ANTOINE, MATHURINE
Antoine.
Enfin, Mathurine , c'est donc demain que f aUa»9 êtc© unis ?
Mathurine.
Hélas!
Antoine.; Qu'veux-tu dire avec ton hélas ! est-ce que tu ne serqis pas ben aise de devenir »ot* femme ?
Mathurine.
Tu ne m'comprends pas , Antoine ; c'est , quVois-tu , quoiqu' d'ici à demain matin , il n'y ait pas grand tems à attendre, j'trouvons que c'est encore ben long et j'voudrions qu'ça fut déjà bâclé.
Antoine, en riant.
Pour me faire endéver pus à ton aise , n'est-ce pas ?
Mathurine.
Monsieur Antoine , qu'vous êtes méchant ! vous prêtez toujours de mauvaises intentions au monde. Antoine.
Allons, Mathurine, fi l que c'est vilain d'vous fâcher ! n*vois-tu pas que c'est pour rire ? tu sais ben toi-mêma que j'sis aussi désireux qu'toi que st'a^airei-là soit termi-
née , mais ça ne peut pas aller pus vite ; quoique j'soyons fiancés toi et moi , y faut encore une p*tite çarimonie par dessus le marché. M*est avis qu y faut prendre le tems en patience, nous attrister, ça ne nous serviroit de rien, par ainsi pour nous égayer tous les deux , viens m'emtrasser, petite boudeuse." ( Mathurine L* embrasse. ) Oh ! comme c'est bon , un baiser, la veille d'un mariage. Mathurine.
Plus que riendemain , n'est-ce pas ?
Air : Que mon âge et mes cheveux blancs, X'amour qui fait notre bonheur , li'plus souvent n'est qu'une chimère . An ! c'te délicieuse erreur Passe comme une ombre légère ; Wvoit-on pas toujours le désir S'éteindre par la jouissance ?
Car , en donnant tout au plaisir.
On ôte tout à l'espérance. bis,
Antoine.
Oh , dans mon fortuné destin Dont l'aurore à luire commence , Heureux un jour... du lendemain Je conserverai l'espérance. bis.
Mathurine.
JVois qu'tas raison , il n'y a que moi qui ait tort.
Antoine.
Mais , à propos de not' mariage , j'allons avoir tin fier lionneur , va.
Mathurine.
Que veux-tu dire ?
Antoine.
J'n' sommes qu'un pauvr' jardinier d'Auteuil , mais j'suis sûr et certain que ça Tra du bruit dans le monde. Mathurine.
Eh bien ! qu'est-ce ?
Antoine.
Ah oui , fort bien ! qu'est-ce ?.. déjà de la curiosité,
Mathurine.
Dam' ! aussi c'est toi qui l'as fait venir.
Antoine.
Tiens,laîsse-moi, j'aimons mieux t'ménager une surprise.' Mathurine, Lui passant la main sous le menton. Mon cher petit Antoine , j'ten prie , dis-le-moi.
Antoine.
Mon cher petit Antoine ! par ma fine , il faudroit avoir
AVECSESAMIS. 5
Pcœur plus dur qu'uu vrai caillou pour résister à ça. Les Çlles ! ça vous a un secret pour enjôler les hommes : îeîi ben ! écoute : Tu connois ben ces messieurs qui v'nons si souvent ici, voir monsieur Boiieau mon maître ? Mathurine.
J'ies ons vu queuqu'fois.
Antoine.
Apprends donc qu'ils s'ront de riot' noce.
Mathurine.
Ils seront de not' noce ?
Antoine.
Eh oui! palsanguienne , ils en seront ;not* maître TeuT a dit comme ça que j'devions t' épouser , et eux ils ont répondu tout d'suite qu'ils voulions çn être , qu'ils voulions voir comment qu'ça se passoit,une noce de campagne. Mathurine.
M'est avis que ça se passe comme à la ville.
Antoine.
Eh bien ! c'est ce qui te trompe.
Air : De la contredanse la Chimène.
Car dans ce pajs-là , Mathureine , C'est pour l'argent que l'cœur fait tic-tac; Quand on se marie , on s'connoit à peine , Et ce qu'on épouse , c'est un sac.
Aussi dans c'vilain mariage , On n'saime pas du tout , vraiment; D'un côté , l'époux est volage , Du sien , la femme en fait autant.
Oui , dans ce pojs-là , Mathureine , etc.
Mathurine.
Seroit-il bien possible que les habitans de la ville soyons tous comme ça ?
Antoine.
C'est comme je te l'dis.
Mathurine.
En ce cas, je te défends d'y remettre les pieds.
Antoine.
Pourquoi donc ?
Mathurine.
J n voulons pas qu't'y retournes , tu n'aurois qu'à leur ressembler et ne plus aimer que l'argent.
Antoine.
^ Tes appas s'ront toujours le tarif ousque je verrra uia richesse.
Mathurine.
Tu me rassures. — Dis-moi donc une chose , Antoine , comment que ça s'appelle le commerce de ces braves gens qui se sont invités à iiot' noce? Antoine.
Le commerce ?
Mathurine.
Oui, leux métier ?
Antoine.
Attends un peu que j Wavise , ça s'nomme... tiens ife font comme mon maîtr' ; ils lisont aussi dans Tgrimoire... ils sont poetres , à ce que j'crois.
Mathurine.
Et qu'est-ce que c'est que d'être poetre ?
Antoine.
Oh! qu'est-ce que c'est... qu'est-ce que c'est? ça n'est pas ben maKn, va., c'est... c'est... c'est d'faire comme si on étoitfou.Tu n'entends p't'étre pas, mais tu en sauras tout à l'heure tout autant que moi ; regarde et écoutemoi ben seulement.
Air : Nouveau de la composition du cit. Robineau,
St'ila qui fait des volumes , 11 l'y faut du papier , Un' table , uii encrier , Un canif avec des plumes , Alors , il s'met à son métier :
Quand quelque chose l'arrête , Tout d'suite il s'gratte la tête , Il s'iève , il s'assied, Il frappe du pied , Et puis il s'mord vingt fois, Les doigts.
Il est content Un instant, Et puis après , Sur nouveaux frais , Quitt* sa place , Et fait la grimace ;
Enfin il écrit...
Eh bien ! je t'ai dit ,
Comme on fait de l'esprit.
Mathurine.
Quoi ! ça n'est pas plus difficile que ça ? tu pourroî» donc être poëtre ^ si tu voulais ?
AVECSESAMIS. 7
Ma fine ! tout conune un autre , si j'savois seulement lire et écrire , ah mon dieu ! quie j'frais de belles choses ! Mathurjne.
Et s'ront-ils beaucoup, ces messieurs poëtres , qui v'noos à not' ttoce ?
Antoine.
J'crois qu'ils s'ront quatre.
Mathurine.
Que quatr' ? cVest guères.
Antoine.
Tatigué , Mathurine , comm' t'y vas ; combien t'en faot-ii donc ? tu n'sais donc pas que c'sont les plus fiars esprits de toute la France. v
Mathurine.
Voyez-vous , ça ?
Antoine.
Déjà d'abord et d'un , il y aura monsieur Molière , qni fait des comédies ; monsieur Baron , qui joue la tragédiej nous aurons de plus monsieur Chapelle , c'bon vivant à qui il arrive quelquefois débouter n'ot bon mait' tellement eu train que ma fine... ( il fait le geste d*iui homme qui est gris et qui chancelle. ) et c'bon monsieur La Fontaine, à qui les autres font toujours un tas de niches. Mathurine.
Ah , mon dieu ! queu plaisir j'allons avoir ! Antoine , il m'vient une idée.