‹ Irène;Chapitre 8 sur 37 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LES PRÉCÉDENTS, TÉRÉZINE, rentrant par la porte à gauche.

TÉRÉZINE.

Monsieur le vice-amiral est servi dans la salle du rez-de-chaussée.

m. de brienne, souriant.

La chambre d'honneur qui donne sur le jardin!

térézine.

Et du jardin... on peut remonter par la terrasse dans la chambre de ces dames qui est juste au-dessus. Irène, à son père.

Ce sera commode ! vous viendrez nous dire bonsoir!

M. de brienne, à demi-voix.

Mieux que celai... Vous faire nies adieux!

0 ciel 1

M. DE BRIENNE

Sans l'avouer à ta tanle, à qui je veux épargner ce momentlà... à cause de ses crises nerveuses! mais à toi, qui as de la force... je peux te le dire : je pars celte nuit!

Vous, mon père!

M. DE BRIENNE

J'en ai reçu l'ordre. Il faut que demain soir nous soyons en vue de Gènes 1 Ainsi donc, quand vous vous éveillerez... nous aurons mis à la voile ! (.4 Irène, qui porte sa main à ses yeux.) Allons, allons, ai-je eu tort de compter sur ta fermeté ?

Non, mon père !

M. DE BRIENNE

C'est à loi d'en donner à ma sœur, et d'être, en mon absence, sa consolation et sa tille !... et si jamais tu cessais de mériter son affection ou la mienne... tout serait fini pour ton vieux père !

Qu'osez-vous dire? Est-ce que c'est possible!

M. DE BRIENNE

Non ! non ! Que veux-tu ?

Air:

Ma faiblesse est bien naturelle :

Quand il fuut quitter son enfant, Tout vous effraye, et c'est pour ello Qu'on devient timide et tremblant !

Allons donc, quel enfantillage, A mon tour, je vais vous gronder!

Vous qui m'ordonniez le courage...

M. DE BRIENNE

C'est moi... qui viens t'en demander !

ENSEMBLE

Mal il | faiblesse est bien naturelle :

Quand il faut quilter son enfant, • Tout vous clï'raye, et c'est pour clic Qu'on devient timide et tremblant!

(il/, de Brienne sort avec sa fille par la porte à gaucho que Térézine vient de leur indiquer.) SCÈNE IV.

TÉRÉZINE, puis CLERMONT.

térézine, regardant sortir M. de Brienne et sa fille. Un amiral ! c'est un lier honneur pour la maison ! Nos voisins de la Croix de Malte vont-ils enrager, eux qui ont fait tant de bruit le mois dernier pour un malheureux capitaine de frégate! (On entend le fouet du postillon.) Ali! encore du monde, par la poste!... Celui-là n'est pas un marin!

m. de clermont, à la cantonade.

Délèle les chevaux... Je coucherai ici. Je connais la maison. (// entre en scène, et un domestique qui cnlrt après lui, pose sur la table à droite un nécessaire de voyage.) térézine.

11 paraît que c'est une pratique ! eh ! oui, ce jeune gentilhomme, !

qui, l'autre année, allait en Italie par le chemin de la Corniche!... le vicomte de Clermont.

de clermont, riant.

Térézine!... la petite servante provençale qui l'année dernière a fait ma chambre.

TÉRÉZINE.

Oui, monsieur le comte.

DE CLERMONT

Tu vois que j'ai de la mémoire! mais c'est que lu menaçais déjà d'être fort gentille. (S' approchant d'elle.) Et il me semble que depuis, le danger n'a fait que s'accroître! térézine, se reculant.

Ah ! bien oui!... mais ce n'est plus ça ! je ne suis plus la servante, je suis la maîtresse de l'auberge. de clermont.

En vérité !

térézine.

Monsieur Jaquemart m'a épousée !

de clermont.

Ce brave monsieur Jaquemart!... Qu'est-ce que c'est que monsieur Jaquemart?

térézine.

Un célèbre cuisinier de Marseille, qui a éludié à Paris, chez un fermier général. Il est venu acheter à Toulon, l'hôte! de la Croix d'Or où j'étais déjà servante, et en me voyant!... pétaire! de clermont.

Amour, tu perdis Troie!

Ah! je ne sais pas, monsieur... etquoîque je n'eusse rien..»

DE CLERMONT

Monsieur Jaquemart a fait une très-bonne affaire. Air. : Restez, restez, troupe jolie* Cette mine gentille et vive Doit l'enrichir !... car, grâce au ciel, Pour t'adrnirer chacun arrive !

Et dans les comptés de l'hôtel, Le voyageur, s'il faut qu'il parte, Ne peut plus rien vérifier; Tes yeux lui font perdre la carte, Quand il s'agit de la payer !

Térézine, faisant la révérence.

Vous êtes bien bon !

DE CLERMONT

C'est égal! tu méritais mieux que cela !

térézine, baissant les yeux.

Vous trouvez ?

de clermont.

Oui, je suis fâché pour loi, que tu aies épousé un cuisinier, quelque célèbre qu'il soit! mais d'un autre côté j'en suis content!

TÉRÉZINE.

Et pourquoi?

de clermont, froidement.

Parce que j'aurai un bon souper, j'en suis sûr!

térézine, étonnée.

Quoi, monsieur le vicomte...

de clermont, entendant le fouet du postillon. Tiens, voilà des voyageurs qui arrivent. Occupez-vous d'eux, madame Jaquemart.

On a le temps! votre chambre est là, monsieur le vicomte, au numéro 13. C'est votre ancienne!

de clermont.

C'est bien! ne pensez pas à moi, je vous en prie!

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