LES MEMES, BLANCHKT, BLANCHETTE
LAURENT
Bonjour, Blanchet.
BLANCHET
Bonjour , monsieur Laurent. Bonjour, mes amis.
LAURENT
La sante, monsieur Blanchet?
BLANCHET
Mais....
BLANCHETTE , V inter romp ant. Excellente, comme vous voyez.... Eh bien ! pere Laurent , vous ne in'embrassez pas?
BLANCHET
Allons, pere Laurent, voulez-vous bien embrasser ma femme.
LAURENT , embrassant Blanchette.
Avec plaisir.
BLANCHET
La!
BLANCHETTE
Ah! dame, quand on est heureux.... de bonne humeur.... on est toujours dispose a faire bon accueil aux gens-, et moi et Blanchet nous sommes si contents.
BLAN'CHET
Oui , ma femine et moi , nous pouvons nous flatter... BLANXHETTE , rinlerro7nj)anf.
D'etre contents.... je Tai dit.... Celte chere demoiselle Isaure, ma soeur de lait.... car c'est ma sceur de lait.... on va done la marier... !
LAURENT
Comment, vous savez?.,. Eh bien !... j'avais tori...
BLAXCHET.
Certainement, et tenez... je vais vous dire....
BLANXHETTE , Vinterrompant.
Je m'en charge.
BLAXCHET.
Ma femme s'en charge.
BLANXHETTE.
II y a trois jours , M. de Saint- Vallier a passe' par notre ferme.... II allaita Bagneres chez le notaire.... et il nous a dit qu'aujourd'hui nous pourrions venir feliciter mademoiselle Isaure sur son mariage.
BLANXHET.
C'est vrai , voila le fait.
BLAXCHETTE.
Aussi , des le point du jour ,
Air : Jeune bateliere.
J'ai mis pour etr' belle
Ce que d'mieux j'avais,
Celt' roLe nouvelle,
Ces rubans tout frais.
Sans etre coquette,
J'aime !es atours:
Un peu de toilette
Va si bien toujours.
Par sa parure autant qu' par ses discours Une jeune Gllette Suit 6xer les amours.
BLANCHET
Je le dis sans blame Puisqtie calui plait, Tons les jours ma femme S' fait bell' comrae elle est.
C'est une coquette Qui tient aux atours.
BLANCHETTE
Un peu de toilette Va si bien toujours.
Par sa parure autaut quepar sesdiscouis Une jeuue fillette Sait fixer les amours.
Apres 9a, en route, et grand train...
BLANCHET
Qui, avec 9a qu'en traversant le bois j'avais une peur....
LAURENT
Peur... en plein jour.
BLANCHET
Je crois bien... et le raonstre...
LAURENT
Quel monstre?
BLANCHET
Qui d^sole la campagne... vous n'en arez pas entendu parler ?
LAURENT
Ce n'est done pas un conte?
BLANCHET
Un conte!
Blanchet I'a vu.
BLANCHET
Jel'ai vu... et vu aussi distinctement qu'il est possi- Tilede yoir... quand on ferme les yeux...
Air : Je suis vilain ( de Beranger ).
Tout Dane , tout v'lu , le r'gard farouche, II heuile a faire enfuir un sourd ; Avec ca qui vous ouvre une bouche, Qu'on y-entrerait comm' dans un four.
Notez qu' dans sa furfur sans bornes Sur tout c' qu'y trouve il jett' la dent... Moutons , vach's, tout's les bet's a cornes... Qa m' fait trembler, moi qu' en ai tant. ( On rit. )
Vous riez ! Voulez-vous que je vous conle notre derniere entrevue ?
LAURENT
Ah I oui, M. Blanchet, contez-nnus 9a.
BLAXCHET.
C'etait hier, pas plus tard , hier au soir , sur le coup
de neuf heures Je revenais d'inspecter le travail de
la journe'e je revenais tranquilleinent sans mepres-
ser, vu que j'etais las Blanchette etait venue au-
devant de moi ; j'nous en retournions tous deux brave-
raent bras dessus, bras dessous en jasant com-
me raari et femine et naturellement nous nous met-
tons a parler de M. de Saint-Vallfer et de sa fille
Notre femme , que j'dis a Blanchette , comme nous aliens dauser a la noce de mademoiselle Isaure... ! Alors, je ne sais si e'est I'echo qui s'met dla partie , mais j'entends, et Blanchette I'a entendu comme moi , n'estce pas Blanchette? une voix qui repete Isaure.... J'me retourne les feuilles se mettent a remuer , les branches s'ecartent, et je me trouve face a face avec une figure, oh! mais une figure enfin , je vous ai fait son
portrait... C'est alors que j'ai ferme les yeux en entrainant Blanchette , et ce matin , en passant au meme endroit pour venir ici, le coeur nous battait d'une force....
LAURENT
Cependant il ne vous est rien arrive?
BLANCHET
Non, heureusement.... mais pas loin de la.... nous avons trouve un portefeuille qui , je le gagerais , appaitient k quelque voyageur tombe sous la griffe de c'gaillard-la.
LAURENT
Vous croy ez ?
BLANCHET
II n'y a pas a en douter... Blanchette, montre done le portefeuille.
BLANCIIETTE.
Le voila... Voyez-vous, il y a dessus un no pi... Selmar...
LAURENT
Selmar!... mais c'est le nom de ce jeune homme de Paris qui avait demande la main de mademoiselle Isaure , et que M. de Saint- Vallier avait refuse tout net.
BLANCHET
Ah bah !
LAURENT
Ce n'est pas par le monstre qu'il a e'te devore , maia bien par les loups... car , le lendemain de son depart... on a trouve son cheval a moitie mange, et scs habits dechires et ensanglantes.
BLANCHETTE
Pauvre malheureux! Quant a son portefeuille il n'avait pas fait une grande perte... il n'y a rien dedans que des boucles de cheveux.
LAURENT, ^a nein'tHonne pas ; je crois que sa bourse non plus n'etait pas bien garnie, ce qui fait qu'il a eu son conge en bonne forme. Un homme riche corame M. de Saint-
i4 Vallier ne pouvait pas choislr un gendre sans fortune.
BLAXCHETTE.
Mademoiselle Isaure merite tant d'etre heureuse... elle est si bonne , si douce...
BLAXCHET.
Mafemme, ma femme... la v'la qui accourt de ce
cote'.
Isaure arrive en courant.