JULES ROMAIN ET LE PALAIS DU TÉ
PADOUE, une des plus grandes villes romaines de la Haute- Italie, fut souvent détruite au cours des invasions barbares ; à la fin du Moyen Age, elle était célèbre par son université, fondée en 1 222. Après avoir subi le joug de la maison seigneuriale de Carrara, elle tomba en 1 405 sous la domination des Vénitiens. Padoue même ne produisit aucun artiste de premier ordre, mais Andréa Mantegna naquit dans la région. Cette ville, comme Rome, eut le souci constant de sa beauté et fit souvent appel à des architectes, à des peintres et à des sculpteurs étrangers, qui l'ornèrent de chefs-d'œuvre et exercèrent autour d'elle une influence bienfaisante et durable (fig. 1 72).
Au début du XIV siècle, nous y trouvons Giotto ; sur l'invitation d'Enrico Scrovegni, il décore la chapelle de Santa Maria délia Carità, dite de YArena, parce qu'elle fut construite dans l'enceinte des arènes antiques ; puis, vers I 376, deux peintres très
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 171. — Padoue.
donatello.
Monument de Gattamelata.
remarquables, dont nous avons parlé plus haut, à la page 40, Altichiero de Vérone et Avanzo, ce dernier peut-être né à Vicence, au lieu de répéter des formules toutes faites, en cherchent de nouvelles et s'inspirent directement de la réalité. Vers le milieu du siècle suivant, on rencontre à Padoue d'excellents artistes florentins, Paolo Uccello, fra Filippo Lippi, et enfin le grand Donatello, qui y a laissé la statue équestre de Gattamelata (fig. 1 7 1 ) et l'autel de Saint- Antoine, œuvres admirables, qui déposèrent le germe fécond d'idées et de formes neuves dans le sol vénitien.
Plus tard, ce fut presque toujours Venise qui fournit à Padoue les artistes dont elle eut besoin, de Lombardi à Sansovino, du Titien à Tiepolo. C'est à Padoue que naquit Guariento : celui-ci, tout en étudiant avec amour les œuvres de Giotto, n'imita pas en tout sa technique, mais resta fidèle aux fastueuses traditions gothico-byzantines (fig. 1 76). Aussi plut-il aux Vénitiens, qui lui confièrent au Palais des Doges quelques compositions historiques, ainsi que le Paradis, et ces peintures exercèrent de l'influence sur les artistes du temps.
Immédiatement après Guariento, dont le dernier travail daté avec certitude remonte à 1365, une nombreuse pléiade de peintres, les uns du pays même, les autres étrangers, ornèrent Padoue d'œuvres remarquables.
Mais la vraie école padouane est celle de Francesco Squarcione ( 1 397- 1468?). On ne peut lui attribuer avec certitude
Fig. 172. — Padoue. — Basilique
de Saint-Antoine.
(Cliché Alinari.)
L'ECOLE PADOUANE
Fig. 173. — Francesco Squarcione.
La Madone et l'Enfant.
(Musée de Berlin.)
que deux tableaux, une Vierge au Musée de Berlin (fig. 1 73), et le polyptique de Padoue (fig. 1 74), exécutés entre 1 449 et 1 452 ; si les formes en sont dures et raides, les poses offrent une certaine recherche de nouveauté, notamment dans le Saint Antoine du retable padouan ; les scènes, mouvementées, sont rehaussées par un décor de marbres, de candélabres, de festons, de feuillages et de fruits, motifs que les élèves de Squarcione développeront en les perfectionnant.
Car, si sa valeur d'artiste fut médiocre, il n'en exerça pas moins une action très importante sur un nombre extraordinaire de disciples accourus de toutes les parties de l'Italie. Il ne faut pas s'en étonner : souvent la faculté d'enseigner est indépendante du don créateur : on a vu des artistes supérieurs se montrer maîtres médiocres, et le contraire arrive fréquemment.
De précieux documents, rendus à la lumière depuis peu de temps, ont montré que son atelier fut une sorte d'académie, riche en modèles anciens et modernes et en moulages rassemblés au cours de ses voyages ; il aimait l'art antique et vivait dans un milieu d'humanistes dont il subissait l'influence. L'école padouane eut un développement comparable à celle de Giovanni Bellini, postérieure d'un demi-siècle ; elle étendit ses rameaux Jusqu'à Ferrare et à Brescia.
Pendant cette période heureuse de l'art italien, parmi les 1 37 élèves sortis, dit-on, de l'école de Squarcione, plusieurs ont
été de bons artistes, et Fig. 174. — Francesco Squarcione. v c C '
Saint Jérôme et d'autres Saints. [ Un tut tout a *ait suPe"
(Padoue, Musée Municipal.) ïieUT.