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CHAPITRE XIV

Note 1.— Le spasme d’une passion profonde. Il en est du mot spasme comme d’hallucination ; il sera peut-être un peu trop savant pour plusicurs classes de lecteurs. Hallucination pouvait à la rigueur se traduire par illusion; mais spasm n’a point d’analogue en français parmi les expressions du langage vulgaire Quand même il en aurait eu, j'aurais toujours préféré le mot scientifique; car aucun autre ne saurait représenter d’une manière plus frap-

( 252 pante l’image dont il's’agit ici. Il n’est pas nécessaire d’être versé dans les secrets de la physiologie pour savoir que lés impressions capables de causer lévanouissement ne sont pas toujours immédiatement suivies de ce résultat. Tout le monde a pu voir des individus occupés d’une idée fixe , ou en proie à une passion violente, arriver au but qu’ils s’étaient proposé, ou satisfaire leur passion, quoique dans l'intervalle ils eussent été exposés à un grand danger, qu’ils eussent reçu quelque nouvelle accablante ou quelque blessure très-grave, capables l’une et l’autre d’anéantir leurs forces à l’instant même, si leur esprit avait été dans son assiette accoutumée. Le mot spasme veut dire resserrement , et personnifie en quelque sorte cetle agitation intérieure qui empêche le corps'de s’affaiblir, et soutient lecourage de l’âme. La nature finittoujours par l'emporter, et la réaction n’est pas'moins terrible, quoiqu'’eile ait été différée.

C’est chez les féfnmes surtout qu’on observe cette singulièré aptitude à conserver

} la présence d'esprit, et à mettre un grand intervalle entre l'impression recue et l'effet qui doit en être la suite. En voici un exemple, que l’auteur de cette note cite d'autant plus volontiers , qu’il honore le courage d’une personne à laquelle il tient par les liens du sang et de la plus tendre amitié.

Le 2 juillet :8:5 est un jour mémorable dans les annales de Montpellier par la modération avec laquelle le général Gilly réprima des actes qui, d’après les lois de la guerre, pouvaient autoriser des représailles terribles. La ville s'était révoltée contre l'autorité, du, gouvernèment ;. elle opposa une petite armée aux soldats que le général était allé chercher pouf. la faire rentrer dans Pordre. La petite armée fut dispersée presque,sans coup férir; mais le tocsin sonné par toutes les cloches fit promptement former de nouveaux altroupemens d'hommes armés., Une fusillade assez vive ‘s’engagea sous les murs de la ville, et se continua dans les rues. Plusieurs coups de fusii furent tirés sur les militaires, des fenêtres de quel-

( 254 ) ques maisons. Cependant la citadelle qui avoisine la ville, et qui était restée soumise

au général, avait commencé un feu d’artillerie qui, sans faire beaucoup de mal, calma bientôt l’ardeur belliqueuse des révoltés qu’animait le tocsin. Cinq ou six maisons eurent à peine des boulets... Dans la position de la citadelle, et avec l'artillerie qu’elle avait, quatre heures auraient suffi pour réduire Montpellier en un monceau de ruines et de cendres. Les citoyens paisibles étaient enfermés chez eux, et ne pouvaiert savoir au juste ce qui se passait au dehors : d’après le fracas qu’on entendait, il était aisé pourtant de se persuader que le danger était grand Cc fut au milieu de cette agitation que M°*.....8e rappela qu’un fils d’un ami de sa famille était au lycée de Montpellier: dans la position où est le local du lycée, et avec le bruit de canons qu’on entendait , on pouyait croire que les premiers boulets allaient démolir cet édifice. Toute la famille de M"... était oceupée à donner des soins à plusieurs per”

gonnes que la frayeur avait fait refugier dans sa maison ; elle profila de ce désordre pour sortir, traversa la ville, et arriva au 1ÿcée pour soustraire au dauger la personne à qui elle s’intéressail La porte du lycée était close, et rien ne put décider le portier à l’ouvrir. Pendant qu'elle frappait, trois coups de fusil furent tirés sur elle, de l'esplanade. Aucun ne l’atteignit ; mais toutes les balles s’aplatirent sur les murs du lycée à quelques pouces de sa tête. Ce ne fut que lorsqu'elle eut acquis la certitude qu’elle ne pourrait emmencr l'élève qu’elle allait réclamer, qu'elle se décila à regagner sa maison. Elle traversa donc de nouveau la ville en courant, arriva chez elle, demanda un siége , et s’'évanouit au moment où elle se préparait à expliquer la cause de son agitation.

Nute 2. — Kerna-Zel. J'ai dit que c'était le nom turc du fam-taæm. Toutes les personnes qui ont «ntendu cet instrument connaissent leffet singulier que produisent

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( 256 ) ses tintemens : ils ont quelque chose de féroce et de mélancolique , comme le caractère des peuples par qui le tam-tam a été inventé. On s’en sert au théâtre pour imiter le glas ou le tocsin, Je me rappelle encore l'impression terrible que j'ai ressentie au moment où le son du beffroi annonce que l’innocence de Calas a été reconnue trop tard.

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