‹ ItalieChapitre 61 sur 68 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

GlACOMO, DON FÉLIX, MICHAEL, ULRIC, PIÉTRO, ensuite FERABRAS, JACOPO, SïROZZI, SANDER.

GlACOMO.

Quant à nous, comme il n'y a qu'un pas de celte place à la place Barbanetta et à la taverne de SanGeorgino, restons ici.

DON FLMX.

As-tu des cigaritos, Giacomo:'

GIACOMO, liù pri'-srntnnt une petite hoîCo.

Tiens, choisis. (A.Micha.i.) En veux-lui'

MICHAEL, prenant un ci^nrito.

Volontiers.

GIACOMO

Et toi, Ulric?

ULRIC

Merci.

GIACOMO

Tu ne fumes pas, toi... Que diable '.secoue ta mélancolie et sois gai... Notre entreprise est superbe et glorieuse , et nous en sommes les he'ros... Peutêtre, un jour, qui sait? la plume d'un nouvel Eschyle incrustera nos noms sur le marbre de l'immortalité... Mais qu'entends-je? ce sont des fossoyeurs qui bêchent... on creuse des fosses, làbas ; (sérieux, affecté.) cc sout pcut-étrc les nôtres, amis.

PIÉTRO, à pan.

Riez , fous , riez.

MICHAEL

En passant ce soir sur la grande place , j'ai vu cinq potences qu'on clouait en terre.

PIÉTRO

Les vôlres aussi pcut-éire, mcsseigneurs.

HUITIKIMK TABLEAU. l»o

DON FLLIX.

Mais on chante là-bas , écoulons.

STROZZl. (l.anlr.

Un jour, le jeune Anlonio Dit à \iola la froiulollèrc :

\ lens avec moi jusc^i'au Lido , Daii^ne exaucer celte prière.

Viola ne put le refuser : Tout en chantant sa barcarole, Auprè.s du jeune j^ondolier Elle s'en fut dans la gondole.

GIACOMO

L'ouvrier de la mort travaille en chantant.

ULRIC

Ce qui te prouve, Giacomo , qu'habitude est synonyme de nature .. Il ne pense pas plus, cet homme, à ce qu'il fait quand il creuse une fosse , que le boucher quand il assomme un bœuf, que le bourreau quand il tranche une tête... Il ne s'en inquiète pas plus que toi , Giacomo, tu ne t'inquiètes de la fumée de ton cigarito ; toi , Michaël , du vin que tu viens d'avaler ; toi , don Félix, d uue nuit passée avec Fiamclta.

Fcrabras et ses coinnagnons sortent du cimetière.

gia{:():mo.

Il laut leur parler... cela nous fera ])asser le

llHî ITALli:, DUAMK.

lenis... L(îs voilà jusleincnt qui sorlcnt du ciinelicrc... llolà! lu'! riioininc à la boche !

rKUAHRAS.

Que voulez-vous , monseigneur i*

GIACOMO

Où vas-tu (îc ce pas?

FERAliRAS,

Boire au repos de i'arae de celui pour qui je viens de travailler.

GIACOMO

Et pour qui as-tu creuse cette fosse ?

FERABRAS.

Pour un jeune fat napolitain qui doit venir l'babiler très-prochainement... Il se nomme Giacomo Gazella.

GIACOMO

Voilà du plaisant.

DON FÉLIX, a Jacopo.

Et toi, fossoyeur de Jésus, me diras-tu pour qui tu viens de creusc^r ?

JACOPO

Four un jeune homme aussi , monseigneur ; un jeune homme aux intrigues d'amour, aux

aventures galantes , qui viendra dans peu éprouver si la couche de la mort est aussi chaude que celle de rameur. Si vous désirez connaître son nom, monseigneur, on l'appelle don Félix de Gastelnara.

DON FKLIX.

Merci.

Il rit.

(ilACOMO, 1 iant.

Don Félix aussi.

ULRIC, à Saiid.T.

Toi , l'honnneau scapulaire , pour qui viens-tu de tenir la bêche ?

SANDER

Pour un bel esprit qui viendra réfléchir sur ce que vaut l'homme , quand son corps n'est plus qu'un cadavre... Il a pour nom Ulric Bademore.

MICHAEL, à Slioxzi.

Toi , pour qui as-tu creusé ta fosse ?

STROZZI

Pour vous , Michaël Fugger.

GIACOMO

Allons, à cv. que je vois, fossoyeur u'esl ni astrologue , ni sorcier... Mes braves gens, vous

I«n ITALIK, 1)I\AMK.

VOUS ln)m|)c/ » je vous le jure par la Madone ! car l(.\s lombes no sont pas faites pour les vivans , et ceux dont vous parlez

FKRAURAS.

Ne sont pas morts encore, nous le savons, mais doivent bientôt mourir... — Allons, vous, autres, venez.

Il soit avec ses compagnons.

GIACOMO

Voilà des gens qui sont fous ou sorciers , mes. amis, qu'en diles-vous ?

PIÉTRO

Par mon patron ! messeigneurs , je crois qu'ils ne sont ni fous , ni sorciers; mais, au contraire , bien instruits... Car on m'a dit aussi, à moi , que ces jeunes gens ne tarderaient pas à essayer les gibets qui sont dresses à la grande place.

GIACOMO

Etrange , miraculeux, ne trouvez-vous pas, mes amis ?... Allez demander à un fossoyeur : « pour qui cette fosse » et le fossoyeur qui vous répond : « pour toi. » Ah! messirc Ulric, vous qui êtes poète, romancier , et dramaturgez aussi bien que (]ui oncques fût , voilà une scène dramatique. OiTcn (iitcs-vousi^

Mien AIL.

5e (lis, moi, que j'ai plus envie de Jormir que d'aller içuerroyer eette nuit.

DON FÉLIX

Ma foi... moi , je baille de'jà.

ULRrC

Je crois, vive Dieu! que je baille aussi.

GIACOMO

Il y a donc ici une épidémie de sommeil , mes amis... car, moi aussi, Dieu me damne! si je ne dormirais pas... Mais rcveillon-snous , car voici Sylvio, si je ne me trompe.

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