FRESQUES
Les fresques du Campo Santo, si intéressantes pour l'histoire de la peinture et que tiennent en si grande vénération aujourd'luii tous' ceux qui aiment les arts, n'excitaient, à la lin du siècle dernier et au commenceinent de celui-ci,
que les dédains. L'admiration de nos jours est peut-être tombée dans une exaliération trop exclusive. — Le Campo Santo tombait en ruine, lorsque la princesse Elisa Baccioccbi en nomma conservateur le Vénitien Carlo Lasinio, dont les efforts sauvèrent cet admirable monument.
En entrant dans le Campo Santo par la porte qui est du côté du Baptistère, et tournant à g., dans la galerie S., voici l'ordre et la suite des fresques :
Mur du Sud. — 4 compartiments attribués à Gioito; le 1^' (compartiment supérieur) en partie détruit, le 2^ (compartiment inférieur) détruit; le 3% les infortunes de Job (compartiment supérieur), très altéré; le 4% les Amis de Job (compartiment inférieur), en partie détruit. — Quelques-uns prétendent que Nello di Vanni y travailla avec Giotto. D'autres critiques contestent que ces fresques soient de Giotto. Aucun document ne confirme à ce sujet le témoignage de Yasari, qui, lui-même, dans «;a première édition, a dit qu'elles étaient de Taddco Gaddi. Les derniers annotateurs de Yasari considèrent aussi le silence de Gliiberti comme une raison de douter qu'elles soient de Giotto. Enfin le docteur Fœrster, dans son ouvrage sur les écoles toscanes des xui^ et xiy*' s., avance que cet ouvrage fut exécuté^par un certain Francescoda Volterra (1570- 1372). Quoi qu'il en soit, quatre de ces fresques ont péri. Les deux autres ont été restaurées en 1025. Yasari signale déjà les altérations produites, de son temps, par l'humidité. [On a dit avec raison que, dans la belle composition (compartiment supérieur), représentant Satan demandant à Dieu la permission de tenter Job, l'ange de gauche, d'un beau sentiment de dessin, était digne de Uaphaël.]
Mur de l'Ouest. — Les peintures du mur de l'O. sont du xvn« s. et n'ont pas de valeur; elles représentent l'histoire d'Estber, par Agost. Ghirlanda, et celle de Judith, par Paolo Guidotti.
Mur du Nord. — La longue galerie N., parallèle à celle d'entrée, est décorée de 26 compartiments de fresques (15 supérieures, 15 inférieures). Les trois premiers grands compartiments supérieurs représentent : l'Allégorie de l'Univers ; la Création; la Mort d'Abel :
l'Arche de ISoé, et le Déluge ; ces frcs-
PISE : — GAMPO SANTO.
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ques, longtemps attribuées à Duffalmaco, l'ont été depuis à Pietro di Piiccio d'Orvieto (loOO).
Les trois IVescjues inférieures et toutes les autres de la galerie sont de Bcnozzo Gozzoli, élève de Fra Angelico qui consacra 10 années à ce travail (de 1469 à 1485). Il y manifeste un génie pittoresque, facile et gracieux, une imagination riche et abondante, un sentiment vrai et naturel: il imite iMasaccio au point que plusieurs de ses ligures pourraient être attribuées à cet artiste. Quelques-unes de ses figures, telles que ses vendangeuses (de l'Ivresse de Koc), son groupe de danseurs (des Noces de Jacob et de Hachel), ont une grâce et un naturel dignes de l'antique; mais, dans beaucoup d'autres, il y a une sorte de lourdeur qui rappelle la manière flamande. — Dans l'architecture, dont il fait un emploi étendu, ainsi que dans le costume, il se livre aux plus singuliers anacbronismes.
Peintures de Bcnozzo Gozzoli. — Ivresse de Noé (1469), connue vulgairement sous le nom de la Vcrgognosa^ à cause d'une figure de femme qui, tout en se couvrant le visage de sa main [avec un geste maladroit], afin de ne pas voir la nudité de INoé, regarde malignement entre ses doigts; elle a donné lieu au proverbe pisan : Corne la Vergognosa di Campo Sanio. — Malédiction de Cham. — Tour de Babel. Parmi les mages et les ministres qui accompagnent Nemrod, sont plusieurs portraits : on reconnaît (sous le mur où est écrit :
Babilonia) Gosme le Vieux, son fils Pierre, ses neveux Laurent le Magnifique et Julien. Politien est peut-être le prêtre qui a le bonnet sur la tête.
Au-dessus de la chapelle Animanati^ Benozzo Gozzoli a peint une Adoration des mages (altéré) et une Annonciation.
— Dans la chapelle, on conserve quelques fragments de peintures de Gzo/^o et de Gaddi; St Pierre (?), médaillon de délia Robbia.
(En haut) Abraham refusant d'adorer Bélus; il est jeté dans un bûcher et échappe aux ilammcs. Nachor, qui y consent, est consumé. — (En bas) Abraham et Loth en Egypte (repeint en partie). — (En haut) Abraham délivre Loth et le roi de Sodome, prisonniers des Assyriens. — (En bas) Expulsion d^Agar. [Groupe d'anges ; remarquable
arrangement des draperies; les têtes sont repeintes; une manque.] — (En haut) Incendie de Sodome. -- (En bas) Sacrifice d'Abraham (détérioré). — (En haut) Histoire dTsaac et de Rébeccn.
— (En bas) Naissance de Jacob et d'Êsaii, et ruse du premier [a beaucoup souffert].
— (En haut) Noces de Jacob et R;ichel. [le coloris a soufterl; restauré].^ — (En bas) Rencontre de Jacob et d'Ésaii, et Enlèvement de Dina, lîUe de Jacob, par le fils du roi de Sichem ; Meurtre des Sichémites.
Sur la chapelle qui suit, Pietro di Piiccio avait peint une Vierge couronnée; composition importante dont il ne reste que les traits en rouge.
(En haut) Histoire de Joseph. — (En lias) Continua lion. — Au-dessous de l'histoire de Joseph, sur le pavement, est la pierre tumulaire de Benozzo Gozzoli. II ne termina sa dernière peinture du Campo Santo (la reine de Saba, sujet aujourd'hui détruit) qu'en 1485.
Les tableaux suivants, fort endommagés, représentent : l'Histoire de Moïse, la Chute de Jéricho, David et Goliath, Salomon et la reine de Saba.
Mur Dh: l'Est. — Peintures médiocres de Bondinosi : Le roi Osias et le festin de Balthasar.
Grande chapelle (elle offre peu d'inl'^rêt) : Crucifix de Giunta de Pise (1258); sur l'autel, St Jérôme par Aicr. Lomi.
Au delà de la chapelle, on trouve :
l'Ascension, la Résurrection et la Crucifixion (seule composition regardée comme authentique), attribuées à BuffalmaccOf par d'autres à Antonio Vite.
Mur du Sud. — On trouve ici un des monuments les plus remarquables de la peinture italienne à la Renaissance : le Triomphe de la Mort, par Andréa Orgagna d'après Vasari, Ambrogio et Pietro Lorcnzetti (1350) d'après Crowe et Cavalcaselle, Bernai'do Daddi iV après Milanesi. [Cette composition multiple, (( une des moralités pittoresques les plus terribles que la main humaine ait jamais tracées, » semble animée par le sombre génie de Dante. Au centre, des infirmes appellent la Mort pour c[u'elle les délivre de leurs maux. Mais la Mort se détourne d'eux et dirige ses coups vers un bosquet, où de jeunes hommes et de jeunes femmes se livrent au repos, au retour de la chasse, et écoutent les
chants d'un troubadour, pendant ^ que des amours voltigent au-dessus d'eux.
Yasari signale parmi ces figures, qui sont des portraits du temps, celle du personnage assis au milieu et tenant un faucon sur le poing, comme étant Castruccio Gastracani. A dr., des rois, des éyêques, des religieuses, des guerriers gisent à terre, abattus par la faux de la terrible moissonneuse ; des anges et des démons recueillent leurs âmes. La partie gauche du tableau représente une noble cavalcade s'arrêtant, au pied d'une niontagne, devant les cadavres de trois rois étendus dans leurs bières, à différents degrés de destruction. Les figures des cavahers expriment des sensations diverses. (Celui qui se bouche le nez est l'empereur Louis le Bavarois.) — Cette peinture, ainsi que la suivante, a été perdue par les restaurations.
La peinture suivante est le Jugement dernier, par le même peintre. — [L'ange accroupi au centre du tableau, exprimant un sentiment de terreur, est une magnifique création. On pense que cette figure représente l'Ange gardien saisi d'épouvante en voyant la perte des âmes qui lui avaient été confiées.]
L'Enfer, par Bernardo Or gagna (frère d'Andréa) ; toute la partie inférieure a été repeinte en 1550, par un restaura teur malavisé, nommé SoUazzino. [Œuvre grotesque et barbare.]
Yie des Pères du désert, par Pee^ro Lorenzetti, ou Laurati de Sienne (•}• vers 1350), frère d'Ambrogio [V. Sienne).
Au-dessus de la première porte de la galerie du S., Assomption, où se révèle un beau sentiment : Yasari l'attribue à Simon Menwii (?).
Viennent ensuite six compartiments consacrés à l'hisioire de St Renier, patron de Pise; ics trois supérieurs (altérés ou repeints) ont été longtemps attribués à Simone Memn i (f 1344)^; les trois compartiments inférieurs sontd'^wtonio Veneziano. [On reconnaît dans ces fresques, très altérées d'ailleurs, la main
* Un document retrouvé établit qu'en 1377, 529 lires furent payées à maître Andrea de Florence, pour 'le reste des peintures de l'histoire de St Renier. Cet Andréa est encore un valeureux artiste qui a échappé à la renommée. On croit que l'auteur des autres peintures de l'histoire de St Renier est le P. Barnaba, de Modène.
PÎSE. [Route 19]
plus exercée d'un artiste de la deuxième moitié du xiv^ s.]
Yie de St Eplièse, peinte par Spinello Spinelli. — Des six sujets qu'il avait exécutés trois sont détruits.