‹ Irène;Chapitre 17 sur 37 · SCÈNE XXXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXXI

DE CLERMONT, TÉRÉZINE.

DE CLERMONT, à part.

Maintenant et à tout prix, il faut parvenir jusqu'à Irène' lAvpelant.) Terezine? H K"r

térézine, accourant vivement.

Monseigneur !

de clermont.

Où as-tu logé madame la baronne-?

térézine, vivement.

Pas de ce côté!

DE CLERMONT

C'est bien !

TÉRÉZINE.

Dans l'autre bâtiment! et si maintenant monsieur le vicomte veut souper!...

DE CLERMONT

Merci!... je n'ai pas faim.

térézine.

Et votre autre ami qui vous attend toujours!

DE CLERMONT

Il se passera de moi sans peine : à table, il oublie tout!

térézine.

C'est vrai, René, notre premier garçon, m'a dit qu'il en était à sa cinquième de Champagne !

DE CLERMONT

Tu vois bien!... peut-être même a-t-il déjà regagné sa chambre?...

térézine , montrant la porte à droite.

Si monsieur le vicomte en veut faire autant (Montrant le bougeoir qu'elle lient à la main.), je vais l'éclairer !

DE CLERMONT

Ce n'est pas la peine 1 je n'ai pas sommeil I

térézine.

C'est comme ces dames?... nous en avons ici... beaucoup!... Madame la marquise d'Effiat et ses trois filles... et la sœur et la fille d'un vice-amiral !... car nous logeons ici le vici-amiral, rien que cela!... monsieur de Brienne qui doit, dit-on, appareiller celte nuit.

de clermont, vivement.

Cette nuil!... et tu dis que sa fille et sa sœur ne dorment pas... c'est tout naturel !

térézine.

C'est-à-dire sa sœur est déjà rentrée dans sa chambre depuis longtemps, mais la jeune fille, ainsi que madame d'Efliat et les autres demoiselles sont encore sur la terrasse. de clermont, avec émotion.

Vraiment?...

TÉRÉZINE.

Dame!... il fait si chaud sous ce beau ciel de Toulon, qu'il est agréable de respirer la fraîcheur de la nuit et la brise de la mer ! sans compter qu'on aperçoit de loin les vaisseaux de l'escadre qui sont à l'ancre!... (Se retournant et apercevant Clermont qui vient de monter l'escalier du fond.) Eli bien! où allez-vous donc? de clermont, sur l escalier.

Je vais voir les vaisseaux de l'escadre à la clarté des étoiles... ce doit être un coup d'œil magnifique.

térézine, d'un air de regret.

Vous croyez?

de clermont, du haut de la galerie du fond où il vient de monter, à Térézine, qui est restée sur le devant du théâtre, près de la table, à droite.

Porte de la lumière dans ma chambre.

Oui, monsieur.

DE CLERMONT

Et va à tes affaires... ne t'occupe pas de moi.

térézine, sur le devant du théâtre.

Vous n'avez rien autre chose à me demander?

de clermont, avec impatience.

Eh non, le dis-je, va-t'en! va-l'en! (A part, s' approchant de

V extrémité de la galerie, et jetant un regard sur la terrasse qu'il

est censé apercevoir.) Ces dames ont quille la terrasse... une

seule est restée... mais je ne vois que sa taille!... assise sur un

banc... rêveuse et les yeux fixés sur la pleine mer!... (Avec joie.)

C'est Irène! elle contemple le navire qui demain doit emporter i sonpèie!.. pareilleoccasionne se représentera jamais... Maissi, en me voyant, elle s'éloigne... Allons... allons!... (lise précipite sur la terrasse, à gauche, et disparait.)

térézine, pendant ce temps, a allumé deux bougies; elle en laisse une sur la table à droite, elle porte l'autre, ainsi que le nécessaire de voyage, dans la chambre n. 13, dont elle laisse la porte . ouverte. Elle rentre un instant après, un peu avant que Clermont ail disparu.

Tout est prêt là dedans, et quand il voudra... Va-t'en, a-t-il dit, va-t'en!... il a raison! (lîenant son bougeoir à la main, elle remonte le théâtre.) Allons!... (Avec un soupir.) allons retrouver M. Jaquemart ! (Elle sort par la porte du fond quelle referme.) SCENE XIV.

DE CLERMONT, reparaissant au haut de la galerie à gauche, et regardant du côté de la terrasse.

Elle vient!... elle vient!... elle obéit... elle suit la route que je lui ai tracée! (Le bras étendu vers la terrasse, et marchant toujours à reculons, il disparaît un instant par la droite. Irène paraît en ce moment à gauche, à l'extrémité de la galerie. Elle s'avance lentement, et vendant ce temps, Clermont, qui a redescendu l'escalier, se trouve uu milieu du théâtre.) Sur cette terrasse, on pouvait nous entendre... sa tante pouvait s'éveiller... et il faut que je la voie, que je lui parle... (Irène, qui avait disparu un instant pendant les phrases précédentes, descend en ce moment l'escalier.) Je n'y puis croire encore... c'est elle!... près de moi... au milieu de la nuit!... Mais ici... dans celle salle, si quelqu'un de la maison allait nous surprendre!... (Montrant la porte à droite, et traversant le théâtre.) Là... ce sera plus sûr! (S'arrétanl.) Non... non... chez moi... je n'oserai pas! qu'elle ne me devine pas. Je le veux!... qu'elle ne reconnaisse pas celui qui la force d'obéir, lll lui commande du doigt de se diriger vers le grand fauteuil qui est à gauche et de s'y asseoir. Irène obéit.) Ab ! qu'elle est belle ainsi, et quel bonheur de la contempler!., mais le silence même qui nous environne m'effraye ! et pourtant je n'ose lui parler, il me semble qu'au son de ma voix, mon rêve va se dissiper, et cette ombre s'évanouir!... (Après un moment de silence.) Irène!... (Elle tressaille.) Est-ce bien moi qui vous ai plongée dans le sommeil où vous èles? (Elle fait signe que oui.) Pourquoi ne parlez-vous pas? Parlez! je le veux. M'enicndez-vous?

Oui!

SE CLERMONT

Qu'éprouvez-vous ?

Je souffre... ah!... je souffre!...

DE CLERMONT

Et pourquoi?

D'obéir, malgré moi, à une volonté qui a brisé la miennoS

DE CLERMONT

Craignez-vous donc ici quelque danger?

Non ! Dieu me protège !

DE CLERMONT

Pourquoi alors venez-vous de tressaillir ?

J'ai honte!

DE CLERMONT

De quoi?...

D'être ici!... de ne plus être près de ma tante!

DE CLERMONT

Votre tante!... N'est-ce pas elle qui dirige toutes vos pensées? qui dicte vos décisions?

Non!

DE CLERMONT

N'est-ce pas elle qui repousse tous les partis qui se présentent?

C'est moi!... moi seule!

Vous! et pour quel motif? Képondez !

irène, comme forcée d'obéir.^ Il y a dans le monde... quelqu'un.

DE CLERMONT

Eh bien?...

irène, avec expression.

Que j'aime!

de clermont, à part, avec un mouvement de dépit. Dieu ! et moi qui ne m'en doutais Das ! elle eu aime un autre !..

Une inclination!... une inclination contrariée... (Haut.) Il est donc jeune, aimable, brave?

Oui.

DE CLERMONT

D'une haute naissance?

Oui.

DE CLERMONT

Ainsi donc, il méritait votre amour?

Non !... Il ne mérite que mon mépris... et cet amour dont je rougis... j'ai juré de le combattre... de l'oublier, dussé-je en mourir!

DE clermont, avec émotion.

Quel est donc ce cavalier si redoutable, aimé et méprisé à la fois? (Voyant qu'elle garde le silence.) Quel est-il?

Je ne le dirai pas !../Je ne le puis !

DE CLERMONT

Parlez?

Non... non... je vous en prie... Je ne le veux pas. (De Clermont étend la main au-dessus de sa tête.) Vous me faites mal...

DE CLERMONT

Son nom !... (// étend toujours sa main, et Irène, haletante, oppressée, et comme vaincue par une force supérieure, laisse échapper ces mots :) Henri de Clermont !

de clermont pousse un cri et s'éloigne d'Irène qui semble respirer et renaître.

Moi!... moi... est-il possible, grands dieux!... Ah! elle a raison, je ne mérité pas... (Haut et se rapprochant d'elle.) Et vous l'avez banni de votre cœur comme de votre présence?... Répondez? Vous ne désirez plus le voir ?

Jamais ! jamais ! je ne le dois pas! (De Clermont étend la main sur elle.) Mais au prix de tout mon sang, je voudrais que ce lût possible... je voudrais pouvoir lui dire une fois... une seule fois tout ce que j'ai là dans mon cœur. de clermont.

Eh bien donc... que cela soit! que je l'entende et que je meure après! (Il prend un fauteuil et s'assied près d'elle.) Irène... Irène, votre main dans la mienne.... ( Irène tressaille. ) vous que j'aime, ne me reconnaissez-vous pas!

Ah! Henri! C'est toi!... Qu'il y a longtemps que je ne t'ai vu; mais j'ai toujours pensé à toi... Toujours... Moi, je t'aime tant, et cependant tu me fais tant de chagrins, ce jeu effréné... et tes duels, tes amours.... Je n'ai pas l'air d'écouter, mais j'enlends! j'ai l'air de rire... mais je souffre. Je sens là comme un fer aigu qui me perce le cœur, je suis malheureuse... je suis jalouse...! mais cela ne m'empêchera pas de l'aimer... au contraire, je le crois !

de clermont.

Est-il possible!

Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi me faire tant de peine? Ces femmes que lu me préfères... elles ne sont pas si jeunes, si jolies que moi... Cela me semble du moins... et elles ne l'aiment pas auianl....ah! j'en suis sûre!

de clermont.

C'est vrai... c'est vrai! (Haut.) Mais n'est-il pas moyen d'effacer mes torts.... de mériter ton cœur et ta main? (Irène fait signe que oui. ) Dis-les-moi donc... parle.... Je le veux? irène, ayant l'air de lire dans l'avenir.

Attends... attends !... ne sais-tu pas que de grands événements se préparent... que déjà il y a une guerre... bien loin d'ici... en Amérique...

DE CLERMONT

Eh bien... achève?

Eh bien... mon frère vient de partir, et tous nos jeunes gentilshommes s'embarquent... tous ceux qui ont du cœur... Tu en as, Henri!... va avec eux!...

DE CLERMONT

J'irai...

Abandonne cette vie de désordre... où tu ne trouverais que la honte. Il y a là bas de l'honneur à acquérir!

DE CLERMONT

Je partirai !

Et à ton retour viens demander ma main à mon père. Je serai là, je t'aurai attendu. Je t'attendrai toujours. Vivant, je serai à toi, et mort, à personne!

lft

DE CXERMONT.

Tu me le jures?

Je n'en ai pas besoin, tu peux compter sur moi!

DE CLERMONT

Un gage au moins... un seul!

irène, souriant.

Un gage... dis-tu? te rappelies-lu la dernière fois que tu m'as adressé la parole à Versailles... c'était pour (n'offrir un bouquet !

DE CLERMONT

Que vous avez repoussé avec dédain et jeté à terre.

Devant toi! mais après ton départ, je l'ai ramassé. (Montrant son cœur.) il est là. Que de fois je l'ai couvert de mes larmes... (A demi voix.) et de mes baisers... liens le voiià! ce sera ton talisman à toi; quand lu me le rapporteras,, après la victoire, je le donnerai en échange, non pas mon cœur... il esta toi, mais moi, moi!... le veux-tu?

DE CLERMONT

Ah ! jamais un tel langage ne s'était fait entendre à mon oreille, ni à mon cœur... oui, ces fleurs, je te les rapporterai! oui, désormais fidèle aux lois de l'honneur... (Ecoulant vers le fond du théâtre.) Quel bruit s'est fait entendre?... on marche de ce coié... l'entends-tu?

Oui!... on vient... on se dirige là... vers cette chambre!

DE CLERMONT

Eh! qui donc?

Une ennemie ! (La porte du fond s'ouvre.) de clermont, regardant.

0 ciel !... la baronne ! (// se place devant le grand fauteuil où est Irène et cherche à la cacher.)

SCÈME SV.

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