos traits.
» — Pour obéir à votre roi.'.... » s'écrie Zénaïre avec force. « Eh quoi! le sire de Say> bran , chef intrépide et preux loyal , se )) courberait honteusement sous le joug de » l'usurpateur , oublierait ses premiers ser- » meus, et trahirait déjà sa reine!
)) — Juste ciel! répond Amalric , quelle » chaleur inopinée ! quelle éloquence inat- ):> tendue! pour une sainte à douce extase, » quelle effervescence mondaine ! la fille du :» roi d'Aragon ne m'eût pas mieux apos- » trophé. Je vous remercie, gente dame, » d'avoir daigné me rappeler mes premiers y> sermens à ma reine. 11 me paraît que )) vous et votre compagnon avez pris à tâ- » che de me présenter mon devoir en y> tous ses points et sur toutes ses faces : y> cette fureur d'endoctriner entre-t-elle
y) dans les lois dévotes du vagabondage » sacré?
» — Trêve d^ironie et d'insultes ! » dit Alamède d^un air calme, et comprimant encore sa fureur : (c chef ! vous ne pouvez )) exiger que nous transgressions notre vœu » en vous découvrant nos visages. Trahir » ses promesses au Ciel , c'est manquer au )) Seigneur lui-même ; et prescrire à l'hom- » me un forfait , c'est le commettre le pre- )) mier.
» — Encore de sages réprimandes! en- » core de nouvelles maximes! » reprend l'indigne suzerain. « Vos préceptes sont » péremptoires ; vos sentences sont admi- » râbles j vous l'emportez sur moi en loï) gique; mais je l'emporte sur vous en auw torité : partant , je vous ordonne à tous y) deux de lever et visière et voile.
)) — Sire Amalric ! » dit la princesse du son de voix le plus touchant , (( ne désho- » norez pas votre nom par cet acte de féloy) nie; votre vie fut celle des braves, ne la » souillez point par un crime. Grand par