ANTONELLO DE MESSINE
ses formules, prit conscience de lui-même et s'éleva à une incomparable splendeur. Un nouvel élément de force apparaît vers ce moment avec Antonello(de Messine), qui pénètre plus avant dans la recherche de la réalité ; sa technique doit sa solidité à un meilleur emploi de la couleur à l'huile. On vante les tableaux où il traite des sujets sacrés (fig. 88) ; mais sa supériorité éclate surtout dans ses
portraits, remarquables par la beauté des tons et l'intensité de l'expression.
Né à Messine vers 1 430, il travailla probablement d'abord dans l'atelier de son père, qui était sculpteur, ou chez un peintre de sa ville natale. D'aucuns supposent qu'il alla étudier ensuite à Naples, où florissait une école d'imitation flamande. Vers 1456, des documents
avec l'Enfant Jésus et divers Saints. authentiques nous le
(Venise, Académie.) (caché AHnari.) montrent de retour dans
sa patrie jusqu'à 1474.
C'est à ce moment qu'il se rendit
à Venise, puis à Milan en 1476, d'où il revint mourir à Messine en 1479. L'influence flamande et catalane persiste assez longtemps dans la manière d'Antonello, mais sa personnalité s'affirme avec le Condottiere du Louvre (fig. 92) et avec la Crucifixion d'Anvers (1475). Il tira un profit considérable de son contact avec l'art et le milieu vénitiens ; et, réciproquement, son passage y laissa une empreinte salutaire, qui se manifesta chez les peintres de la génération suivante, principalement chez Alvise Vivarini (1447-1504).
Fig. 88. — Antonello dé Messine.
Saint Jérôme.
(Londres, Galerie Nationale.)
LE NORD DE L'ITALIE
FlG. 89. — VlTTORE CARPACCIO. FRAGMENT
DU TABLEAU l L'AMBASSADEUR ANGLAIS
chez le Roi Maure.
(Venise, Galerie.) (Cliché Alinari.)
vers 1480 que le talent cTAlvise devient vraiment indépendant. Il peint des polyptiques à compartiments et renonce aux figures isolées sur fond d'or, pour les réunir en une scène unique, harmonieusement groupée dans le
L'admiration d'Alvise pour Antonello se révèle surtout dans les portraits, mais elle s'étendit à toute sa manière et, ses goûts personnels l'y poussant, contribua à entraîner Vivarini assez vite loin de la manière paternelle et de celle des autres peintres de Murano ; plus tard aussi, loin de celle des Bellini, les grands dominateurs de l'époque. C'est
FlG.
(Murano,
FlG. 91. — VlTTORE CARPACCIO.
Saint Etienne et les Docteurs de la Loi. (Milan, Brera.) (Cliché Alinari.)