‹ ItalieChapitre 56 sur 68 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LE DUC, HENRI, puis PIÉTRO.

LE DUC

Comment se fait -il donc que vous soyez ici, messire.

HENRL

Je vous le dirai, monseigneur... — Et Pictro qui ne vientpas... Il me faut un moment d'entretien... (a Piétio qui cnirc.) Arrive donc ! — Monseigneur, cet homme a d importantes révélations à vous faire.

LE DUC

Qu'il parle.

PIÉTRO

Faites fermer les portes, monseigneur; il faut que nous soyons seuls ici , et que pei'soune ne puisse nous entendre.

I(»(; ITALIl': , DHAMK.

LE DUC

Vicenzo !.. (vumxo ,...iMt.) Ferme les portes et laisse-

nous. ( On f<rrmr la |i<iilf <1<: la f;ylriir, La musique roiitiiiun pendant toute la

»(.np. — A Piiiro.) Qui es-tu ?

PIETRO

Monseigneur , je suis lazzarone.

LE DUC

Lazzarone ! et tu oses venir jusque dans mon palais! Ne crains-tu pas que je te fasse ëcrouer ?

PIETRO

Non, monseigneur; j ai quelque chose de trèsimportant à vous communiquer , et si vous me faisiez ëcrouer, comme vous le dites, vous ne le pourriez savoir... Yous voyez bien qu'il y va de votre intérêt, de ne pas attenter à ma vie,

LE DUC

Par la Madone ! tu es bien effronté.

HENRI

Monseigneur le duc , je vous réponds de cet homme... Apprenez qu'une heure après avoir quitté votre palais , je fus assailli sur la route par ces damnés lazzaroncs, et que sans cet homme

SKPTIEME TABLEAU. IG7

je serais maintenant là-haut à prier Dieu pour vous.

LE DUC

Tu viens chercher une récompense?.. Tu l'auras.

PIÉTRO

J'ai une faveur à vous demander, il est vrai , monseigneur... mais avant, daignez m'écouter... H y a treize mois, lorsque votre frère Pliiiipp*^ fut traîtreusement assassiné en rhôlellerie de la Madone , on accusa un homme de ce crime... Cet homme, reconnu coupable, fut condamné à mort; mais il parvint à vs'échappcrdesa prison... Depuis, il se fit lazzarone... Cet homme se nommait Piétro, monseigneur; et cet homme...

LE DUC

Et cet homme ?..,

PIETRO

Monseigneur, je me nomme Piétro.

Toi! l'assassin de mon frère.

PIÉTRO

Je ne le fus pas , et je connais le coupable.

LE DUC

Tu le connais !.. son nom! Ah! dis-moi vile son nom.

!<»« italîj:, I)!;\!mk.

l'IFTRO.

Je vous le dirai. . mais plus tard, monseigneur; quaire mois encore... Une bande de lazzarones dévaste votre duché , dévalise vos bons et loyaux sujets , et malgré les escadrons d'arquebusiers que vous payez en belle et bonne monnaie , monseigneur, vous ne pouvez empêcher leurs ravages... Les Sarrazins reparaissent en Sicile ; je viens vous proposer de prendre ces lazzarones a votre solde... Ce sont des hommes dévoués et courageux, qui vont à la mort comme à joyeuse fête... Réfléchissez , monseigneur , et voyez s'il vaut mieux , pour vous, avoir une troupe intrépide et forte, pour combattre l'ennemi qui vous menace , que d'avoir cette même troupe pour dévaster votre pays qui se plaint.

LE DUC

Que veux-tu pour cela ?

PIÉTRO

D'abord, que vous m'octroyez votre parole de duc , que mes camarades pourront se montrer sans danger d'être poursuivis pour leurs précédcns ravages.

LE DUC

Je te l'octroie.

SEPTIEME TABLEAU. IGO

PIETRO

Je veux ensuite être le capitaine tle cette troupe , monseigneur.

LE DUC

Tu le seras... Tu es donc le chef de ces bandes?

PIETRO

Non , monseigneur ; nous avons d'autres

chefs Je veux encore que vous m'accordiez

leur vie... non pour les sauver... Kl ensuite je veux deux cents e'cus d*or par mois, pour moi et mes compagnons.

LE DUC

*îe souscris à tout.

PlÉTRO.

Et vous faites bien , monseigneur. Sachez que demain, à minuit, votre bonne ville de Naples devait être brûlée et pillée... Ah ! ne craignez rien, je vous reponds de mes camarades... Donnez-moi seulement de l'or pour leur distribuer d'avance.

LK DUC

Suîs-moi.

17 0 IJALIK, DliAME.

PIKTRO.

Domain , ii minuit , je rcvieiidrai clierchcr mou brc'vcl (Je capilainc.

LE DlTC.

lu l'auras.

PJETRO.

Et demain , à minuit , vous n'aurez plus rien à craindre des chefs de lazzarones ; et demain, à minuit, je vous dirai le nom de l'assassin de votre frère... Allons, monseigneur, faites rouvrir les portes, à présent ; que personne ne se doute de ce que je viens de vous apprendre.

Piétro et Henri remeltent leur masque.

LE DUC

Yicenzoî.. Rouvre les portes du bal... — Piétro, suivez-moi.

Il sort.

PIÉTRO

Je vous suis, monseigneur... — Messire Henri , mettez ce ruban rouge à votre chaperon.

HENRI

Pourquoi ?

PIKTRO.

Mettez toujours Adieu, moiiseii^ricur Je

rejoins le due.

Il sort.

Les portes <le la galerie s'ouvrent. L'orchestre joue une f^alopadc , et tous les masques traversent le théâtre. La galope cesse. Les masques se re'pandent sur la scène.

Page 1