PROLOGUE
Un tiède mois de djoumada faisait fleurir les jardins de la Perse. La neige du mont Albroz étincelait au soleil rajeuni, et les platanes qui font de Téhéran un bouquet verdoyant déployaient leurs premières feuilles.
D'un bout à l'autre du royaume le peuple se réjouissait ; on ne voyait de tous côtés que danses, rires, querelles et ivresses. On entendait un nom sortir de toutes les bouches comme un cri de paix et de joie.
C'est que le resplendissant, le glorieux, l'illustre fils de Mohammed, le maître des hommes, le
sultan du monde, le tout-puissant padischah Nazar-Eddin,yenaitdes'asseoirsurletrône de Perse, et tous les hommes se nommaient ses esclaves.
Les plus nobles habitants de Téhéran se réunirent en un festin magnifique, et lorsqu'ils furent assis sur des tapis précieux, devant des plats d'or et d'argent, le vin de Chiraz coula dans les coupes pendant quatre jours et quatre nuits. La première nuit, des danseuses et des musiciens ravirent les yeux et les oreilles de l'assemblée ; et, lorsque le jour fut venu, un conteur, que sa science, son esprit et sa voix habile avaient rendu le plus célèbre de ceux qui font métier de remémorer les gloires des hommes d'autrefois, entra dans la salle, et, s'étant assis sur un tapis, il demanda quelle histoire il plairait aux convives d'entendre.
— Dis-nous l'histoire merveilleuse d'Iskender, le roi des rois, s'écrièrent en grand nombre les assistants.
Alors, se faisant gloire de sa science, le conteur dit :