VIGNOLA A BOLOGNE
à se soustraire à la toute-puissante influence de Michel- Ange et créa des œuvres originales. Il avait commencé à Bologne par s'adonner à la peinture ; mais, voyant qu'il n'en tirait guère de profit, il se tourna entièrement vers l'architecture et la perspective ", où il ne tarda pas à manifester toute la vivacité de son talent ; ainsi s'exprime Ignazio Danti. De Bologne, il se rendit à Rome pour étudier sur place les principes de Vitruve dans les monuments antiques, puis en France avec le Pnmatice, auquel il fournissait des dessins de perspectives pour les peintures de Fontainebleau. Il rentra ensuite à Bologne, en qualité d'architecte de l'église San Petronio, et fut invité à préparer un projet de façade ; mais il n'avait aucune envie de perdre son temps en luttes stériles avec des adversaires déloyaux, quoiqu'il fût soutenu par Jules Romain et Cristoforo Lombardo. Au prix de mille difficultés, il dirigea du moins les travaux du canal navigable de Bologne, éleva dans cette ville l'imposant palais Bocchi (1545) et la tour du palais Isolani, à Minerbio ; puis il retourna à Rome, appelé par Jules III, et bâtit pour ce pape la belle villa suburbaine, appelée encore aujourd'hui la Villa Giulia. Après la mort du pontife, il passa au service du
cardinal Farnèse et conçut alors deux monuments devenus célèbres, le gigantesque et magnifique palais de Caprarola (fig. 525) et l'église du Gesù. Avec le palais de Caprarola et le palais colossal de Plaisance reste inachevé, il a créé un type de construction presqueconstamment adopté dans la suite par les Farnèse, au point qu'il a
Fig. 524. — Bologne.
Fenêtre
du Palais Communal.
(Cliché Dell" Emilia.)
Fig. 525. — Caprarola. — Palais Farnèse. (Cliché Moscioni.)
Fig. 526. — Bologne. — Cour de l'Université.
(Cliché hell" Emilia.)
LE NORD DE L'ITALIE
reçu le nom de farnésien ". Pendant la fin du XVIe siècle
et les deux siècles suivants, l'Emilie produisit une série d'architectes qui n'égalèrent pas la valeur
de Vignola, mais qui embellirent
leur pays d'œuvres nombreuses
et importantes. A Bologne, nous
trouvons d'abord Antonio M or an-
di, dit le "Terribilia" (f 1568),
auteur de l'Archiginnasio et des
palais Marconi, autrefois Orsi, et
Marescotti ; puis son neveu Fran-
cesco Cf" 1 603) qui dessina le puits
élégant du jardin des Semplici
(fig. 527), aujourd'hui à l'Académie
des Beaux- Arts ; Bartolomeo Tria-
chini, à qui Ton doit le plan sobre et sévère de la cour du palais
Celesi, aujourd'hui Palais de l'Université (fig. 526) et le sévère palais Malvezzi-Medici. Tibaldo, qui construisit le couvent de San Gregorio,
S II^S W^ ^ta^ lssu ^e 'a fam^^e ^es Tibaldi
ou Pellegrini. Son fils Pellegrino (1 527 -1 597), dont il a déjà été fait mention avec quelques détails à la page 164 et dont nous reparlerons quand il sera question des peintres, n'exécuta pas beaucoup de travaux d'architecture à Bologne ; mais on admire sa grandiose façade du palais Celesi, cité plus haut; les formes classiques y sont interprétées avec une indépendance pleine de charme, due sans doute au fait que l'artiste était peintre. Son frère Domenico a laissé des constructions bien plus nombreuses, peut-être tout aussi grandioses, mais d'un goût infiniment moins sûr. On s'en convaincra facilement en regardant le palais Malvezzi-Campeggi, autrefois Magnani, surchargé de moulures en forte saillie, ainsi que le portique de la Gabella " et le
Fig. 527. — Bologne. — Puits.
(Cliché DeW Emilia.)
Fig. 528. — Bologne. — Palais
Davia-Bargellini.
(Cliché Dell" Emilia.)
LES ARCHITECTES BOLONAIS AU XVIIe SIECLE
Palais de l'Archevêché, aux lignes simples, mais plutôt lourdes.
La valeur et l'activité des architectes bolonais semblent s'être un peu ralenties au XVIIe siècle. Pourtant les artistes distingués ne firent pas complètement défaut : citons Bartolomeo Provaglia (t 1672), a qui l'on doit l'imposante Porta Galliera et le palais Davia-Bargellini (fig. 528), et le Père G.-B. Bergonzoni (1628-1692), qui construisit Santa Maria de la Vita (fig. 529) ; un siècle plus tard, en 1 787, Giuseppe Tubertini la surmonta d'une coupole ; il sut trouver, en 1822, pour la Sailedu Jeu de Paume (Giuoco del Pallone) une note classique parfaitement juste et appropriée au sport athlétique auquel le bâtiment était destiné.
C'est du reste au XVI Ie siècle qu'apparaît à Bologne la prodigieuse dynastie des Bibiena, architectes de palais et d'églises, mais plus encore constructeurs de théâtres et peintres de décors ; ils ne tardèrent pas à être fort célèbres, et toutes les cours de l'Europe se les disputaient. L'école décorative bolonaise, inaugurée par Serlio, atteint avec les Bibiena son plus haut degré de splendeur ; ses derniers représentants en furent Francesco Cocchi (1 788-1 865), Valentino Solmi (1810-1866), Domenico Ferri ( 1 808- 1 865) ; ce dernier se rendit à Paris en 1 850 et prit une large part à la renaissance de la décoration scénique en France, branche de l'art qui avait compté à Bologne de nombreux représentants. Giovanni Maria Galli (1619-1665), dit " Bibiena" (sic), vint le
Fig. 529. — Bologne.
Eglise della Vita.
(Cliché Dell Emilia.)
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 53o. — Bologne. — Madone
de Saint-Luc.
(Cliché Dell Emilia.)
sacra, ainsi que Mauro AIdobrandini (1649-1680), à l'architecture, sous la direction de Giacomo Antonio Mannini ( 1 646- 1732). Il fit à l'étranger une tournée triomphale ; un volume ne suffirait pas pour l'y suivre, ainsi que les autres membres de sa
famille. Francesco, de son
premier étudier à Bologne sous la direction d'Albani et y transplanta sa famille originaire de Bibbiena, près dArezzo. De lui naquirent Ferdinando (1657-1743) et Francesco ( 1 659- 1 739) ; de Ferdinando, Giuseppe (1696-1756) et Antonio (1700-1774); d'Antonio, Aiessandro ( i 1 760) ; de Giuseppe, Carlo (1725-1787). Parmi eux, le premier grand architecte de théâtre fut Ferdinando ; il travailla d'abord sous Carlo Cignani, puis se con-
Fig. 532. — Bologne. — Arco
DEL Mei.ONCELLO.
(Cliché DeW Emiha.)
Fig. 53i. — Giuseppe Bibiena.
Décor de Théâtre.
(D'après xlhq estampe.)
côté, ne se bornait pas à faire de l'architecture avec de la toile, du papier et du bois. Il éleva divers édifices à Bologne, notamment la belle arcade du Meloncello (fig. 532), dont les courbes élégantes encadrent le croisement de trois routes. Antonio, l'aîné, exécutait des décors et élevait des théâtres qui passaient pour des merveilles parmi ses contemporains, et nous ratifions leur jugement ; malheureusement, parmi ces théâtres, pourtant si nombreux en Italie et ailleurs, bien peu subsistent encore ; le plus
LES EDIFICES A MODENE
Fig. 533. — Bologne Palais Hercolani.
(Cliché Dell Km il i a.)
important de ceux-ci est le Théâtre Communal de Bologne (1756).
Comme nous lavons indiqué plus haut, l'aspect même de la ville avait contribué à développer le goût décoratif des artistes bolonais ; les architectes rêvaient de constructions hardies et de grand effet.
Ceci est vrai, surtout d'Alfonso Torregiani (*}* 1 764), qui éleva les palais Rusconi et Montanari, autrefois Aldrovandi; Carlo Francesco Dotti (f 1 780) couronna la colline délia Guardia du noble sanctuaire de la Madone de Saint- Luc (fig. 530) ; on doit à Angelo Venturoli (1749-1825) le palais Hercolani (fig. 533), dont le vestibule a l'aspect d'un décor classique dans le goût de Basoli et de Cocchi. Ce dernier eut pour élève Giuseppe Mengoni (1827-1877), né lui aussi en Emilie, qui fit preuve d'une grande hardiesse en élevant à Milan la Galerie (fig. 312) et à Bologne la Caisse d'Epargne (fig. 534). Un autre élève de Cocchi, Tito Azzolini (1837-1907), construisit la Scalea délia Montagnola à Bologne et la Caisse d'Epargne de Pistoia.
A Modène, les édifices les plus remarquables, le Palais Ducal (1635 ; fig. 523) et le Collège San Carlo (1664), sont l'œuvre d'un grand architecte romain, Bartolomeo Avanzmi ; mais ni la ville ni les environs ne manquaient de bons artistes locaux. Les architectes distingués ne firent pas non plus défaut pendant la période pseudo-classique. Si le Théâtre de Reggio est dû à un Modénais, et la grandiose église de la Madonna délia Ghiara (1597; fig. 535) à un Ferrarais, Alessandro Balbi, elle fut achevée par un enfant
Fig. 534
- Bologne. — Caisse d'Epargne. (Cliché Dell' Kmilia.)
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 535. — Reggio Emilia.
Madone della Ghiara.
(Cliché Fantu^i.)
du pays, Francesco Pacchioni, qui éleva aussi le Monastère des Bénédictins. GaspareVigarani(l 586- 1 663) fit preuve de talent comme architecte et fournit les dessins de l'Oratoire de San Girolamo à Reggio (1646), de San Giorgio à Modène et de la Villa Malmusi (fig. 538), aux environs de cette ville. Outre Balbi, Ferrare s'enorgueillit d'autres artistes de talent, dont le seul vraiment célèbre est G.-B. Aleotti (1546-1636), dit l'Argenta", parce qu'il était né à Argenta, jolie petite ville du territoire de Ferrare. Pendant plus de vingt ans, il resta au service du duc Alphonse II, puis de la magistrature de Ferrare. Il dirigea avec méthode les travaux hydrauliques, les fortifications, éleva la façade du Gesù, l'église de San Carlo et le théâtre des Intrepidi, si admiré des contemporains, malheureusement incendié en 1 679. En revanche, il reste de lui le Théâtre Farnèse de Parme (fig. 540), aujourd'hui encore l'un des plus vastes et des plus beaux d'Europe, très curieux parce que l'artiste y a adapté les éléments classiques du théâtre antique aux besoins modernes : il a dressé les loges au sommet des gradins et placé la scène d'opéra, avec son rideau, au-dessus de l'arène. A Parme, c'est Alessi qui construisit le majestueux Collège des Jésuites, aujourd'hui l'Université, quoique là aussi les architectes indigènes ne manquassent pas ; G.-B. Fornovo (1566), notamment, est l'auteur de la magnifique Annunziataaux lignes harmonieuses (fig. 539).
Au XVIII* siècle, E. Petitot réussit à introduire dans la ville une certaine gaieté française ; on lui doit le
, 536.— Ravenne. — Dôme.
(Cliché Ricci.)