‹ iryah neemanahChapitre 18 sur 35 · CHAPITRE III. — LA MORALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LA MORALE

un rôle considérable dans les croyances religieuses, qui, sans prendre une place bien décidée dans la théologie juive, antérieurement à l'ère chrétienne, ne lui fut pas cependant étrangère ; nous voulons parler du dogme du péché originel. C'était, à ce qu'il paraît, une opinion reçue parmi les Juifs palestiniens, deux siècles avant l'avènement du christianisme, qu'une femme, Eve, a introduit dans le monde le péché et la mort (1). Il ne pouvait se faire qu'à une époque où l'étude de la loi était l'occupation exclusive des écoles juives, le récit de la chute de nos premiers parents (2), auquel les prophètes ne font pas une seule allusion, ne devînt le thème d'une théorie sur l'origine du mal. Il est même étonnant que ce passage de la Genèse, du moment qu'il eut fixé l'attention des docteurs, n'ait pas donné naissance aussitôt à la doctrine bien arrêtée du péché originel. Ce qui est certain, c'est que cette doctrine est encore très vague dans l'Ecclésiastique. L'auteur en est si peu préoccupé, malgré la déclaration que nous venons de citer, qu'il cherche au péché bien d'autres causes que la transgression de nos premiers parents (3); et dans tous les cas, il ne semble pas lui attribuer une influence décisive et universelle. Sans doute, il reconnaît qu'il n'est point d'homme qui, au point de vue moral, ne mérite des reproches (4); mais si la race humaine est une race flétrie, en tant qu'il est des hommes violant les commandements de Dieu, elle est aussi une race respectable, en tant qu'il en est d'autres qui craignent le Seigneur (5).

La doctrine du péché originel prit cependant peu à peu une

(1) Eccb's., XXV, '^3.

(2) Genèse, III.

(3) Ecclcs., IX, 12; LI, 13.

(4) Ibid , VIII, 5.

(5) Ibid., X, 10.

plus grande place dans la théologie juive; on la trouve du moins très nettement formulée dans les écrits postérieurs, il est vrai, à l'ère chrétienne, mais qui ne sont certainement que les échos d'une opinion depuis longtemps établie.

« Toutes les choses, dit Hokhaja, disciple de Judale Saint, ont été créées parfaites ; mais elles sont tombées dans la corruption par suite du péché du premier homme (1). » Et ce n'est pas là une idée particulière à ce rabbin ; elle revient dans les écrits de plusieurs docteurs juifs. Un rabbin du moyen âge la présente même en des termes presque identiques à ceux qu'emploie saint Paul. « Le premier homme, dit R. Bekhaï (2), a été la cause de la mort de tous ses descendants. 9 II n'est pas vraisemblable que ce rabbin connût les écrits de l'apôtre, et il l'est moins encore que, dans le cas où il les aurait connus, il se fût décidé à reproduire la pensée de saint Paul presque dans les mêmes termes. On est bien plutôt tenté d'admettre que les paroles dont il se sert appartiennent à quelque tradition dérivant des anciennes écoles de la Palestine. Cette doctrine est plus fortement accentuée dans les écrits judéo-alexandrins que dans l'Ecclésiastique. « Dieu, dit l'auteur de laSapience (3), avait créé l'homme pour l'immortalité ; il l'avait fait à son image. L'envie du diable introduisit dans le monde la mort, qui est devenue l'héritage de tous. » Comme on le voit, cette doctrine se fonde encore sur le récit de la chute d'Adam et d'Eve. Philon le prend aussi pour point de départ; mais il l'explique dans un sens allégorique. Le premier homme avait été créé parfait, aussi bien quant à son corps que quant à son àme (4). Il suivit d'abord la loi du Verbe divin, loi

(1) mi ttTVTD, section rP\r.N12. Cf. Rom., V, 19.

(2) riTinn bv "F!!, section 'pnnxi. Cf. Rom., V, 12, et Ie Corintk., XV, 21.

(3) Sapience, II, 2-1 et 25.

(4) De mundi opif., § 47.

Page 1