APOGEE DE L'ART PADOUAN
FlG. I77. — LlOMBRUNO.
Le Jugement de Midas.
(Musée de Berlin.)
par l'influence de Paolo Uccello et de Filippo Lippi, l'art padouan, jusqu'alors calme et recueilli, connut la profondeur et l'intensité du sentiment. C'est en Donatello qu'Andréa Mantegna vit réalisé l'idéal de vérité et de beauté qui de loin lui souriait comme un songe inaccessible : c'est en Donatello qu'il trouva l'observation amoureuse et libre de la nature, unie au culte de l'art classique (fig. 1 70 et 1 79).
Un concours fut ouvert entre divers artistes de l'école padouane pour un tableau de la chapelle des Eremitani :
Mantegna en sortit, à vingt et un ans, plus que victorieux, vraiment célèbre (fig. 180). Son habileté technique avait atteint la vérité et l'émotion; l'étude de l'antiquité et de l'œuvre de Donatello éveilla en lui ce sens du grandiose qu'il portait dans son âme et qu'il s'efforçait déjà d'exprimer. Mais il ne s'en tint pas là : il réalisa des progrès étonnants en appliquant les lois de la perspective non seulement à l'architecture, mais aussi à la personne humaine, avec une maestria et une vigueur nouvelles, jusqu'à réaliser le fameux raccourci du Christ mort, au Musée de Brera (fig. 183).
S'il fut toujours consciencieux et soigneux dans l'exécution, Mantegna eut un coloris moins brillant et moins fondu que celui de Giovanni Bellini, plein de force et d'harmonie cependant. Mais sa véritable et magistrale originalité, c'est la sévérité de son style, le caractère puissant et varié de ses compositions, sa science profonde de la perspective dans toutes ses Fig. 178. — Ansuino da Forli.
applications, l'énergie des formes P^cation de Saint Christophe.
, ,, . (Padoue, Eglise des Eremitani.}
et de 1 expression, hn 143V, Man- (Cliché AHnari.)
IOI
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 179. — Mantegna.
Saint Georges.
(Venise, Académie.)
tegna entra au service des Gonzague (de Mantoue) ; à Padoue restaient, outre plusieurs élèves estimables de Squarcione, quelques bons sculpteurs de l'école de Donatello ; le meilleur est Bellano ( 1 435 ?- 1 497 ? ; fig. 185), maître à son tour d'Andréa Briosco, dit il Riccio (1470-1532), auquel nous devons des bronzes très admirés, entre autres les candélabres de l'église de Sant' Antonio (fig. 184). Un autre sculpteur chez qui se retrouve l'influence de Donatello fut Giovanni Minello de' Bardi, disciple probablement aussi de Bellano (1460 ?-1527) : on a de lui de nombreuses figures en terre cuite et de riches décorations de marbre.
Vers la première moitié du XVIe siècle, Padoue vit s'épanouir une abondante floraison de peintres, presque tous élèves ou imitateurs du Titien, qui avait laissé dans
les fresques de la Scuola de Sant' Antonio et des Carmes des
témoignages magnifiques de son
génie.
Mais il est temps de suivre
Mantegna à Mantoue, où il entra
au service du marquis Lodovico
Gonzaga, ce qui ne l'empêcha
pas d'ailleurs d'entreprendre des
voyages et d'exécuter divers travaux à Vérone, à Florence, à
Rome, etc.
En 1474 (l'année où naquit
Isabelle d'Esté), il se mit à décorer
la Caméra degli Sposi (la chambre des époux), au château de
Mantoue (fig. 1 82) ; on y admire
la beauté des ornements en clair- Fig. 180. — Mantegna.
obscur, les effets de perspective et Saint Jacques le Majeur devant
1* j 1 -.*.- **. l'Empereur.
1 expression des nombreux portraits fpadou^ ÈgUse des EremitanL)
(fig. 181). Plus tard, il peignit (Cliché Alinari.)