MARTIN & GRÉGOIRE
MARTIN
Air : ^ Blaye la jolie vilk,
jL^H ça , mon cher Compère, Nous voici feuls , fefpere s Nous pouvons maintenant.
Parler fecrettement.
GRÉGOIRE
Quelle eft la confidence Qui m'appelle chez toi >
MARTIN
Elle eft de conféquence.
Grégoire, écoute -moi.
/tiR. : Chantons les Amours de Jeanne, J'ai perdu Jeanne ma femme.
GRÉGOIRE
Ma femme Hélène a pris fin.
MARTIN
D'y penfer ça me fend l'ame ;
GRÉGOIRE
Je ne m*en confole brin.
MARTIN
La pauvre Jeanne !
Bii
ao LE GATEAU A I)EUX FEVES ^ GRÉGOIRE.
La pauvre Hélène l MARTIN.
Savoit me mener î
GRÉGOIRE
Tout comme la mienne l MARTIN.
Savoit me mener par le droit chemin.
Jeanne abhorroit la bouteille.
GRÉGOIRE
Hélène abhorroit le vin.
MARTIN
Lorfque j'allois fous ta treille ,
GRÉGOIRE
Quand f allois chex toi , Martin , MARTIN.
JLa pauvre Jeanne !
GRÉGOIRE
La pauvre Hélène!
MARTIN
Crioit après moi l
GRÉGOIRE
Tout comme la mienne !
MARTIN
Crioit après moi du foir au matin.
D'ailleurs ma femme étoit fage.
DIVERTISSEMENT. «il
GRÉGOIRE
La mienne , femme de bien >
MARTIN
Quant à Thonneur du ménage >
GREGOIRE
Et quant à notre lien ,
MARTIN
La pauvre Jeanne î
GRÉGOIRE
La pauvre Hélène l
MARTIN
Ne ma jamais fait ! j
GRÉGOIRE
Non plus que la mienne 1
MARTIN
Ne m*a jamais fait me plaindre de rien.
Air : Les Mariniers d'ia Grenouillère^
J*ai quafiment perdu la tête , Depuis qu elle a perdu le jour.
Tu connoiflfois dans ce féjour Son beau goblet des jours de Fête ; Chez toi le pareil eft , je crois , Et fert quand on chomme les Rois.
GRÉGOIRE
Air : Accoure^ tous , & que chacun écoute^
Eh bien i
Bilj
2i LE GATEAU A DEUX FEVES, MARTIN.
Eh bien ! on me l'a pris , Comperc.
GRÉGOIRE
On te l'a pris ?
MARTIN
On me la pris vraiment.
GRÉGOIRE
Courons , ami , chercher le téméraire Qui t'a volé ce meuble intérelTant.
MARTI N
Tu prends la chèvre , Car c'eft l'Orfèvre Qui me Ta pris pour le poids de l'argent.
GRÉGOIRE
Air: De la Vaudreuil , Contredanfe.
Ah ! Compère , ah 1 Compère , Ce n eft pas bien 5 Mais c croit néceflaire Pour diftraire La peine amere Que vous couviez au fond de votre fein.
Et moi l n'ai- je pas , dans la gêne 3 Vendu ces couverts argentés , Qu'en ménage ma chère Hélène M'avoit par furcroît apportés ?
MARTIN
Ah l Compère , ah 1 Compère ^ Ce n eft pas bien 3 Mais c'étoit néceflaire Poux diftraire
La peine amere Que vous couviez au fond de votre fein.
Les miens font à ton lervice.
GRÉGOIRE
Compte fur le même office j Viens prendre , avant le fervice , Mon grand goblet pareil au tien.
Ensemble.
Ah ! Compère , ah ! Compère , C'eft un malheur 3 Mais pouvions - nous mieux faire ?
Ah l Compère , ah .' Compère, Il falloir bien avaler la douleur.