PRÉFACE
On peut répéter en tête du second volume de ce Guide, qui complète la description de l'Italie, cette vérité qui a servi d'introduction au premier volume: « L'Italie est, parmi les pays de l'Europe, celui qui, sous maints aspects et plus que tout autre, attire l'attention et éveille les désirs des touristes. C'est aussi celui où la réalité l'emporte sur l'attente du voyageur, quelle que soit cette attente ».
Ce second volume est en grande partie la description de Rome, de Naples, de leurs environs et de la Sicile.
La- Sicile est une telle merveille que dans les quinze dernières années, elle s'est imposée à la majorité des touristes qui, auparavant, achevaient à Naples leur tour d' Italie. Son paysage superlativement beau et surtout le spectacle fantastique que constitue la vue de Taormine, du Phare, des îles Égades et des îles Éoliennes, son climat et sa végétation caractéristique, le haut intérêt qu'offrent ses villes, l'Etna, les témoignages imposants de la civilisation hellénique à Ségeste, Sélinonte, Girgenti, Syracuse, Palazzolo Acréide et ailleurs, la magnificence de l'architecture normande, des œuvres de la Renaissance et du Baroque, tout cela fait de la Sicile une des plus grandes attractions d'un voyage en Italie.
À son tour, Naples est bien le joyau central de la couronne de beautés inépuisables que forment le Golfe de Naples avec Capri, ischia, Prôcida; le Vésuve avec Pompéi et Herculanum; la côte avec la chaîne pétillante de ses villes, ininterrompue de Castellammare à Posillipo; la péninsule de Sorrente, Baies, Pouzzoles, le Cap Misène, les mystérieux Champs Phlégréens.
Ce pays enchanteur a inspiré les poètes de l'antiquité qui l'ont peuplé de mythes troublants et a fait accourir les Romains de l'époque impériale qui l'ont parsemé de villas, lieux de délices; il attire de nos jours comme une Sirène les touristes du monde entier; Naples est pour tous un espoir, un désir intense qu'une fois au moins dans sa vie chacun voudrait satisfaire.
vm PRÉFACE
Mais c'est surtout Rome qui résume et surpasse toute autre beauté en Italie, Rome, le berceau de la civilisation, qui domina par la supériorité de sa force et de sa pensée, qui garda à travers les siècles des Barbares l'empreinte de sa grandeur, qui refleurit sous les Papes en une Renaissance d'art, de littérature, de science, de politique, pénétrant encore une fois de son influence tous les pays civilisés; Rome, qui après sa réunion au Royaume d'Italie, depuis un demi-siècîe, s'est parée de toutes les splendeurs, de toutes les séductions d'une grande capitale moderne, lance un appel irrésistible au touriste.
On peut dire, en un mot, qu'il y a à Rome plus d'obélisques égyptiens qu'en Égj-pte, plus d'œuvres de sculpture grecque qu'en Grèce, plus d'antiquités étrusques qu'en tout autre pays, plus de monuments rom.ains et chrétiens des premiers âges que de restes de n'importe quelle civilisation passée, en toute autre ville du monde entier, plus de palais, plus d'églises, plus de grandes œuvres publiques et privées des siècles de la Renaissance et du Baroque et plus de musées que partout ailleurs, même en Italie.
Cette richesse prodigieuse a un cadre digne d'elle. Les ruines ne sont pas dans une ville morte comme à Pompéi, à Ostie, à Yéies; il ne s'agit pas de débris presque rasés au sol, mais de masses colossales qu'admire le monde entier. Les collections, d'une multiplicité déconcertante, se trouvent à leur aise dans des palais gigantesques, comme le Vatican ou d'un faste inoui, tels que la galerie Colonna, la galerie Borgîièse et tant d'autres ou d'une grandeur solennelle qui en rehausse la valeur, comme le Palais de Latran. Des antiques précieux sont dans un grand monument, ancien lui-même, tel que le Musée National, dans les Thermes de Dioclétien. Le Forum romain, le Palatin, les Thermes de Caracalla, s'élèvent dans des milieux merveilleusement créés pour leur servir de cadre. Les églises, grâce à leur architecture, à leur décoration, aux marbres rares, aux œuvres d'art qui les ornent, sont admirées comme la glorification la plus remarquable existante du catholicisme, et se comptent par dizaines, le long des rues et des places modernes, que bordent des palais luxueux, érigés par le gouvernem.ent, par les banques, par l'industrie et le commerce, et qui fourmillent de vie.
Tels sont les sujets magnifiques et complexes de ce volume du Guide d'Italie.
Il est donc utile de rappeler encore ce qui a été publié dans la préface du premier volume, t Ce guide a pour but d'aider le voyjageur à choisir rapidement ce qui convient le mieux à ses goûts et de lui sçrvir de compagnon, lui fournis-r
PEÉFACE IX
saut des explicalions brèves, claires et précises. La documentation sur laquelle s'appuie le texte et le choix des matières dont il se conipose, sont tout à fait originaux et ont tenu compte des profondes modilications de l'après-guerre.
Ce Guide a tiré parti de la collaboration de personnes fort nombreuses et considérables: de celle de plusieurs personnages ofTicielSj de celle de gens versés dans l'étude et d'une compétence de premier ordre. Parmi ces apports de spécialistes, nous recommandons les introductions des deux volumes qui sont précieuses comme étude préliminaire des plus utiles. La lecture doit en être faite à loisir, avant de se mettre en route. Le touriste s'apercevra ensuite combien elle lui sera profitable, en l'éclairant de la lumière de ses données générales, quand il verra le détail. Il est difiicile de comprendre l'Italie d'aujourd'hui, sans avoir une préparation, même sommaire, historique, artistique, sociale, industrielle et commerciale. Ce n' est qu'avec de telles notions, qu'un voyage en Italie pourra être apprécié à sa juste valeur, qu'il pourra être goûté.
Les cartes illustrant le texte forment aussi une partie entièrement originale de l'ouvrage et l'ensemble en est fort riche: aucun des Guides d'italie, publiés jusqu'ici, n'en est si richement doté et ne possède des éléments aussi frais, dessinés et gravés avec autant de soin.
Malgré tout cela, il est bon de mettre le lecteur en garde contre la confiance absolue qu'il pourrait avoir en un certain ordre de renseignements, spécialement en ce qui se rapporte aux services des chemins de fer, aux lignes publiques d'automobiles (qui, en Italie, ont un développement très grand et une importance touristique considérable) aux horaires relatifs à la visite des musées et autres choses semblables. Également pour les hôtels, nous n'avons pas cru devoir indiquer des prix, qui pratiquement n'auraient aucune valeur, à cause de leur instabilité.
Enfin, nous croyons à propos de clore cette présentation du Guide, par les mêmes paroles dont se servait Marcel ]Monmarché, l'éminent Directeur des Guides Bleus, en terminant sa préface d'un beau volume de la collection: « Nous espérons que le lecteur bienveillant, au lieu d'exercer sur notre effort une critique stérile, voudra bien l'encourager et y contribuer lui-même en nous envoyant ses observations, en nous signalant les erreurs ou les omissions qu'il aurait pu relever, et nous l'en remercions à l'avance ».